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Le professeur d'un collège du Nord qui va comparaître devant le justice fin mars pour avoir giflé un élève l'ayant insulté, a reconnu jeudi avoir été "impulsif" et a expliqué que le coup était "parti tout seul".
Comme plusieurs de ses collègues et de nombreux parents d'élèves du collège Gilles de Chin à Berlaimont, près de Maubeuge, le professeur, joint par téléphone par l'AFP, juge son geste "excessif". Mais il trouve "disproportionnées par rapport aux faits", sa garde à vue de 24 heures, qui a pris fin mardi après-midi, et sa comparution le 27 mars devant le tribunal d'Avesnes-sur-Helpe.
Le professeur de technologie, 49 ans, avait reconnu avoir giflé lundi matin un élève de 6ème après qu'il l'eut traité de "connard". A l'origine de l'échange, le professeur se serait agacé du désordre sur une table.
Son collègue Jacques Naert, qui faisait cours au même moment dans la salle à côté, a raconté jeudi à l'AFP avoir été appelé par le professeur juste après l'incident. "Il est venu me chercher, j'ai vu un élève qui pleurait sur le côté, et il m'a dit avoir donné une gifle. Il était bien marqué tout de même", a-t-il confié en parlant du professeur.
A la récréation de 10H00, deux élèves sont allés trouver l'infirmière qui a alerté la conseillère principale d'éducation. Le professeur n'avait rien signalé, selon le rectorat.
Le père du mineur, gendarme, est ensuite arrivé en uniforme au collège, sur convocation du principal. Il a demandé des explications au professeur - qui a reconnu s'être emporté - avant de déposer plainte.
L'enfant est retourné en cours l'après-midi même, a précisé le rectorat. Il doit cependant faire l'objet d'un suivi psychologique, "notamment en raison de la pression médiatique", a-t-on précisé de source judiciaire.
Interpellé chez lui lundi après-midi et placé en garde à vue, l'enseignant a subi un test d'alcoolémie qui a révélé "un taux de 0,30 gramme par litre de sang", selon le parquet d'Avesnes-sur-Helpe, en précisant qu'il n'était pas possible de savoir s'il avait déjà bu au moment de l'altercation.
L'homme affirme avoir bu "quelques verres" chez lui entre son départ du collège vers 11h40 et son interpellation. Mis en arrêt maladie jusqu'au 9 mars, il reconnaît un "très léger" problème d'alcool, mais jure n'avoir bu qu'un jus d'orange ce matin-là.
Le rectorat devra se prononcer sur une sanction éventuelle (suspension, blâme ou avertissement).
Jeudi, sur le parking du collège, un établissement moderne dans ce bourg de 3.000 habitants, parents, anciens élèves et collègues ont souligné le "sérieux" et la "conscience professionnelle" du professeur.
"Il y a des choses plus graves quand même!", relativise Thierry Dierickx, grand-père d'une élève, observant la foule de caméras depuis sa voiture. Une infirmière en blouse blanche trouve quand même le geste "inadmissible", affirmant que sa fille est "très choquée".
Mais beaucoup s'étonnent de la sévérité des autorités, plusieurs d'entre eux l'attribuant au fait que la victime est fils de gendarme. "Si ça avait été le fils d'un ouvrier, il n'y aurait pas eu tant de remous. Sûr et certain", avance Stéphanie Darcel, ouvrière de 32 ans et ancienne élève du professeur.
Les syndicats d'enseignants et les fédérations de parents d'élèves, sans défendre le geste, se sont étonnés de la judiciarisation de l'affaire qu'ils ont qualifié de "disproportionnée".
Le ministre de l'Education Xavier Darcos a "demandé au recteur" de Lille de veiller à ce que l'élève soit sanctionné également, a déclaré jeudi soir son entourage à l'AFP. "Dans l'immense majorité des cas (...) ce sont souvent les professeurs qui sont les victimes, et je ne voudrais pas qu'un fait divers, aussi scandaleux soit-il, fasse oublier la réalité quotidienne", a affirmé le ministre au cours de la soirée sur RTL. "Un élève de 6eme n'insulte pas publiquement son professeur", a-t-il encore dit.
