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Cambodge: le second procès des Khmers rouges en 2011

Souvent critiqué voire promis à l'échec, le tribunal de Phnom Penh jugera bien en 2011 quatre responsables politiques du régime des Khmers rouges au Cambodge, un second procès titanesque, déjà estampillé par certains comme le "plus complexe depuis Nuremberg".

Les plus hauts cadres du régime de Pol Pot encore en vie, 32 ans après les faits, répondront de crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide. Une audience de plusieurs mois pour faire la lumière sur deux millions de morts. Un dossier de 350.000 pages, 46 interrogatoires, 11.600 pièces à conviction.

"Certains commentateurs ont dit, et je crois qu'ils avaient raison, que cette affaire est la plus complexe depuis le tribunal de Nuremberg", estime Marcel Lemonde, magistrat instructeur du dossier, en référence au procès des 24 cadres du IIIe Reich, en 1945-1946.

Car à l'inverse du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (La Haye) et du TPI pour le Rwanda (Arusha, Tanzanie), le tribunal de Phnom Penh parrainé par l'ONU siège sur le lieu-même des massacres, dans un pays dont l'administration emploie encore de nombreux ex-Khmers rouges.

"Faire un procès de cette ampleur et de cette nature au Cambodge est infiniment plus compliqué que de l'organiser à la Haye", admet Marcel Lemonde, qui a aussi instruit le "dossier 001" contre "Douch", chef de la prison de Tuol Sleng de la capitale, condamné en juillet à 30 ans de prison.

"Il serait beaucoup plus simple de faire un procès purement international avec des juges purement internationaux qui appliqueraient un droit purement international. Mais cela n'aurait aucun sens pour les Cambodgiens".

La cour jugera les survivants de l'appareil khmer rouge, l'idéologue Nuon Chea, le ministre des Affaires étrangères Ieng Sary, le président Khieu Samphan et la ministre des Affaires sociales Ieng Thirith.

Mais à l'inverse de "Douch", qui a avoué et fourni des preuves de sa propre culpabilité, les accusés nient. Et les jugent auront fort à faire pour prouver leur rôle dans les famines, tortures, exécutions de masse et autres déportations des années 1975-1979.

"Il y a quatre accusés au lieu d'un et ils ne coopèrent pas", résume Anne Heindel, conseiller juridique du Centre de documentation du Cambodge (DC-CAM).

Alors que les faits reprochés à Douch se sont déroulés dans la seule enceinte de la prison de Tuol Sleng, cette fois, "l'ampleur de l'enquête est beaucoup plus vaste et couvre des milliers de crimes dans tout le Cambodge", ajoute-t-elle.

De plus, les multiples tentatives du pouvoir cambodgien de faire pression sur la cour ces dernières années laissent présager d'autres obstacles à venir.

L'an passé, Marcel Lemonde avait demandé à entendre comme témoins six hauts responsables, dont deux ministres-clés. Refus catégorique. Un porte-parole du gouvernement avait invité les étrangers irrités par ce refus "à faire leurs bagages et à rentrer chez eux".

Mais les experts rappellent aussi que bien peu croyaient en l'avenir de la juridiction lorsque ont commencé les négociations entre Phnom Penh et la communauté internationale, à la fin des années 90.

"Il y a eu des accusations d'ingérence politique depuis le début du tribunal et même pendant le processus de négociations qui l'a précédé", rappelle Alex Hinton, du Centre d'étude du génocide à l'université Rutgers de Newark (Etats-Unis).

"Mais il est aussi essentiel de noter que le premier procès fut un véritable succès, et que c'est de bon augure pour le dossier 002".

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