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"L'Opéra du gueux", satire réinventée pour le 21e siècle

Le musicien franco-américain William Christie, aux commandes de la nouvelle version de "l'Opéra du gueux", à Paris le 27 janvier 2010 Lionel BONAVENTURE

On y parle de la Première ministre britannique, du Brexit, et même du mariage de Harry et Meghan : créé en 1728, "The Beggar's Opera" (Opéra du gueux) se réinvente dans une version 21e siècle.

Le grand metteur en scène canadien Robert Carsen, le dramaturge britannique Ian Burton et le franco-américain William Christie, maître de la musique baroque, sont aux commandes de cette nouvelle version présentée en première mondiale jusqu'au 3 mai au théâtre parisien des Bouffes du nord.

Cette "ballad opera" --spectacle satirique très à la mode dans l'Angleterre du 18e siècle-- a eu une profonde influence sur toutes les comédies musicales britanniques des 19e et 20e siècles.

Elle est connue surtout grâce à la comédie qui s'en inspira deux siècles plus tard : "L'Opéra de quat'sous" (1928) de Bertolt Brecht et Kurt Weill.

Souvent présenté comme un "anti-opéra", le spectacle créé par John Gay sur une musique de Johann Christoph Pepush se situe dans les bas-fonds de Londres, avec des gangs, des policiers corrompus et des prostituées.

Les chants ne sont pas des arias raffinés mais des chansons populaires de l'époque et William Christie a enrichi d'improvisations l'exquise partition originale aux accents baroques.

Bien que "The Beggar's Opera" soit considéré comme l'ancêtre de la comédie musicale, William Christie rappelle que les parodies d'opéra trouvent leur origine en France.

"Cela date de la fin du 17e siècle (...) l'idée de mélanger le théâtre, des sujets comme la politique et la religion, les stands-up et une musique reconnaissable du public qui peut la fredonner, c'est quelque chose qui a commencé en France", dit-il à l'AFP. "John Gay a eu juste l'idée géniale de lui donner une forme anglaise."

- "L'amour s'achète" -

Comme dans tous les opéras comiques, l'histoire n'est pas dénuée d'extravagance : Macheath, bandit réputé, épouse en secret Polly Peachum, alors qu'il avait promis à Lucy Lockit de se marier avec elle. Les deux familles cherchent alors à l'assassiner pour gagner sa fortune.

Le thème de la corruption est chanté sous toutes ses formes ("L'amour, comme la loi, s'achète", "Où est l'profit pour moi?", "Dans la vie, chacun arnaque son voisin").

Mais le texte, surtitré en français, et la mise en scène ont été modernisés : Theresa May a remplacé Robert Walpole, un des premiers chefs de gouvernement de Grande-Bretagne, comme objet de moquerie.

"Le gouvernement est tombé, elle est partie avec ses chaussures en peau de tigre, les Tories (Parti conservateur britannique) sont enfin finis", se réjouit la foule.

"Le ressentiment du peuple contre la classe gouvernante en Angleterre dans les années 1720 et 1730 est similaire à celui d'aujourd'hui. Et oui, nous tournons en dérision" la classe politique, indique M. Christie, 73 ans.

Les quelques danses un rien acrobatiques rappellent un peu "West Side Story", un peu "Grease", tout au long du spectacle de près de deux heures qui va partir en tournée, notamment au Festival d'Edimbourg.

La scénographie de James Brandily est frappante, avec une montagne de cartons qui s'ouvrent et se referment pour créer un décor de chambre, de bar, de prison, de bordel ou même de réfrigérateur ou de placard.

Des portables et des Ipads sont utilisés, les membres de l'ensemble baroque "Les arts florissants" de William Christie portent des casquettes à l'envers et le texte est émaillé de références contemporaines : CCTV, James Bond, princesse Diana ou encore le Daily Mail.

"Faisons un selfie", s'exclament les personnages, incarnés par des acteurs à la fois chanteurs et danseurs.

A une prostituée qui se félicite d'être devenue polyglotte grâce à ses multiples clients européens, sa "collègue" rétorque : "Avec ce foutu Brexit, tu peux oublier l'Europe et rester une bonne petite Anglaise!"

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