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A 18 ans, la fille de Kathia a voulu tester le gaz hilarant avec des amis: "Elle a eu des conséquences neurologiques"

 
 

Paniquée, Kathia a pressé le bouton orange alertez-nous après que sa fille de 18 ans a consommé du gaz hilarant en soirée. L’adolescente a en effet eu des symptômes de fourmillement presque immédiatement après avoir pris trois ballons de protoxyde d’azote. Notre interlocutrice souhaite aujourd’hui mettre en garde contre cette drogue qui peut avoir des effets extrêmement néfastes sur le cerveau. Selon un neurologue, ce gaz peut conduire à des paralysies, des pertes de sensibilité et d’équilibre voire des troubles cognitifs.

"Ma fille de 18 ans a pris du gaz hilarant. Elle a eu des conséquences neurologiques. Pourriez-vous alerter la population contre les conséquences graves de l’usage de cette nouvelle drogue des jeunes, s’il vous plaît ? C’est trop grave", nous a écrit Kathia (nom d’emprunt) via le bouton orange Alertez-nous. Cette maman de deux enfants vit en région bruxelloise et a paniqué lorsqu’elle a appris que sa fille avait consommé du protoxyde d’azote en soirée avec des amis. "Elle a voulu essayer", dit-elle.

Mais rapidement, la jeune fille a ressenti des effets secondaires suite à cette consommation. "Le lendemain soir, elle vient près de moi pour me dire qu’elle ne se sent pas bien. Elle explique qu’elle a des fourmis dans les membres et qu’elle ne sent plus son corps." Si au début Kathia ne s’inquiète pas trop, elle comprend assez vite que quelque chose d’anormal se passe. "Elle n’aime pas aller chez le médecin et ici, elle insistait en disant qu’il fallait aller aux urgences car elle ne se sentait pas bien", raconte sa mère. Ce n’est qu’après plusieurs échanges qu’elle finit par avouer qu’elle a pris trois ballons de gaz hilarant. "Elle a associé ces effets sur son corps à sa consommation", note la maman de la jeune fille.

Kathia l’a donc emmenée aux urgences et un examen neurologique a été réalisé sur l’adolescente. Celui-ci n’a rien indiqué d’inquiétant mais les médecins étaient formels, elle doit consulter un neurologue. "La neurologue a fait un bilan complet et a expliqué que c’était un effet secondaire du gaz hilarant. On appelle ça la paresthésie et ça agit au niveau des nerfs, elle n’a plus de sensibilité au niveau des mains quand elle prend quelque chose", développe-t-elle. Malgré ça, la spécialiste s’est montrée assez optimiste, d’après notre interlocutrice. D’ici quelques mois, ces effets devraient disparaître.

Il faut qu’ils sachent que ça peut être dangereux pour la santé

Si cette mère de famille a souhaité nous contacter aujourd’hui, c’est pour mettre en garde les jeunes contre ce type de pratique. "C’est inquiétant, les jeunes en consomment de plus en plus. Apparemment c’est très à la mode en ce moment et ça se trouve facilement en magasin, ce sont les petites bonbonnes qu’on utilise pour faire de la chantilly. Ils mettent le gaz dans un ballon puis ils l’aspirent et ça monte au cerveau. Mais il faut qu’ils sachent que ça peut être dangereux pour la santé", témoigne-t-elle. Kathia nous explique en effet que lorsque sa fille a consommé du protoxyde d’azote à sa soirée, elle n’avait aucune idée de ce dont il s’agissait. "Elle ne se rendait pas compte que c’est dangereux, elle ne savait pas qu’il y avait des effets sur le corps. Elle ne savait même pas que c’était une drogue… Aujourd’hui, elle regrette beaucoup."

Le risque avec le gaz hilarant, c’est notamment que les effets euphorisants s’estompent après seulement quelques minutes. Pour continuer à planer, il faut donc consommer ballon sur ballon. Et d’après notre interlocutrice, certains jeunes prennent comme ça jusqu’à dix ballons en une seule soirée. Mais une consommation trop importante de protoxyde d’azote peut avoir des effets extrêmement néfastes sur le cerveau. "Ce gaz a une action très particulière, souligne le chef de service de neurologie des cliniques universitaires Saint-Luc. Il bloque la vitamine B12 qui est absolument indispensable à la machinerie de la cellule nerveuse pour fabriquer ce dont il a besoin. Si la vitamine B12 est bloquée par le protoxyde d’azote, alors la chaîne de production s’arrête et le neurone manque de choses dont il a besoin comme la protéine, les acides nucléiques, la gaine de myéline qui est l’isolant du nerf… Conséquence : ça arrête l’activité de certaines cellules et ça endommage les câbles qui doivent transmettre l’information au cerveau."

Selon le docteur Adrian Ivanoiu, une consommation abusive de ce gaz peut même entraîner la mort de la cellule, un acte malheureusement irréversible. Il arrive aussi que les dommages ne soient heureusement que partiels. Dans ce cas, il est possible de récupérer mais "cela nécessite des mois et des mois de rééducation motrice", insiste ce spécialiste du cerveau.

Des symptômes qui ne s’estompent pas forcément

Les effets secondaires à court terme sont nombreux : cela peut aller de la paralysie, à la perte de sensibilité avec de potentielles douleurs par la suite, en passant par une perte d’équilibre. Dans les cas les plus sévères, cela peut même entraîner des troubles cognitifs de la mémoire, de l’attention, de la concentration voire des troubles psychiatriques. "Ce qui est inquiétant, c’est que ces personnes ne récupèrent pas forcément et gardent des séquelles, probablement parce qu’on a agi trop tard et que les dommages étaient trop importants. Certaines heureusement récupèrent avec un traitement par vitamine B12 et l’arrêt du produit incriminé mais dans certains cas, on observe des conséquences à long terme comme la persistance de paralysie, des douleurs ou des troubles sensitifs et de l’équilibre", détaille le médecin.

D’une personne à l’autre, les effets sur le corps peuvent varier. Comme nous l’expliquait Kathia, sa fille est la seule à avoir eu des sensations étranges parmi ses amis. "Cela dépend si la personne est déjà dans un état de manque relatif de vitamine B12, qui est normalement stocké dans le foie. Si on a une quantité suffisante, alors le danger est moins important. Mais si on est limité au niveau de la vitamine B12, alors même une consommation légère peut déclencher des symptômes", nous informe le neurologue qui précise qu’il est impossible de savoir à l’avance si on dispose de suffisamment de vitamine B12 dans le foie, même par prise de sang.

Ce qui inquiète surtout le docteur Adrian Ivanoiu, c’est l’augmentation du nombre de consultations en lien avec cette consommation de gaz hilarant. "Depuis l’année dernière, on a de plus en plus de cas qui viennent avec des troubles et on se rend compte que c’est à cause de cela. On trouve des consommations plus importantes chez certaines personnes qui arrivent chez nous avec des picotement dans les mains et les jambes, des faiblesses dans les jambes, des troubles de l’équilibre…", met-il en garde.

Une consommation sociale ?

Si l’on observe aujourd’hui une hausse de cette consommation, pour l’ASBL Infor Drogues, c’est potentiellement en raison de la situation sanitaire actuelle et du manque de contacts sociaux dont certains souffrent beaucoup. "Cette consommation est révélatrice de la période que l’on vit, où on est solitaire, chez nous, seuls avec moins de lien social, moins d’activités. C’est révélateur du besoin de voir des gens, c’est rarement quelque chose que l’on consomme seul", affirme Fanny Betermier, chargée de communication chez Infor Drogues. Il est vrai que le gaz hilarant se consomme souvent dans des circonstances plutôt festives. Cela procure ainsi un sentiment de plaisir et d’amusement à ceux qui en prennent. "C’est comme des gens qui se réunissent pour boire une bière. Donc selon nous, c’est plus une drogue qui est prise pour son effet sociable", poursuit Fanny Betermier.

Le 4 février 2021, la Chambre avait approuvé l’interdiction de vendre des capsules de protoxyde d’azote aux moins de 18 ans. A partir du 23 février 2022, cette interdiction sera d’application dans toute la Belgique, soit un an après sa publication au Moniteur belge. Mais face à cette nouvelle interdiction, Fanny Betermier craint que certains jeunes se rabattent sur des alternatives "plus dangereuses pour la santé", conclut-elle. 


 

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