"La Favorite", manège à trois à la cour d'Angleterre

Olivia Colman, déjà récompensée aux Golden Globes pour son rôle dans "La Favorite"Rachel Luna

Le réalisateur grec Yorgos Lanthimos se lance dans le film d'époque avec "La Favorite", mais avec ses codes et son univers dérangeant, autour d'un trio féminin mû par les intrigues et les jeux de pouvoir.

Après la satire grinçante de "Canine", l'anticipation fantastique de "The Lobster" et le thriller médical dans "Mise à mort du cerf sacré", le metteur en scène change d'univers et se projette dans l'Angleterre du début du XVIIIeme siècle.

Le récit de ce film qui sort mercredi en France est centré sur la reine Anne (1665-1714), moins connue du grand public que Victoria ou les deux Elizabeth, dont le règne a pourtant été riche historiquement.

Souvent empêchée par une santé défaillante et une dépression chronique, la souveraine délègue beaucoup de son autorité à Lady Sarah (Rachel Weisz), une aristocrate devenue son amie mais aussi, dans le plus grand secret, son amante.

Arrive dans le tableau Abigail (Emma Stone), issue d'une famille déchue de l'aristocratie et cousine de Sarah, réduite à l'état de servante à la cour.

Sarah va la prendre à son service, un peu par loyauté familiale, un peu par intérêt, offrant à sa cousine un tremplin depuis lequel elle va se propulser jusqu'à la reine.

Entre la souveraine et chacune des deux cousines va se mettre en place un schéma pervers d'influence et de manipulation, dont les cartes seront régulièrement rebattues par la reine elle-même.

- "Se débarrasser des conventions" -

Pour aborder ce nouveau bond dans l'inconnu, le metteur en scène grec deux fois primé à Cannes en sélection s'est appuyé sur plusieurs acteurs avec lesquels il avait déjà travaillé, principalement Olivia Colman et Rachel Weisz.

En reine névrosée, tantôt toute puissante, tantôt misérable, mélange de crauté et de fragilité, Olivia Colman donne au film son assise, dans une prestation qui lui a déjà valu un Golden Globe et une nomination aux Oscars.

A travers ce trio en déséquilibre perpétuel, Yorgos Lanthimos reprend beaucoup des thèmes qui lui sont chers, l'ambivalence, le poids des conventions, la comédie humaine, tout à la fois dans sa noirceur et sa légèreté.

Tout en respectant certains des codes du genre, il a néanmoins décidé d'en dépoussiérer pas mal d'autres, pour faire "un film d'époque qui soit plus proche de mon univers", a-t-il expliqué lors d'une intervention à la Film Society of Lincoln Center, à New York.

"Nous ne savions pas comment c'était" à l'époque, a rappelé celui qui s'est dit particulièrement intéressé par cet exemple rare d'un trio de femmes au sommet du pouvoir. "Cela ouvrait de nombreuses possibilités d'être créatif et d'inventer."

A l'instar de ce qu'avait tenté Sofia Coppola avec "Marie-Antoinette", mais avec bien davantage de liberté, Yorgos Lanthimos dépeint une cour où l'on parle un anglais moderne et où les danses de salon rappellent le "voguing".

"Nous voulions nous débarrasser des conventions, mais nous n'avons pas réfléchi comme ça au départ", a expliqué le réalisateur. "Nous étions simplement libres dans le processus créatif".

Tous les éléments du cinéma de Yorgos Lanthimos sont là, la photographie exigeante, les grands angles de caméra et la musique parfois oppressante, pour un film qui est sans doute le plus abordable et le moins conceptuel qu'il ait proposé jusqu'ici.

Vos commentaires