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A Bourges, Higelin fait toujours le Printemps

A Bourges, Higelin fait toujours le Printemps
Le chanteur Arthur H, fils de Jacques Higelin, lors du "Printemps de Bourges" le 26 avril 2018GUILLAUME SOUVANT

Au Printemps de Bourges, il était comme chez lui : Jacques Higelin, qui avait participé à la toute première édition en 1977, était dans tous les esprits jeudi soir lors du superbe concert de son fils Arthur H, qui a honoré sa mémoire tout en pudeur et en musique.

Deux semaines après avoir orchestré le vibrant hommage, plein d'amour et de vie, qu'ont rendu sa famille et ses amis au grand Jacques au Cirque d'hiver, Arthur H savait qu'il fallait boucler cette séquence très forte émotionnellement à Bourges.

Assis au piano, coiffé d'un petit chapeau, délivrant les perles de son dernier album "Amour chien fou", le chanteur de 52 ans a repris une chanson de son père, "Mona Lisa Klaxon". Qu'il a enchaînée avec "Destin du voyageur" une de ses propres compositions qu'il avait chantée en duo avec celui qu'il appelle communément Jacques.

Jacques. Définitivement le prénom du jour et du lieu, cette heure et demie suspendue d'intense poésie se déroulant au bien nommé théâtre Jacques Coeur.

Un contexte qui a inspiré à Arthur ces mots : "Grand coeur, énorme coeur, joli coeur. Le Printemps ça bourgeonne sec, sérieux. Quand il y a un artiste qui part, c'est comme un arbre qui lâche son pollen. Aujourd'hui c'est magique : ce pollen se dissémine et nous fertilise. C'est pour ça qu'ici ça s'appelle Jacques Coeur".

Un endroit sacré comme tout ceux du festival où Higelin a laissé sa trace.

D'ailleurs, "Jacques, il est dans l'ADN du festival. Il est venu onze fois au total et tous se rappellent de chacune de ses performances", assure Daniel Colling, fondateur et ex-patron du Printemps et producteur historique de l'artiste.

Le producteur se rappelle que les premiers concerts-marathons du chanteur, marque de fabrique des "happenings higeliniens", se sont déroulés dans la cité berryuère.

- Le fantôme du piano -

"On le laissait faire. Mais je me souviens qu'une fois au festival de jazz d'Antibes, il a largement débordé sur l'horaire. Les organisateurs ont coupé la lumière, puis la sono. Jacques a pris sa guitare acoustique, s'est mis au milieu des gens et c'était reparti", rit-il.

"Maintenant si tu dépasses de cinq minutes, on va te le faire sentir. Ca correspond à l'époque, tout est dans des cadres. Et c'est paradoxal parce que ce pour quoi on célèbre mon père aujourd'hui c'est la faculté qu'il avait de sortir du cadre", fait observer Arthur H.

Pour Daniel Colling, le souvenir le plus fort avec son ami à Bourges est un moment intime : "Il était ému en coulisses, lorsque sa fille, Izia, se produisait à 16 ans pour une de ses premières fois (en 2006, ndlr). Il l'a serrée dans ses bras pendant une minute pour lui donner du courage. C'est long une minute. C'était fort".

Depuis l'ouverture du festival, le fantôme du poète-rock disparu le 6 avril à 77 ans trône sur les bords de l'Auron, la rivière qui traverse Bourges. Les organisateurs ont installé un grand portrait-photo de l'artiste sur la place Séraucourt, au pied duquel est posé un livre d'or qui sera ensuite donné à la famille du chanteur.

Entre les concerts, des images d'archives d'Higelin à Bourges sont diffusées. Les gens attendent la fin de ces diffusions pour aller se ravitailler en boissons. Certains espèrent qu'il va réapparaître assis au piano, comme il le faisait parfois pour accueillir les festivaliers à l'entrée du site.

Côté artistes, d'autres hommages ont été rendus ces derniers jours. Mercredi soir, Sandra Nkaké, superbe voix d'un jazz que Higelin ne dédaignait pas, lui a dédié son concert. "Monsieur Jacques Higelin vous nous manquez trop. Merci pour tout ce que vous avez insufflé dans nos vies, de poésie, de folie, de liberté", a-t-elle dit.

Mardi, Catherine Ringer, "liée à lui par tout ce qu'il (lui) inspirait, par son amour de la fantaisie", a repris "Pars" avec une intense émotion.

Arthur H, lui, a fini son récital avec ces mots "Merci Jacques Coeur". Là où son père faisait le Printemps. Là où lui, mais aussi sa soeur Izia, ont encore de belles pages à écrire.

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