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Les syndicats toujours aussi difficilement joignables, les affiliés n’en peuvent plus: "Le Covid a vraiment bon dos"

Les syndicats toujours aussi difficilement joignables, les affiliés n’en peuvent plus: "Le Covid a vraiment bon dos"
 
 

Les syndicats seraient injoignables depuis la crise du Covid, d'après de nombreux témoignages accumulés par la rédaction de RTL info. Leurs affiliés, nombreux à se plaindre, sont à bout et se sentent dépassés par la situation.

Les témoignages se répètent de manière trop importante pour être des cas isolés. La rédaction de RTL info reçoit, depuis plusieurs mois, de nombreux messages évoquant l'impossibilité de joindre les syndicats (c'est le cas avec les mutuelles également), avec les conséquences que cela engendre: retard dans le traitement des dossiers et le paiement des allocations. Nous avions souvent obtenu des réponses assez vagues et rassurantes des institutions concernées. Mais face à la régularité des messages, nous avons creusé, pour obtenir d'autres réponses. 

"Il m’est déjà arrivé d’attendre deux heures"

Nous avons reccueilli le témoignage de Maxime (prénom d'emprunt). Il a reçu son certificat de chômage fin juin 2022. Il décide alors de prendre rendez-vous avec son syndicat (CGSLB) afin de régulariser sa situation, sans quoi il n’obtiendra pas ses allocations. Mais, problème: impossible de joindre le secrétariat! Maxime essaye par mail et par téléphone mais rien ne fait: "Aucune réponse, nada, rien! Il m’est déjà arrivé d’attendre deux heures, puis on m’a raccroché au nez", témoigne-t-il. La situation sur place, devant les bureaux, est encore plus désespérante: "Même en arrivant avant l’heure d’ouverture j’étais la quinzième personne dans la file (…). J’ai attendu de 8h à 11h devant leur porte" Cela laisse peu de marge en sachant qu’ils ouvrent uniquement entre 8h30 et 12h. Il parvient malgré tout à décrocher un rendez-vous, après plus de trois heures d’attente. 

Selon Maxime, l’attente est courante lorsqu’on souhaite prendre rendez-vous dans un syndicat, mais elle n’a jamais été aussi longue depuis le Covid. Faire la file pendant une matinée entière ne lui était jamais arrivé. De plus, patienter durant des heures ne garantit pas une prise en charge. "C’est intolérable (…). J’ai vu la détresse de certaines personnes qui demandaient leurs allocations", ajoute-il.  

"Le Covid a vraiment bon dos"

Depuis la crise sanitaire, les syndicats ont, comme la majorité des entreprises, instauré le télétravail pour une partie du personnel. Les horaires ont été réduits de moitié (ouverture uniquement en matinée), des numéros de téléphone ainsi que des adresses mail ont été mis à disposition afin de maintenir un contact avec les syndiqués. L’interaction est cependant à sens unique car il est rare d’obtenir un retour de la part des secrétariats.  

Maxime est écœuré: "Au final, ils se battent pour nos droits mais ils ne nous respectent pas". "On paye ce service, en plus", s’indigne-t-il. Selon lui, c’est lors de la crise sanitaire que le suivi des dossiers s’est fortement détérioré: "Ils se foutent considérablement de nous, le Covid a vraiment bon dos". 

"On engage, on forme, puis les gens partent"

Le représentant syndical CGSLB (syndicat libéral) n’approuve pas ces propos. Selon lui, les longues files d’attente évoquées ne sont qu’exceptionnelles, "elles se créent souvent en début et fin de mois, en milieu il n’y a jamais ce genre de situation". Sous le couvert de l'anonymat, il ose aller un peu plus loin. 

Il y a un problème fondamental d’aimer ce métier-là

Le peu de disponibilité octroyé aux syndiqués serait dû à un manque de personnel qualifié : "On est face à une pénurie de mains d’œuvre. On engage, on forme, puis les gens partent". Il décrit ce métier comme étant particulièrement pénible: "Il y a un problème fondamental d’aimer ce métier-là"

Le représentant insiste également sur le public "très fragilisé" de Bruxelles: "On a à faire à beaucoup plus de cas compliqués, des personnes étrangères qui ne comprennent pas ce qu’est l’administration. Il faut arriver à communiquer avec ces gens-là qui ne parlent pas toujours français". Le temps consacré par dossier est plus conséquent et les employés ne sont pas suffisamment nombreux pour répondre à chaque demande.  

Le télétravail, cause des problèmes ?

Ce ne sont pourtant pas les uniques (et vraies) raisons de cette pénurie de personnel au sein de la CGSLB. Le représentant nous avoue à demi-mot que ce déficit provient surtout d’une jalousie ambiante qui pousserait les employés à quitter leurs postes au sein du syndicat. Il s’explique: "Vous arrivez dans un boulot et vous vous rendez compte que c’est dur. Vous demandez alors d’avoir du télétravail", mais le télétravail est parfois impossible pour les fonctions qui nécessitent un contact humain. Des jalousies internes naissent alors entre les télétravailleurs et ceux qui doivent rester en présentiel. "Il y a une difficulté à fidéliser le personnel à cause de ça", ajoute-il.

Maxime reste pourtant sceptique: "Il y a surement un manque de personnel, ça c’est clair. Mais bon, on est en pénurie partout et il y a toujours moyen de bien faire son boulot". Il ajoute: "Quand on a des ennuis, eux ne sont pas là pour nous aider. Ils nous laissent dans notre propre merde".  

"On est conscient du problème", finit par dire timidement le représentant syndical.  

Même souci ailleurs: Sarah a tout essayé pour contacter la CSC

Le problème concernerait tous les syndicats. Sarah, maman de 4 enfants, habite Bruxelles et est chômeuse. Affiliée à la CSC, elle est incapable de les joindre en samedi 17 septembre. "Au début de ce mois de septembre, j'ai reçu mon chômage mais je constate une erreur dans le paiement. J'essaie donc de les appeler mais en vain, impossible de les contacter par téléphone (il y a leur message pré-enregistré et ensuite ça coupe). Je décide donc d'envoyer un email mais pareil, une réponse automatique est envoyée, comme quoi ils répondront dans les 10 jours. Mais aucune réponse. J'ai voulu prendre un rendez-vous en présentiel via leur site, mais aucun rendez-vous de disponible. J'ai tout de même réussi à prendre un rendez-vous téléphonique pour le 12 septembre à 9h, j'ai d'ailleurs eu un rappel de ce rendez-vous le 11 septembre avec la liste des documents à avoir en possession. Mais personne ne m'a contacté finalement. La prise de rendez-vous n'a servi à rien. Je leur ai de nouveau envoyer un email et je les ai aussi contactés via le formulaire de contact sur leur site mais pareil aucune réponse !". 

A nos confrères de la RTBF, récemment, le président de l'alliance CSC Bruxelles-Brabant flamand admettait l'existence d'un problème, soi-disant limité aux nouveaux dossiers de demandes d'allocations de chômage. Mais Sarah ne rentre pas dans cette catégorie, et ça n'explique pas l'impossibilité de joindre le syndicat. Comme la CGSLB, un manque de personnel est évoqué par la CSC à Bruxelles, mais pas les problèmes de télétravail. 


 

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