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L'incroyable préface du nouveau livre de Pierre Kroll: un texte de 2003 qui décrivait le confinement en détails

 

Pierre Kroll, dessinateur de presse, humoriste et surtout observateur de la vie en Belgique, sort un recueil de dessins intitulé "Alors, on en parle ?". 200 dessins consacrés à la crise du coronavirus. Il répondait aux questions d'Olivier Schoonejans pour le RTL Avec Vous. 

Vous suivez la vie belge et la vie politique belge depuis plus de vingt cinq ans. Est-ce que vous aviez imaginé ça ?

Non, bien sûr que non. J'ai connu des feuilletons, comme cet horrible feuilleton de l'affaire Julie et Mélissa et Dutroux pendant des années, des feuilletons politiques un peu ridicules mais jamais je n'aurais imaginé ceci, et dans mon cas de dessiner autant sur une si courte période sur un même sujet. 

200 dessins en quelques mois, c'est quand même assez exceptionnel non ?

Oui. Il y en a même qui ne sont pas dedans et j'ai même dû faire un choix. Évidemment, il y a beaucoup de sujets dans le sujet. Il y a les masques, les tests, les décisions politiques, le confinement, etc. Mais c'est quand même toujours autour de la même chose. Au point qu'on a l'impression qu'il ne s'est plus rien passé d'autre dans le monde pendant trois mois.

On a l'impression d'avoir un peu les mêmes histoires, des boulettes politiques, des différences entre francophones et Flamands, des Belges qui prennent toujours un peu le contre-pied de ce qu'on leur dit. Finalement, elle apprend quoi sur nous-mêmes et sur la vie belge cette crise ?

C'est bien remarqué parce qu'effectivement elle refait un peu le point sur tout. Ce qu'on sait un peu : ce pays est très compliqué avec les différentes communautés et les pouvoirs. Au début de cette crise, j'avais fait un dessin où Maggie De Block disait 'il n'y a pas de beaucoup de dangers. Il n'y a que deux malades pour six ministres. Maintenant je viens de lire dans la presse qu'on en compte sept ou qu'on en compte neuf selon la manière dont on répartit les compétences. On n'a pas fini d'en parler de la manière dont on a vécu ça. Moi, mon livre j'ai pas pensé le faire au début. J'ai pas commencé le confinement en me disant 'je vais en faire un livre'. J'ai fait mes dessins, et beaucoup plus que d'habitude et puis je me suis dit, on me l'a demandé aussi, 'ben il faudrait publier ça parce que ça restera un souvenir'. Pas de la maladie et de la gravité je tiens à le dire. J'ai évidemment beaucoup de pensées pour les gens qui l'ont vécu près d'eux, qui ont été malades et qui ont connu des malades proches. Ici c'est plutôt le confinement qu'on est heureusement plus nombreux à avoir subi ou vécu que la maladie elle-même.

Vous écrivez à la fin : 'Cette épidémie, c'est avant tout beaucoup de souffrance, mes pensées vont aux victimes'. À côté de ça, on a quand même réussi à trouver le parti d'en rire. Ça a été facile pour vous de trouver à chaque fois ce qui allait faire votre dessin, ce qui allait amuser le public ?

Je dois avouer que j'ai pas eu trop de mal. J'ai retrouvé que j'étais effectivement bien fait pour ce métier. C'est-à-dire qui consiste à observer les choses comme vous l'avez dit et à à rendre d'une certaine manière aux gens ce qu'ils ont vu eux-mêmes. Voilà que ce que moi j'ai pensé de ça. Et parfois mes petites victoires, c'était de voir par exemple que tous ces épidémiologistes, vous en avez reçu beaucoup sur ce plateau qui riaient parfois de mes dessins, je les voyais sur une autre chaîne il faut le dire, rire d'un dessin. Or s'il y en a qui aurait le droit de dire attendez, c'est un sujet trop grave, il faut pas faire d'humour là-dessus, c'est bien eux. Donc s'ils en riaient, je me disais "je suis dans le bon'.

Je me permets de lire la préface de votre bouquin, c'est incroyable. C'est un édito de Marc Moulin qui date de 2003 qui dit "Je nous vois déjà dans vingt ans tous enfermés chez nous. Les épidémies se seront multipliées et l'unique manière d'y échapper sera de rester chez soi. Grâce à Internet, le télétravail, la télévision. D'autres vont s'occuper de la livraison de notre caddie, des commandes à domicile. Nous seront des citoyens disciplinés, inoffensifs, confinés."

J'ai retrouvé ce texte parce que j'illustrais des textes de Marc Moulin dans Télémoustique. Au lieu de raconter après 'voilà comment j' ai vu le coronavirus', j'ai retrouvé ce texte et je me dis mais il y a 17 ans, Marc a décrit la vie. Alors est-ce qu'il était visionnaire au point d'imaginer que ce serait un virus ? Il a un peu mis les deux, il a mis le terrorisme aussi. Il a trouvé plusieurs raisons pour lesquelles on allait vivre enfermés et on allait peut-être presque aimés ça, se faire livrer des repas à domicile, commander sur Amazon ou je ne sais où des bouquins ou n'importe quoi. C'est vraiment ce qui est arrivé. Donc il y a des gens comme ça qui ont un côté visionnaire.

 

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