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La fin de la 2e guerre mondiale (1/6): "Votre fille ne peut plus venir à l’école parce qu’elle est juive"

La fin de la 2e guerre mondiale (1/6):
 
70 ans
 

Dans quelques jours, le monde célébrera le 70e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale. A cette occasion, toute cette semaine, nous vous proposons une série de reportages, consacrés à la vie, en Belgique, pendant l’occupation, au travers de récit de témoins et d'historiens. Ce lundi, Sébastien Rosenfeld et Michel Herinckx nous emmènent dans une "Belgique sous administration nazie". Nous sommes à Bruxelles, en mai 1940.

Le 10 mai 1940, les panzers envahissent la Belgique. Une attaque éclair qui malgré l’opposition des forces belges se traduit par cuisante défaite. Après 18 jours, le drapeau nazi s’installe au Palais royal. Le général Alexander Von Falkenhausen devient le nouveau maitre du pays. Ses premières cibles sont les juifs.


Interdiction de se rendre à l'école

Sophie a 7 ans. Elle vit avec ses parents à Bruxelles. Elle découvre brutalement en décembre 1941 qu’elle n’est pas une enfant comme les autres. Elle raconte: "L’institutrice attend maman à la porte et lui dit : ‘madame, je suis désolée, mais votre fille ne peut plus venir à l’école parce qu’elle est juive. C’est mon premier ressenti de la guerre et je n’y comprends absolument rien."



"J’apprends à me taire"

Sophie et ses parents doivent porter une étoile jaune. Sa mère à une nouvelle carte d’identité où l’administration tamponne ‘juif’. En septembre 1942, la petite fille échappe de justesse à une rafle, elle doit désormais se cacher chez des inconnus. "Là, j’apprends que je ne suis plus juive, que mes parents ne sont plus mes parents et que je ne m’appelle plus Sophie Granos. Je m’appelle Simone Legrand. On m’embrasse et mes parents s’en vont. Là commence ma vie d’enfant caché. J’ai très peur mais je ne dis rien. J’apprends à me taire." La petite fille vit au 101 rue du château d’eau à l’abri des regards. Chaque sortie est un danger comme lorsqu’elle se retrouve face à un soldat allemand dans un tram. "Il me fait comprend qu’en Allemagne, il a une petite fille comme moi. Au premier arrêt, je suis descendu en courant", se souvient Sophie.


Une résistance croissante

Dès le départ, les Allemands s’appuient sur ceux qui partagent leurs idées d’un ordre nouveau. Ils profitent du soutien des Rexistes de Léon Degrelle ou encore du Vlaams National Verbond de Staf De Clerq. Dans un premier temps, entre 1940 et 1942, les fonctionnaires appliquent la politique du moindre mal. Fabrice Maerten, historien au centre d’études et de documentation: "L’administration belge a appliqué docilement les instructions allemandes, par exemple, dans le cadre des persécutions anti-juives." Avec l’instauration du travail obligatoire, la multiplication des privations et les premières victoires alliés, l’attitude de la majorité des fonctionnaires change à l’automne 1942. Ils font désormais de la résistance passive. Une opposition de plus en plus systématique qui va s’amplifier jusqu’à la libération du pays.

"Ce qui est merveilleux, c’est que la petite Simone Legrand qui croyait que personne ne savait qui je suis, tous les voisins sont venus sonner à la porte en disant : ils n’ont pas eu notre petite juive. Et là, je me suis dit que tout le monde savait", conclut Sophie. La mère de Sophie ne rentre pas de camps. Son père s’en sort miraculeusement libérer des Américains de Balsen Gelsen. Ses sauveurs sont désormais sa famille. Lorsque Sophie se marie en 1953, ils sont comme toujours à ses côtés.

 




 

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