Face à la vague de migrants vénézuéliens, l'Equateur exige un passeport

Face à la vague de migrants vénézuéliens, l'Equateur exige un passeport
Le président équatorien Lenin Moreno rencontre des migrants vénézueliens au palaus présidentiel de Carondelet, à Quito, le 16 août 2018Cristina VEGA

L'Equateur, confronté à une vague de migration massive de Vénézuéliens en raison de la crise socio-économique dans leur pays, exigera à compter de samedi qu'ils soient titulaires d'un passeport, a indiqué jeudi le gouvernement.

Jusqu'à présent, les Vénézuéliens n'avaient besoin que de présenter leur carte d'identité à leur arrivée en Equateur. Ils recevaient alors une carte leur permettant de se déplacer librement sur le territoire équatorien.

"Afin de garantir à la fois la sécurité des citoyens vénézuéliens et la sécurité de notre territoire (....), à partir de samedi, toutes les personnes entrant en Équateur devront présenter leur passeport", a déclaré jeudi le ministre de l'Intérieur Mauro Toscanini.

Le Défenseur du peuple, entité publique chargée de la protection des droits de l'Homme, a "exhorté" sur Twitter le gouvernement à "renoncer" cette mesure.

Le gouvernement l'a justifiée en expliquant avoir constaté des "problèmes en termes de sécurité" au niveau des certificats de naissance et des documents vénézuéliens. Il affirme avoir été confronté à des "cas de traite d'êtres humains, de trafic illicite de migrants".

"Cela crée des problèmes au niveau du contrôle migratoire" car "il est impossible de vérifier les données et leur authenticité", a indiqué dans un communiqué le secrétariat à la Communication.

Lors d'une déclaration à la presse, M. Toscanini a par ailleurs exhorté le gouvernement de Nicolas Maduro "à faire tous les efforts politiques et surtout sociaux pour que ses citoyens n'aient pas à se trouver contraints de quitter leur pays".

Quito a pris cette mesure après avoir déclaré, le 8 août, l'état d'urgence migratoire en raison de l'arrivée quotidienne de quelque 4.200 Vénézuéliens.

Le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) estime qu'environ 550.000 Vénézuéliens se sont réfugiés en Equateur depuis le début de l'année.

Seuls 20% de ceux qui arrivent en Equateur y restent, les autres continuent leur périple vers le Pérou et le Chili, selon le HCR.

La plupart d'entre eux fuient le Venezuela à pied, dans des conditions précaires.

Obtenir un passeport au Venezuela est devenu difficile en raison de la crise économique qui a conduit à une pénurie de produits alimentaires, de médicaments et même de papier.

Peu avant l'annonce de son ministre, le président équatorien, Lenin Moreno, avait rencontré 13 migrants vénézuéliens.

Il leur avait expliqué que face à cette arrivée massive, son pays devait "prendre des décisions" mais qu'"elles n'affecteraient pas" ceux qui sont déjà en Equateur, que les autorités ont "l'intention de régulariser".

L'Equateur a décidé de permettre aux migrants vénézuéliens de bénéficier de toutes les prestations sociales.

"Il serait mieux pour les citoyens de tous les pays que les problèmes soient résolus dans leurs pays, mais il semble que la situation a déjà atteint des niveaux intolérables" au Venezuela, a déclaré M. Moreno.

"S'ils viennent sans argent, s'ils viennent à pied, imaginez ce que cela va être pour eux de ne pas être autorisés à franchir la frontière afin de poursuivre leur voyage", s'est inquiété auprès de l'AFP Daniel Regalado, président de l'Association vénézuélienne en Équateur.

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