Accueil Actu

Le voyage des invendus alimentaires, de la grande distribution aux démunis (1/2): la collecte

Les supermarchés ne donnent pas directement des aliments invendus aux démunis, à la déception d'Antoni qui souhaitait aider un pauvre devant le Lidl d'Anderlecht. Les grandes enseignes privilégient une organisation "professionnelle" de la récupération de leurs surplus qui passent par les banques alimentaires puis les associations caritatives. Des centaines de bénévoles participent aux collectes et redistributions. Notre journaliste a suivi toute la chaîne, du rayon du magasin au panier d'un indigent.

C'était en janvier dernier, à Anderlecht. Antoni se rendait au hard-discount Lidl pour y faire ses emplettes. À l’entrée du supermarché, un démuni lui demande à manger. Antoni entre dans le magasin et voit que "que le responsable des rayons fruits et légumes jetait des produits encore bons à la consommation", raconte-t-il via notre page Alertez-nous. Il se dirige vers l'homme et lui en demande quelques-uns, "pour les transmettre immédiatement à la personne qui ne demandait qu’à pouvoir manger". Mais le chef de rayon refuse: "Il m’a répondu que c’était interdit", nous rapporte le citoyen. Indigné, il se pose cette question si souvent entendue: "Dans quel monde vivons-nous?" Nous avons tâché d'y répondre en cherchant à savoir ce que les supermarchés faisaient de toute cette nourriture invendue.

Nous vivons dans un monde où les invendus de la grande distribution ne sont plus jetés, ou en tout cas beaucoup moins qu'auparavant.


Supermarchés > Banques alimentaires > Associations caritatives > Démunis

S'ils ne les évacuent pas vers les poubelles, les supermarchés ne les donnent pas non plus directement aux démunis de main à main. Ils passent par l'intermédiaire d'associations caritatives mais surtout de professionnels en la matière: les banques alimentaires. La chaîne hard-discount allemande Lidl n'est pas encore très avancée dans le domaine. Un projet pilote avec la Fédération des banques alimentaires est mené dans 23 magasins, sur les plus de 300 que compte l'enseigne en Belgique et au Luxembourg. Celui d'Anderlecht où Toni a tenté d'obtenir quelques fruits et légumes n'est pas concerné. L'expérience est donc restreinte mais ce n'est qu'un début et l'ambition est de l'élargir à une centaine de magasins affirme le porte-parole de l'entreprise.

En Belgique, d'une certaine manière, on pourrait dire que la Fédération des banques alimentaires est au surplus alimentaire ce que la grande distribution est à l'alimentaire. Cette organisation coordonne neuf banques alimentaires réparties dans le pays et dont les bénévoles se rendent dans les magasins pour récupérer les invendus avant de les stocker puis de les redistribuer, cette fois à des centaines d'associations caritatives locales qui, elles, donneront cette fois aux indigents la nourriture, sous forme de colis ou de repas (restaurant social).


Pourquoi les grandes enseignes préfèrent ne pas donner directement aux pauvres?

Pourquoi les grandes enseignes préfèrent-elles s'adresser à la Fédération des banques alimentaires plutôt que de donner directement aux pauvres, par exemple à la fin de la journée?

Une question de sécurité. Que la nourriture arrive bien à ceux qui ont en besoin, "et ne rentre pas dans un marché parallèle", avance Ignace Bosteels, le président de la Fédération. Sécurité sanitaire aussi: "En matière de traitement des produits, notamment au niveau de la chaîne du froid, la grande distribution n'aimerait pas que son nom soit mêlé à un problème d'empoisonnement", explique-t-il.


La moitié de l'approvisionnement ne provient pas des invendus mais d'un fonds européen

Pour découvrir concrètement le fonctionnement des banques alimentaires, nous nous sommes rendus directement dans le centre de stockage de l'une d'entre elles, celle de la zone Bruxelles-Brabant, à Anderlecht. Ici, les aliments encore consommables proviennent de plusieurs secteurs: de l’industrie locale et agroalimentaire (avec des fabricants tels que Nestlé, Danone ou Unilever), ou de la grande distribution (Carrefour, Delhaize ou Colruyt). Mais malgré cette couverture étendue, plus de la moitié de l’approvisionnement provient encore du fonds européen d’aide aux plus démunies (FEAD) sous la forme d'aliments de longue durée (produits secs, riz, conserves...).


230 bénévoles qui vont chercher les invendus dans les magasins

Les équipes d'approvisionnement (230 bénévoles en Belgique) des banques alimentaires récupèrent donc un maximum de biens mis à disposition par les grandes surfaces. "Quand nous avons des produits qui ne correspondent plus aux normes de qualité qu’on veut proposer à notre clientèle, on les met sur le côté et les banques alimentaires viennent directement se servir", décrit Julien Wathieu, le porte-parole de Lidl. Chez Colruyt, on va plus loin et les banques alimentaires ont la possibilité de recevoir des produits quatre jours avant leurs dates de péremption, "ce qui nous offre la possibilité de mieux nous organiser avant la distribution aux associations", précise Ignace Bosteels.

Delhaize donne ses produits frais invendus à 17h. Ceux-ci devront être distribués dès le lendemain. "Dans ce cas, nous préférons donc que les associations caritatives les plus proches des magasins Delhaize s’en occupent et sortent directement les marchandises des rayons", détaille monsieur Bosteels qui ajoute que certains plats préparés peuvent être surgelés et les distribuer 2-3 jours après. On observe donc que les associations caritatives peuvent se substituer aux banques alimentaires et prendre en charge elles-mêmes la collecte.

Au total, ce travail de récup' a permis de distribuer 13.000 tonnes à 138.000 personnes dans le besoin en 2015. "Nous n’avons jamais connu une aussi forte augmentation en trente ans d’existence", rapporte le patron de la Fédération.

On en sait un peu plus sur la collecte. Comment fonctionne la distribution?

Tony Michiels de la banque alimentaire Bruxelles-Brabant


 

Les bons de commande des associations sont traités au premier des trois étages de la banque alimentaire en vue de préparer les différents colis.