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Attentat raté près de Notre-Dame: les versions "radicalement opposées" des deux accusées

Attentat raté près de Notre-Dame: les versions
Ines Madani, lors de son procès à Paris le 11 avril 2019Benoit PEYRUCQ

L'une des deux accusées dit-elle la vérité? Ornella Gilligmann et Inès Madani, jugées depuis le 23 septembre pour un attentat raté près de Notre-Dame de Paris en 2016, ont présenté lundi à la cour d'assises spéciale des versions irréconciliables, la première affirmant avoir volontairement fait échouer l'attaque.

"Ca me fait rire, j'arrive pas à comprendre. Elle organise tout ça, on y est toutes les deux. Et puis devant la cour d'assises, on devrait presque lui donner une médaille pour sa participation!". Après plus de 06H30 d'interrogatoire d'Ornella Gilligmann, le président Laurent Raviot vient de donner la parole à Inès Madani. "Chacun sa version. Y a pas de souci", ajoute cette dernière, en souriant.

Depuis le début du procès, la situation est tendue entre les deux accusées qui se rejettent la responsabilité de cette tentative d'attentat. Jeudi, Inès Madani a chargé Ornella Gilligmann, affirmant qu'elle avait pris l'initiative du projet et qu'elle l'avait organisé.

Dans la nuit du 3 au 4 septembre 2016, elles ont laissé une Peugeot 607 remplie de bonbonnes de gaz dans une rue près de la cathédrale Notre-Dame, devant des restaurants où se trouvaient des dizaines de personnes. Elles ont tenté de la faire exploser; seul un mauvais choix de carburant a fait échouer leur plan.

Ornella Gilligmann, 32 ans, explique avoir agi par amour pour "Abou Junayd", un jihadiste rencontré sur internet mais qui était en réalité Inès Madani (ce qu'elle a compris seulement lors de l'instruction). Elle se serait mariée avec "Abou", comme elle continue de l'appeler, par téléphone mi-août 2016. Rachid Kassim, propagandiste du groupe Etat islamique (EI), aurait été le "tuteur" du mariage.

Ornella Gilligmann, qui habitait alors dans le Loiret avec ses trois enfants et leur père d'avec qui elle venait de divorcer religieusement, affirme être venue à Paris pour "consommer" ce mariage. Mais la rencontre a été une nouvelle fois reportée et elle a dû se contenter de celle qui se présentait comme "sa soeur", Inès Madani.

- "Héroïne" -

"Abou" lui aurait cependant demandé "un service": acheter des bonbonnes de gaz. "Je savais qu'il était dans des trucs terros", admet-elle du bout des lèvres. Elle était bien consciente qu'une action violente devait se produire, lui fait dire son avocat.

"Je me suis embourbée", martèle-t-elle. "J'étais piégée. Je ne savais pas quoi faire". Ornella Gilligmann aurait décidé de faire échouer l'attentat d'Inès Madani, en remplaçant l'essence par du gazole, un carburant très difficilement inflammable.

Inès Madani, aujourd'hui âgée de 22 ans, "était persuadée que ça allait prendre feu, (...) mais pour moi, il n'y avait aucune chance", affirme l'accusée.

Le président lui reproche d'avoir trop souvent changé de versions, ne cache pas son scepticisme. L'avocate générale va plus loin: "Vos déclarations sont confuses, contradictoires et contredites par certains éléments de la procédure. (...) Vous encourrez la perpétuité. Essayez de dire la vérité!".

La magistrate enchaîne: "La version que vous développez devant la cour est ni plus ni moins que vous êtes une héroïne, une personne qui a tout fait pour éviter un attentat. Où est votre responsabilité?". "Avoir embrassé l'idéologie de cet homme, m'être retrouvée dans une histoire d'attentat alors que je savais que j'allais m'y retrouver, ma responsabilité, elle est là", lui répond-elle.

La jeune femme coquette aux longs cheveux ondulés admet avoir été radicalisée, mais nie avoir rejoint l'EI. Son allégeance? "Une formalité", minimise Ornella Gilligmann, qui avait pourtant tenté de se rendre en Syrie dès septembre 2014.

Inès Madani, elle, sourit discrètement à chaque tentative d'explication de sa co-accusée. Sa version était "radicalement opposée", comme l'a rappelé le président. Jeudi, elle a notamment affirmé qu'Ornella Gilligmann avait envoyé la vidéo de revendication à Rachid Kassim. Ornella Gilligmann n'avait pas alors caché son exaspération et sa colère.

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