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Commando de Notre-Dame, une "fascination" morbide pour les jihadistes

Commando de Notre-Dame, une
Le palais de justice de Paris où se déroule jusqu'au 11 octobre 2019 le procès de cinq femmes jihadistes présuméesPhilippe LOPEZ

Une photo de tête décapitée, accompagnée d'un message: "Je t'offre un ballon". Au procès du commando jihadiste de Notre-Dame, la cour d'assises de Paris s'est penchée lundi sur la "fascination" pour la violence de l'une des cinq accusées, Samia Chalel.

"Je m'étais créé un personnage. Ce personnage n'a rien à voir avec moi". Debout dans le box aux côtés de ses co-accusées, les mains sur le micro, Samia Chalel, 26 ans, raconte d'une voix calme la suite d’événements qui l'ont conduite à comparaître pour "association de malfaiteurs terroristes".

"Après les attentats du 13 novembre, j'ai voulu m'intéresser à l'Etat islamique, j'ai voulu me faire passer pour l'une des leurs". A l'époque, "j'avais une sorte de fascination pour les jihadistes", reconnaît la jeune femme, le visage encadré par de longs cheveux noirs.

Mais "pour moi, c'était hors de question de participer à un projet d'attentat", ajoute-t-elle rapidement. "Je ne savais pas que ça irait aussi loin, que j'allais me retrouver devant une cour d'assises" et "en prison".

Jugée depuis le 23 septembre par la cour d'assises spéciale de Paris, Samia Chalel est accusée d'avoir aidé le commando de Notre-Dame à trouver un point de chute après l'attentat raté aux bonbonnes de gaz près de la cathédrale parisienne, le 4 septembre 2016.

C'est elle qui aurait fait le lien avec Rachid Kassim, propagandiste du groupe jihadiste Etat islamique (EI), considéré comme l'instigateur de plusieurs attaques terroristes, et les responsables présumées de l'attentat raté: Inès Madani et Ornella Gilligmann.

Quand Inès Madani "m'a contactée, je ne savais pas qu'elle était recherchée", a assuré lundi cette ancienne employée de supermarché, qui assure n'avoir pas eu vent sur le moment de l'attaque déjouée. "Elle m'a dit de contacter Rachid Kassim, je ne me suis pas posé trop de questions".

- "je voulais faire l'intéressante" -

A l'époque des faits, Samia Chalel, née en Algérie en 1993, était en contact étroit avec Inès Madani... sans le savoir. Cette dernière, considérée comme le cerveau du commando, se faisait en effet passer pour un combattant jihadiste, Abou Junayd.

Abou Junayd "m'accordait beaucoup d'importance", confie Samia Chalel, qui raconte être rapidement tombée amoureuse. "Dès le premier contact, il était attentif. Je voulais lui plaire", poursuit l'accusée, décrite comme "influençable" par son entourage.

Messages sur Facebook, discussions sur Telegram... Entre la jeune femme et son interlocuteur virtuel, qu'elle présente comme son "jumeau", les échanges virent vite au morbide. Sur le téléphone de Samia Chalel, quelque 130 vidéos d'égorgement et de décapitation ont été retrouvées.

"Pourquoi toutes ces vidéos?", l'interroge le président, Laurent Raviot. "Je voulais juste faire l'intéressante. En vrai, je n'ai jamais aimé le sang, ça me fait peur", répond l'accusée, qui précise n'être "pas violente" et s'opposer aux attentats.

Quelques semaines avant l'attentat avorté contre Notre-Dame, Abou Junayd lui avait demandé d'acheter deux ou trois bouteilles d'essence ou de gaz, en évoquant "un barbecue". "J'ai compris que c'était pour un attentat et j'ai refusé", insiste Samia Chalel.

Jihadiste radicale sur internet mais personnalité modérée auprès de son entourage: la jeune femme, décrite comme "souriante" et "courtoise", et qui n'a jamais fait preuve d'une quelconque radicalité religieuse, laisse les enquêteurs perplexes.

"Parfois on se demande si vous vivez dans un autre monde", s'étonne l'avocat général, qui dit ne pas comprendre comment on peut "s'amuser" à "regarder des images horribles". "On a l'impression que vous avez un personnage lisse à l'extérieur, et un qui bouillonne à l'intérieur".

"A cette époque, j'étais perdue", reconnaît l'accusée, qui peine à expliquer les motivations de son engagement pro-jihadiste: c'était "peut-être un sentiment d'appartenance à un groupe... je ne sais pas..."

Appelé à la barre un peu plus tôt, le père de la jeune femme, visiblement ému, a assuré avoir "bien élevé" l'ensemble de ses cinq enfants. "J'en ai quatre qui se sont envolés. Le cinquième n'est pas arrivé à s'envoler: c'est Samia".

La jeune femme encourt 30 ans de réclusion criminelle.

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