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Japon: le Premier ministre Kan critiqué pour la vacuité de ses propos sur le nucléaire

 
 

Simples mots sans stratégie concrète prononcés par un Premier ministre sur le départ: favorables ou non à la sortie du nucléaire, les médias et milieux d'affaires japonais ont critiqué jeudi la vacuité des propos de Naoto Kan et l'absence de débat.

"En réduisant de façon planifiée et progressive le niveau de dépendance à l'énergie nucléaire, nous devrions concevoir à l'avenir une société qui puisse s'en passer", a déclaré mercredi le chef du gouvernement de centre-gauche.

Rappelant le combat actuel pour circonscrire l'accident causé par le séisme et le tsunami du 11 mars à la centrale de Fukushima, M. Kan juge caduque le principe selon lequel cette technologie est sûre.

Mais "brandir une pancarte +sortons du nucléaire+ au moment où l'on prédit une pénurie de courant est tout simplement irresponsable", s'énerve à droite le Yomiuri Shimbun, plus important quotidien généraliste japonais.

"Sans même en débattre au gouvernement et entre partis, le Premier ministre annonce un virage majeur. Si l'on pense aux conséquences sur la vie des citoyens, ses propos sont irréfléchis", renchérit le Nikkei.

"M. Kan a dit en juin qu'il quitterait ses fonctions une fois atteint un certain stade dans la résolution de la crise de Fukushima et la reconstruction. Il n'est pas en position de prendre une orientation politique si importante pour le pays à un horizon de 20 à 30 ans", conclut la bible du gotha économique.

A l'instar de ces deux influents quotidiens, la principale fédération patronale, le Keidanren, juge les sites nucléaires indispensables pour éviter une désindustrialisation du Japon et garantir un approvisionnement stable en électricité à un coût non prohibitif.

"Dans un pays pauvre en ressources, il faut réfléchir à long terme sur la base de données concrètes pour constituer le meilleur panier énergétique", a réagi pour sa part le patron de JNFL, société impliquée dans le retraitement de combustible nucléaire.

Or, les énergies naturelles, "si l'on exclut l'hydraulique, ne représentent pour l'heure guère que 1% de la production électrique", arguent le Nikkei et le Yomiuri, critiquant l'absence de calendrier et dispositions précises pour favoriser le solaire et l'éolien.

Si les journaux de centre-gauche soutiennent quant à eux la pensée du Premier ministre, ils lui reprochent aussi l'absence de propositions claires pour s'affranchir de l'atome dans un temps défini.

"Il est à craindre que M. Kan ne quitte le pouvoir sur de simples mots traduisant son opinion personnelle, et non une politique qui lui survive", déplore le populaire Mainichi Shimbun.

L'Asahi Shimbun, qui plaide depuis des semaines pour "une société sans réacteur nucléaire" d'ici 20 à 30 ans, rappelle cruellement que lorsque le Parti Démocrate du Japon a pris le pouvoir fin 2009, il n'a pas remis en cause le nucléaire et a même décidé d'aider l'exportation du savoir-faire nippon en la matière.

Mais parce qu'il est clair que "l'abandon du nucléaire est une idée qui monte en puissance" selon l'Asahi, elle "ne doit pas être seulement un slogan", poursuit le Mainichi.

Face à l'hostilité des industriels et d'une partie de la presse, le porte-parole du gouvernement, Yukio Edano, s'est empressé d'atténuer les propos du Premier ministre, indiquant qu'ils exprimaient "un espoir pour l'avenir lointain, pas une politique gouvernementale à long terme".

Malgré les déclarations de M. Kan (au plus bas dans les sondages même si l'opinion antinucléaire grandit), le gouvernement a l'intention de réactiver une partie des 35 réacteurs nucléaires (sur 54) actuellement stoppés une fois les tests de résistance passés et la sécurité assurée, a-t-il insisté.


 

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