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Frank s'achète une Ferrari pour rouler tous les jours... mais elle est au garage depuis un an: "Elle n'est pas faite pour rouler!"

Frank s'achète une Ferrari pour rouler tous les jours... mais elle est au garage depuis un an:
© RTL INFO

Dans le message reçu via le bouton orange Alertez-nous, notre interlocuteur annonce directement la couleur: "C'est une histoire assez incroyable. Frank est gantois et amateur de belles voitures. Il n'est pas du tout le genre 'm'as-tu vu' mais il a acheté sa deuxième Ferrari en avril 2017. Mais depuis plus d'un an maintenant, elle reste au garage et Frank ne veut plus la récupérer".

L'auteur du message est un certain Serge, un spécialiste en communication qui a décidé d'aider Frank, le propriétaire de la fameuse Ferrari. Mais pourquoi reste-elle au garage et quelle est cette "histoire incroyable"? Nous avons appelé Frank pour comprendre.

Même pour aller acheter mon pain

D'après Frank V., tout commence le 1er avril 2017 à Wijnegem lorsqu'il reçoit sa GTC4-Lusso. C'est une Ferrari un peu particulière, car il s'agit d'un modèle quatre places. Il faut dire que notre témoin comptait utiliser son bolide tous les jours, "même pour aller acheter mon pain", nous confie-t-il. Montant de la facture: environ 305.000 euros, toutes taxes comprises.

 

"La voiture avait déjà été utilisée pour quelques démonstrations, mais elle n'affichait que 100 kilomètres. Elle était neuve", nous confie Frank. Mais déjà à l'époque, un élément le titille: "Ils ont changé la boîte de vitesses à 100 kilomètres, juste avant l'achat. Pourtant c'est une très grosse pièce. Mais ils ont dit que c'était pour que la voiture soit encore mieux, donc je n'avais rien dit".

La concession Ferrari a décidé de remplacer le moteur et encore une fois la boîte de vitesses, ça a duré sept mois

En ce début de printemps 2017, notre passionné d'automobiles compte bien profiter tous les jours de sa nouvelle acquisition. "Je fais environ 30.000 km/an, et je comptais bien les parcourir avec ma GTC4-Lusso", confie Frank. Mais d'après lui, l'histoire se transforme rapidement en cauchemar. "Elle a tout de suite eu des problèmes. Je sentais qu'elle ne tournait pas rond et elle a été plusieurs fois au garage. A chaque fois, la concession devait attendre l'autorisation de la maison-mère pour intervenir, et ça prenait toujours trois ou quatre semaines… vous imaginez? Puis, ils ont décidé de garder la voiture pour remplacer le moteur et encore une fois la boîte de vitesses. Ça a duré sept mois", explique Frank.

Un délai de réparation qui le fait bondir. "Pour une voiture de ce niveau, ce n'est pas normal. En plus il n'y a pas de respect envers le client, ils disent que je n'ai qu'à être content qu'elle soit réparée. Mais moi j'ai perdu des mois et des mois sans pouvoir profiter de ma voiture. Sans compter que la garantie ne sera évidemment pas prolongée du temps passé au garage", déplore Frank. "Cette Ferrari, elle n'est pas faite pour rouler", lance-t-il.

La voiture est toujours à la concession, Frank a lancé une procédure en justice

Suite aux problèmes à répétition et aux importantes interventions sur le véhicule, Frank dit ne plus vouloir de sa Ferrari. "Je n'ai plus confiance, je ne pourrais plus rouler avec", déclare-t-il. "Mais tous les mois, la concession m'envoie une facture de parking, comme pour me forcer la main".

Pour défendre sa position, Frank a pris un avocat et a lancé une procédure en justice. "Je veux une nouvelle voiture ou récupérer mon argent. Mais eux ne veulent pas", précise notre témoin.

Avant de contacter l'avocat de Frank pour savoir où en est la procédure, tentons d'obtenir le point de vue de Ferrari.

La réponse très brève de Ferrari

Nous envoyons d'abord un email à la maison-mère de Ferrari, en Italie. Nous fournissons toutes les informations sur le véhicule et sur Frank pour maximiser nos chances de réponse. Le constructeur nous a bien répondu… mais sa réponse est sans grand intérêt.

"Merci pour votre email. Nous souhaitons vous informer que nous ne commentons généralement pas les détails de procédures judiciaires impliquant des clients. Nous sommes confiants que le système judiciaire belge suivra son droit chemin", nous a répondu Ferrari.

Seule information de la réponse: la marque est bien en conflit avec Frank et une procédure en justice est effectivement en cours.

Peut-être aurons-nous plus de chance du côté des concessionnaires belges?

No comment

Précisons que Frank a eu affaire à deux concessions en Belgique. D'abord, celle où il a acheté sa GTC4-Lusso, FMA à Wijnegem. Ensuite, pour les interventions suivantes, il a été chez un concessionnaire officiel plus proche de chez lui: Ferrari Monza à Laethem-Saint-Martin.

Avec deux garages à contacter, nous pensions avoir deux fois plus de chances d'obtenir une réaction. Mais c'était peine perdue. Malgré nos très nombreux appels et emails au fil des semaines, nous avons à peine appris qu'il y avait effectivement eu des problèmes avec notre témoin, mais aucun responsable ne nous en a dit plus. C'est l'omerta.

Nous avons tout de même encore creusé.

Ce type de marque fait quasiment tout en interne, avec les tarifs Ferrari en bout de chaîne

Nous avons contacté un garagiste indépendant. Il nous a indiqué qu'il était très difficile d'obtenir des informations auprès de constructeurs de véhicules de luxe. Même pour un mécanicien. "Pour des voitures normales, comme Citroën, BMW, Volkswagen, Toyota, etc. nous avons accès à toute une série d'informations sur les entretiens à réaliser, les pièces à changer, les procédures, etc. Mais pour les marques de luxe, c'est très compliqué", nous a-t-il expliqué. "Même au niveau de pièce. Pour les marques populaires il y a souvent plusieurs fabricants et fournisseurs. Mais là les véhicules sont tellement rares et la demande de pièce est tellement faible qu'il n'y quasiment que Ferrari qui en produit. Donc c'est très centralisé. Ferrari boucle tout".

La réaction d'un confrère spécialisé dans l'automobile va nous éclairer sur le fonctionnement d'une marque telle que Ferrari. "Le problème c'est que ce type de marque fait quasiment tout en interne. C'est quasiment obligatoire pour le client, avec les tarifs Ferrari en bout de chaîne évidemment", nous a-t-il confié.

Face à ce type d'explications… nous nous résignons. Direction donc l'avocat de Frank pour les ultimes précisions.

Leurs arguments sont stupides

C'est maître Yvan Verfaillie qui s'occupe du dossier de Frank. "Nous avons cité Ferrari Italie, FMA et le garage Ferrari Monza devant le tribunal de commerce d'Anvers", nous explique-t-il. "La procédure a été lancée en janvier 2019 et chaque partie a environ un mois et demi pour présenter ses conclusions. Donc ça prend du temps".

"Au fil des mois, leurs arguments sont toujours les même. Ferrari affirme que les problèmes ont été provoqués par la manière de conduire de mon client", explique Yvan Verfaillie. "Au mois de juin 2018, il avait roulé dans un nid de poule, et ils disent que c'est à cause de ça que le moteur a eu des problèmes… Leurs arguments sont stupides".

Et quels sont donc les arguments du plaignant? "Selon nous, il y a eu un manque d'huile dans la boîte de vitesse et des petits fragments ont pu entrer dans le moteur, ce qui pourrait avoir provoqué des dégâts. C'est pour ça que la concession Monza avait remplacé le moteur. Selon nous, c'est un défaut de fabrication. Les pièces de la boîte de vitesses et le moteur ont été remplacés, mais pas le problème de fond. Donc il va peut-être réapparaître ensuite. D'autant que mon client n'est pas comme les propriétaires traditionnels de Ferrari, qui roulent en moyenne 2.000 km par. Donc il ne peut pas se permettre de garder une voiture avec un défaut pareil", explique Me Verfaillie.

Durant nos échanges, l'avocat nous indique qu'un autre propriétaire de GTC4-Lusso pourrait avoir rencontré les mêmes types de problèmes que Frank. "Il a dû remplacer plusieurs fois la boîte de vitesses, une fois le moteur, et il a aussi eu des soucis d'airbag", assure le juriste. Nous n'avons pas pu contacter la personne mentionnée, et ce ne sont donc ici que les dires de Me Verfaillie. Car après plusieurs semaines d'attente, l'avocat nous a informé que l'autre propriétaire n'entreprendrait pas d'action en justice. "Il a trouvé une solution avec la marque et il n'ira pas plus loin".

Alors, la GTC4-Lusso de Frank présente-t-elle un défaut de fabrication? Ferrari a-t-elle fait tout son possible pour réparer en bonne et due forme le véhicule de notre témoin? Verdict au mois de mars, lorsque le tribunal rendra son jugement.

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