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Faut-il rendre au Congo les objets volés? "Ils ont été acquis dans le cadre de massacres, de pillages et de viols"

 
 

Le roi Philippe se rendra au Congo dans deux semaines. La Belgique voudrait en profiter pour rendre à la RDC des œuvres volées durant la période coloniale. "Ce qui a été volé ne nous appartient pas" a déclaré Thomas Dermine, le secrétaire d’Etat en charge du dossier. Avec le Premier Ministre Alexander De Croo, il a remis cette semaine un inventaire de 84.000 pièces aux autorités congolaises. Ces œuvres, stockées depuis longtemps à l'Africamuseum de Tervuren, provenant du Congo, sont suspectées d’avoir été volées, spoliées, pillées.

La restitution des objets "s'inscrit dans un mouvement général", selon Julien Volper, conservateur des collections ethnographiques du Musée Royal de l'Afrique Centrale de Tervuren. "On a observé des choses similaires en France et en Allemagne", précise-t-il sur le plateau de C'est pas tous les jours dimanche. Julien Volper explique avoir travaillé sur des cas de restitution d'objets volés qui ont été pris dans des musées au Congo ou sur un cas au Nigéria. "J'aurais tendance à me méfier un peu en tant que conservateur, car le but d'un conservateur est de conserver", dit-il.

Pour Yves Bernard Debie, avocat au Barreau de Bruxelles, spécialiste du droit de l'art, le mot "volé" n'a pas de sens dans ce contexte. "On parle de 1% d'objets qui ont été volés et qui ont été déterminés comme tels mais ce n'est pas le cas. On est au stade de l'avant-projet de loi", précise-t-il.

Thomas Dermine, secrétaire d'État fédéral pour la Relance et les Investissements stratégiques, chargé de la Politique scientifique, a expliqué qu'il s'agit aussi d'une question morale. "J'ai une petite fille de 5 ans qui adore les musées. Quand je me promène au musée de Tervuren, est-ce que je me sens à l'aise de montrer des objets pour lesquels on a une documentation historique évidente qu'ils ont été acquis dans le cadre de massacres, de pillages et de viols", détaille Thomas Dermine. "Dans ce cadre-là, c'est la différence entre le droit et la morale, quand la morale n'est pas en phase avec le droit, il faut faire évoluer le droit. Et c'est exactement ce que le gouvernement fait aujourd'hui, main dans la main avec le gouvernement congolais. On voit qu'on est parfaitement en phase avec monsieur Tshisekedi (NDLR: le président de la RDCongo)", estime-t-il. Pour le secrétaire d'État, il faut aller dans le sens de l'histoire, placer la science au centre et si ce 1% d'objets a été acquis par pillage, il faut envisager des cas où on peut transférer la propriété au Congo.

Cependant, il précise qu'il faut aussi toute une série de garanties sur la conservation de ces objets.

Georgine Dibua Mbombo de l'asbl Bakushinta, membre de la commission bruxelloise pour la décolonisation de l’espace urbain, estime qu'il faut tenir compte du fait que depuis les indépendances, le Congo fait partie, avec le Nigéria et le Ghana, des pays qui ont demandé le retour des objets. "En 1960, le Congo avait demandé le transfert du musée du Congo qui est le musée de Tervuren (...) Il y a eu des tueries et des massacres. Il y a des preuves, il y a des coloniaux qui ont laissé des notes".


 

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