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Entre John McCain et Donald Trump, un mépris mutuel

L'une des dernières volontés de John McCain était limpide: il avait fait savoir qu'il ne voulait pas de Donald Trump à son enterrement.

Ces deux-là n'ont jamais fait semblant de s'apprécier. Ce n'était pas seulement un problème d'affinités personnelles. Leurs différends étaient fondamentaux, sur leurs valeurs, et se sont exposés publiquement.

Quand Donald Trump se présente aux primaires républicaines, en juin 2015, John McCain déclare que l'homme d'affaires excite "les tarés" avec son discours anti-immigrés. La réponse de Donald Trump: John McCain est un "idiot".

Jamais homme à abandonner, le candidat attaque l'ancien pilote sur une partie sacrée de sa vie: sa carrière militaire.

"Ce n'est pas un héros de guerre. C'est un héros de guerre juste parce qu'il a été capturé", lâche un jour Donald Trump, agacé par cet élu qui le prend de haut. "J'aime les gens qui n'ont pas été capturés", ajoute-t-il, déclenchant une indignation générale.

La réponse de John McCain illustre en elle-même leur différence de caractère; il ne demande pas d'excuse mais déclare: "Il doit s'excuser auprès des familles de ceux qui se sont battus".

Mais l'ascension du candidat populiste, en 2016, s'assimile à un désaveu du républicanisme tendance McCain, le type de courant dont il porta les couleurs à la présidentielle de 2008.

Huit ans plus tard, voici venu un homme qui professe sa passion de l'argent, qui n'a pas fait son service militaire et qui s'est vanté d'avoir arrosé les hommes politiques de droite et de gauche pour parvenir à ses fins... et qui bafoue toutes les traditions présidentielles.

Pris dans sa propre campagne pour un nouveau mandat en 2016, McCain rompt avec la discipline de parti après la diffusion d'une vidéo où le milliardaire se vante d'attraper les femmes par "la chatte". Il annonce qu'il votera pour "un bon républicain conservateur qui est qualifié pour être président".

- Poutine et Trump -

Un jour de novembre 2016, peu après la victoire de Donald Trump, le sénateur de l'Arizona explose devant des journalistes qui, au Capitole, ne cessent de l'interroger sur telle ou telle déclaration du président élu: "Je ne veux plus qu'on me pose de questions sur Donald Trump. C'est mon droit de sénateur", dit-il d'un ton sans appel.

Son voeu fera long feu, tant le trumpisme monopolise les débats et bouleverse la tradition de politique étrangère américaine.

Mais c'est le refus persistant du nouveau dirigeant de reconnaître les ingérences russes dans la campagne qui scandalise le plus vieux sénateur.

Au fil des mois, McCain s'assombrit. Président de la commission des Forces armées, il ouvre sa propre enquête parlementaire sur la Russie. Et s'étrangle quand il entend les mots accommodants du président à l'égard de Vladimir Poutine.

"Ce n'est en rien +faire passer l'Amérique d'abord+ que de faire confiance à un colonel du KGB plutôt qu'à l'ensemble des services de renseignement américains", lance-t-il.

Dans les derniers mois de sa vie, chaque dossier semblait l'occasion de défier le locataire de la Maison Blanche.

Il est l'un des trois sénateurs de la majorité à torpiller, en juillet 2017, l'abrogation de la loi sur la santé de Barack Obama, provoquant la fureur de Donald Trump.

Le dirigeant est "mal informé" et "impulsif", accuse-t-il. Il dénonce, dans un discours préparé, le "nationalisme bancal et fallacieux conçu par des gens qui préfèrent trouver des boucs émissaires que de résoudre les problèmes".

Et tacle même le milliardaire, en octobre 2017, au détour d'une interview sur le Vietnam, sur l'un des sujets lui tenant le plus à coeur.

"Un aspect du conflit dont je ne me remettrai jamais est que les Américains les plus modestes ont été appelés par conscription, mais que les plus riches trouvaient un médecin pour déclarer qu'ils avaient une excroissance osseuse", lâche-t-il. Allusion à l'excuse trouvée par le jeune Donald Trump pour échapper à la guerre du Vietnam.

Jusqu'au bout, l'inimitié entre McCain et le président était palpable. Il y a quelques semaines, le dirigeant n'a pas daigné prononcer son nom lors d'une cérémonie de promulgation d'une loi sur la défense baptisée en l'honneur de John McCain.

Et quand la famille McCain a annoncé vendredi qu'il arrêtait tout traitement, le dirigeant n'avait pas non plus jugé utile de réagir, contrairement à l'ensemble de la classe politique américaine.

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