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L'auteur des Mémoires de Jacques Chirac se confie dans un livre

L'auteur des Mémoires de Jacques Chirac se confie dans un livre
Une affiche de Jacques Chirac sur la façade du musée de Sarran en Corrèze, le 27 septembre 2019Agnes GAUDIN
histoire

Un Jacques Chirac terriblement diminué par la maladie, une parole publique verrouillée par son entourage... Le "Ici, c'est Chirac" de l'écrivain et éditeur Jean-Luc Barré révèle les dessous de la vie de l'ex-président après ses 12 ans à l’Élysée.

Directeur de la collection "Bouquins" chez Robert Laffont, biographe de François Mauriac, Jean-Luc Barré avait été choisi en novembre 2007 par la famille de Jacques Chirac et l'éditrice Nicole Lattès pour écrire ses Mémoires ("Chaque pas doit être un but", 2009 et "Le temps présidentiel", 2011).

"J'étais officiellement chargé de +collaborer à la rédaction de l'ouvrage+. Doux euphémisme. Cette rédaction, j'ignorais à l'origine qu'il me reviendrait de l'assurer seul et à part entière, une fois recueillis vaille que vaille les souvenirs de l'ancien président", confie Jean-Luc Barré dans son livre publié chez Fayard (388 pages, 20 euros)

Le livre, achevé en janvier 2016 et laissé dans un tiroir avant d'être tiré à 60.000 exemplaires après la mort de Jacques Chirac, raconte les coulisses de ce travail de "ghostwriter" rendu difficile par le verrouillage de sa parole publique opéré par son entourage.

"Chaque prise de parole improvisée - ainsi de sa déclaration de soutien à François Hollande au musée de Sarran, en juin 2011 - retentit chez lui comme un acte de rébellion contre l'état de dépendance ou de semi-conscience où l'on s'efforce de le reléguer +pour son bien+", écrit Jean-Luc Barré.

L'épouse de l'ex-chef de l’État est une relectrice impitoyable. Jean-Luc Barré raconte qu'elle lui rend le début des épreuves des Mémoires "annoté de toutes parts, truffé de points d'exclamation ou d'interrogation. Certains paragraphes soulignés à grands traits, d'autres flanqués de commentaires persifleurs ou de jugements expéditifs".

L'entourage de l'ancien président s'inquiète de son opinion (très médiocre) sur Nicolas Sarkozy ou Valéry Giscard d'Estaing. Bernadette Chirac s'offusque des passages "trop élogieux", selon elle, à l'égard de Dominique de Villepin.

Sur Giscard, elle affirme qu'"un portrait à charge +va relancer sa fureur contre nous+ (...) Il veut la peau de mon mari+".

Même diminué par la maladie, l'ex-président n'a pas de mots assez durs contre Nicolas Sarkozy. "Sarkozy il faut le laisser dans son petit coin, c'est là qu'il est le mieux", ironise Jacques Chirac. "Je n'ai jamais été de droite", insiste-t-il.

Le livre dresse également le portrait d'un homme terriblement affecté par la maladie.

"L'homme que je retrouve à l'issue de l'été 2011 dans un état d'épuisement saisissant, vieilli en quelques mois à une vitesse vertigineuse, n'a plus grand chose en commun avec l'ex-président encore maître de lui, joueur, roublard, provocateur, que j'ai connu à sa sortie du pouvoir", constate Jean-Luc Barré.

"Désœuvré et de plus en plus isolé, il en est réduit au quotidien le plus morne, une vie répétitive"...

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