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Alimentation et cancer: gare au régime cétogène (sans sucre)

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Qu'est-ce qu'un oncodiététicien?

Un oncodiététicien est spécialiste de l'alimentation et de la diététique qui met ses connaissances à profit pour venir en aide aux personnes souffrant d'un cancer. En Belgique, il n'existe pas de cursus scolaire menant à l'oncodiététique. Il s'agit le plus souvent de diététiciens qui apprennent sur le tas ou via des formations.

Le titre d'oncodiététicien, à l'instar de celui de psychothérapeute ou de journaliste, n'est pas encore reconnu chez nous.

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Une étude scientifique, publiée en décembre dernier, démontrait qu'un régime cétogène, c'est-à-dire à très faible teneur en sucre, associé à une radiothérapie, avait eu un effet bénéfique dans le traitement de gliomes, des tumeurs dans le cerveau, chez la souris. De là à faire de ce régime, comme on peut le lire sur internet, une arme efficace contre le cancer, il y a un pas qu'il serait dangereux de faire. Ce type de régime peut, au contraire, s'avérer nocif pour les malades, avertit madame Csergo, oncodiététicienne à l'Institut Jules Bordet.

Le cancer est une maladie qui nécessite une approche médicale à de nombreux niveaux. L'alimentation en est un. On le sait désormais, la façon dont un malade s'alimente influe fortement sur les chances de guérison et sur la façon dont le patient va supporter chimiothérapie, radiothérapie et même opération chirurgicale.

Vanessa, une internaute, nous a contactés via notre page Alertez-nous pour nous faire partager ce qu'elle a découvert sur le net: le régime cétogène. Celui-ci serait tout à fait "révolutionnaire" pour "vaincre un des cancers les plus agressifs".

Mais qu'en est-il vraiment ?

 

Une recherche source d'espérance

Très récemment, des chercheurs de l'Institut neurologique Barrow à Phœnix aux Etats-Unis ont publié une étude prometteuse concernant l'association du régime cétogène et de la radiothérapie dans le traitement contre le gliome malin. Il s'agit de tumeur(s) cancéreuse(s) qui se loge(nt) au niveau du cerveau et qui sont la troisième cause de mortalité chez le jeune adulte. Il s'agit du second cancer le plus fréquent chez l'enfant, juste derrière la leucémie.

Dans leur étude, ces chercheurs ont utilisé deux groupes de souris atteintes de gliome malin. Le premier effectuait de la radiothérapie et suivait un régime cétogène. Le second avait le même traitement médical mais mangeait normalement.

Parmi les souris qui ont été nourries avec un régime cétogène, neuf des 11 ont survécu sans aucun signe de récidive de la tumeur durant plus de 200 jours et ce, même après un retour l'alimentation. Parmi le second groupe, aucune souris n'a survécu plus de 33 jours.

Mais faut-il déjà en tirer des conclusions?

 

En quoi consiste ce régime alimentaire?

Tout d'abord, il faut comprendre en quoi consiste le régime cétogène. Dans ce type de diète, on limite très fortement les apports en sucre ce qui pousse le corps à puiser dans ses réserves en graisse afin de fonctionner correctement.

"C'est un régime à haute teneur en graisse et faible teneur en glucide", nous explique madame Csergo, oncodiététicienne à l'Institut Jules Bordet.

"Il imite les aspect de la famine en obligeant le corps à brûler les graisses au lieu des glucides. Privé de glucide, ce dernier entre en lipolyse. La masse graisseuse se dégrade et se transforme en corps cétoniques. Ceux-ci passent alors dans le cerveau et remplace le glucose comme source d'énergie pour assurer le bon fonctionnement de l'organisme", détaille-t-elle.

Et d'ajouter: "C'est un régime totalement déséquilibré et anorexigène."

 

Un succès médical relatif mais un succès médiatique certain

Découvert en 1921 par des médecins américains, le régime cétogène a rencontré un certain succès médical pour le traitement de certains cas d'épilepsies durant la période comprise entre 1920 et 1930. Avec l'arrivée des anti-convulsivants, il est pratiquement tombé dans l'oubli avant d'être remis au goût du jour en 1994 suite à la diffusion d'un reportage sur la chaîne américaine NBC.

Dans ce documentaire on montrait comment un enfant de 2 ans, fils de Jim Abrahams, un producteur hollywoodien, avait pu contrôler ses crises d'épilepsie et reprendre une vie normale grâce au régime cétogène. Dans le cas de cet enfant, les traitements médicamenteux avaient tous échoués.

Le cas du petit Jim Abrahams a même fait l'objet d'un téléfilm en 1997 avec Meryl Streep (First Do No Harm ), ce qui a encore contribué à la sensibilisation du grand public à ce "régime miracle".

Ce régime est rarement utilisé sauf dans les cas où un patient n’a pas réagi favorablement à deux ou trois antiépileptiques. Le régime cétogène est prescrit, dans la plupart des cas, à des enfants de 12 mois à 10 ans.

 

Le cancer n'est pas l'épilepsie

Avec le succès médiatique rencontré par le régime cétogène, de nombreuses "cures miracles" ont vu le jour sur internet. Certains recommandent cette "méthode naturelle" pour vaincre le cancer. Toutefois, le cancer n'est pas l'épilepsie.

Ce régime, qui permet de perdre beaucoup de poids en peu de temps, est totalement contre-indiqué pour les malades du cancer. Déjà peu recommandé pour des personnes en bonne santé, il s'avère tout à fait dangereux pour les individus fragilisés.

"C'est un régime tout à fait délétère pour les patients", affirme madame Csergo. "On essaye toujours de préserver la masse musculaire des malades. Or ce type de régime va également forcer l'organisme à puiser dans sa masse musculaire. Le patient va perdre du poids. Son immunité va s'affaiblir et il sera plus sensible aux infections", met en garde la spécialiste.

 

Que doit être l'alimentation d'un malade du cancer?

L'alimentation d'un malade dépend toujours du type de cancer dont il souffre. Néanmoins, l'essentiel est de maintenir un bon équilibre alimentaire.

"Il faut veiller à ce qu'il n'y ait pas de dénutrition. La probabilité de dénutrition varie fortement d'un type de cancer à l'autre. Le risque avoisine les 20% dans les cas de cancers du sein tandis que dans les cas de cancer du pancréas, celui-ci atteint 70%", explique encore l'oncodiéteticienne.

Le suivi alimentaire d'un patient par un professionnel est donc primordial. A tel point que, dans certains cas, il passe avant la mise en place du traitement par chimiothérapie ou radiothérapie.

"L'idéal est de faire une évaluation nutritionnelle complète dès que le diagnostic est posé. On postpose de plus en plus le début du traitement pour permettre au patient d'attaquer le traitement au mieux. Celui-ci sera plus efficace. Le patient sera plus résistant à tous les types de traitements envisagés", conseille-t-elle finalement.

 

Jessalynn Foucart

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