Rêve fou ou judicieux pari? Ces petits candidats qui visent la Maison Blanche

Rêve fou ou judicieux pari? Ces petits candidats qui visent la Maison Blanche
Les 18 candidats démocrates déclarés à la présidentielle américaine de novembre 2020 (g-d, h-b): Pete Buttigieg, Bernie Sanders, Kamala Harris, Cory Booker, Elizabeth Warren, Beto O'Rourke, John DelaDon Emmert, MARK WILSON, Drew Angerer, Brendan Smialowski, SCOTT OLSON, Eugene Gologursky, ALEX WONG, Eric BARADAT, JOE RAEDLE

C'est un record historique: déjà 18 prétendants à la Maison Blanche se pressent du côté démocrate pour représenter le parti contre Donald Trump en 2020. Dans cette arène bondée, les tout petits candidats s'accrochent, dépensant des millions de dollars et une énergie folle dans une lutte qui semble perdue d'avance.

Mais leur combat n'est pas si illusoire.

Tous espèrent pouvoir déjouer les pronostics, à l'image de Pete Buttigieg, ex-inconnu devenu phénomène de ce début de campagne. A défaut, ils comptent se faire connaître en poussant les sujets qui leur tiennent à coeur, avec en vue de prochaines élections, un poste au gouvernement, ou de juteux contrats de commentateur.

Donald Trump était à la Maison Blanche depuis à peine six mois lorsque John Delaney a sauté dans la course le premier pour décrocher l'investiture démocrate: dès juillet 2017.

A 55 ans, cet ex-élu de la Chambre des représentants a déjà investi une bonne tranche de sa fortune personnelle dans sa campagne, mais près de deux ans plus tard, il plafonne encore à 1% des intentions de votes pour la primaire démocrate.

Avec lui, ils sont huit à grignoter à peine chacun un petit point, ou moins, dans les sondages, souvent devancés par la catégorie générique "quelqu'un d'autre".

Assez humiliant pour les convaincre de jeter l'éponge?

Pas du tout, estime Bill Sweeney, ancien haut responsable du parti démocrate et aujourd'hui expert à l'American University.

Il rappelle notamment qu'au premier semestre 1975, un certain Jimmy Carter ne faisait que 1% dans les sondages. Le démocrate avait finalement décroché l'investiture du parti puis battu le républicain Gerald Ford en 1976, devenant le 39e président des Etats-Unis.

- L'effet Buttigieg -

"Tous pensent que l'inattendu peut arriver", souligne ce spécialiste des campagnes.

D'autant qu'ils peuvent compter cette fois sur l'exemple de Pete Buttigieg, premier prétendant d'un grand parti à la présidentielle américaine ouvertement gay, si peu connu au départ qu'il avait dû passer les premiers jours de sa campagne à expliquer comment prononcer son nom.

Mais après des performances télévisées remarquées, l'ex-militaire âgé de 37 ans et maire de South Bend, dans l'Indiana, a récolté sept millions de dollars avant même le lancement officiel de sa candidature, prévu dimanche. Sa cote est passée de moins de 1% fin janvier jusqu'à 5% dans les sondages, l'ancrant fermement en milieu de peloton.

Et même s'ils ne décrochent finalement pas l'investiture démocrate, les petits candidats ne partent pas bredouilles.

"Si on fait une bonne campagne, on peut toujours rentrer dans sa circonscription et se présenter à un poste de gouverneur ou de sénateur", voire entrer au gouvernement d'un éventuel président démocrate victorieux, explique Bill Sweeney.

Certains sont aussi animés par la volonté de défendre "un sujet qui les passionne et qu'ils veulent placer dans le débat", comme la défense de l’environnement (Jay Inslee) et la lutte pour une meilleure limitation des armes à feu (Eric Swalwell).

Quant aux millions de dollars récoltés, ces efforts non plus ne se font pas en vain: les listings de donateurs et le maillage de volontaires peuvent s'avérer très utiles une prochaine fois, comme le démontre Bernie Sanders, candidat malheureux en 2016 et cette fois en tête de la course officielle... et des montants de donations.

- "L'avenir du parti" -

"On peut gagner même en perdant", renchérit Larry Sabato, politologue à l'université de Virginie. "Des contrats d'éditions, des postes de commentateurs etc. attendent ceux qui n'y arriveront pas".

Ces perspectives expliquent aussi en partie que le nombre de candidats aux primaires ne cesse de croître: pour la présidentielle de 2016 déjà, un record avait été battu avec 17 candidats républicains.

Plusieurs autres candidats démocrates sont encore attendus en plus des 18 déjà déclarés cette fois, dans un groupe qui reflète une diversité inédite et compte un record de femmes.

C'est pour l'instant Joe Biden, l'ancien vice-président de Barack Obama, qui domine les sondages avant même de s'être lancé. Il est suivi du sénateur Bernie Sanders, candidat officiel, puis, plus bas, de six prétendants qui font plus de 1%: Kamala Harris, Beto O'Rourke, Elizabeth Warren, Cory Booker, Pete Buttigieg et Amy Klobuchar.

Le nombre de candidats devrait rapidement se réduire une fois que les débats débuteront, fin juin, puis surtout après les premières primaires début 2020.

En attendant, toute cette diversité, parmi les candidats mais aussi dans les sujets qu'ils promeuvent, "est saine" pour les démocrates, se réjouit Bill Sweeney.

Particulièrement si l'on considère l'âge des plus petits candidats, souligne-t-il, dont la majorité ont moins de 55 ans: "Ils représentent l'avenir du parti".

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