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"Vous allez être les premiers enfants du monde à voir le film et c'est un privilège", déclare aux écoliers assis dans le cinéma tout neuf, équipé en 3D, d'une favela de Rio de Janeiro le réalisateur du film "Rio", le Brésilien Carlos Saldanha qui vit aux Etats-Unis.
Les créateurs de "l'Age de glace" ont présenté vendredi en première mondiale leur nouveau dessin animé dans le Complexo do Alemao, un ensemble de favelas du nord de Rio, ancien bastion des trafiquants de drogue reconquis fin novembre dans une opération militaire spectaculaire destinée à redorer l'image de la ville hôte du Mondial-2014 et des jeux Olympiques-2016.
Dans les rues du Complexo do Alemao, où un téléphérique construit par la société française Poma pourra bientôt transporter jusqu'à 40.000 personnes par jour, les soldats en treillis armés de mitraillettes sont partout.
Ils ne se retireront qu'après l'installation définitive d'une Unité de police pacificatrice (UPP), une nouvelle police communautaire spécialement formée pour travailler dans les favelas pacifiées.
Le dessin animé sur les aventures de Blu, un perroquet bleu très rare qui habite le Minnesota (Etats-Unis) et quitte sa cage pour s'envoler à Rio où il rencontre Jade qui lui fait découvrir la ville, sortira dans les salles le 8 avril.
Les écoliers en uniforme ont tous reçu un sachet de popcorn à l'entrée du cinéma inauguré en décembre.
"Les deux principaux acteurs sont venus de New York et Los Angeles pour vous montrer leur travail: ce sont Anne Hathaway qui fait la voix de Jade, et Jesse Eisenberg qui fait celle de Blu", leur explique Carlos Saldanha avant de souligner: "Je sais que vous êtes là parce que vous êtes les meilleurs élèves (...) pour réussir il faut étudier".
"Nous sommes très contents d'être avec vous pour voir le film que nous avons vu pour la première fois il y a deux jours seulement. Avant, nous étions enfermés en studio pour faire les voix", dit tout sourire Anne Hathaway, 28 ans, aux enfants.
"Nous vous remercions d'être ici dans cette favela et... n'oubliez pas vos lunettes" de vision en 3D, plaisante Jesse Einseberg, 27 ans, qui jure que "c'est la première fois mais pas la dernière" qu'il vient au Brésil.
Trois autres séances de projection du film sont prévues dans la journée.
Gabriel, 11 ans, ne fait pas partie du lot des premiers élèves à voir "Rio" mais envisage une stratégie: "si je n'ai pas de billet, je m'accroupirai et essayerai de rentrer dans la salle sans qu'on me voie", dit-il à l'AFP.
Depuis l'inauguration du cinéma multiplexe, il a vu "une vingtaine de films" alors qu'avant il n'était allé au cinéma "qu'une fois", dans un centre commercial avec sa grand-mère.
"Dans ces cinémas-là, c'est beaucoup trop cher", dit-il.
Plus chanceuse, Jennifer, 10 ans, a assisté à la première séance.
"J'ai beaucoup aimé le film. En plus nous avons été les premiers du monde à y assister. Les images du Pain de sucre et du Corcovado sont très belles", dit-elle.
Pour le maire de la ville, Eduardo Paes, le "film est une déclaration d'amour à Rio".
"On y voit les beaux quartiers et les favelas. Le lancement se fait dans cette favela pacifiée d'un Rio en transformation. C'est l'exemple du nouveau Rio que nous voulons, où les changements commencent", s'est félicité M. Paes.
Fin novembre, 2.600 hommes de la police et de l'armée appuyés de blindés se sont déployés dans les favelas du Complexo do Alemao, après une semaine de violences urbaines qui s'étaient soldées par 37 morts.
Les autorités de l'Etat de Rio, l'un des plus violents du pays, ont entamé depuis 2008 une course contre la montre pour pacifier la ville d'ici au Mondial-2014 et aux JO-2016.
