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Les seuls en scène, coups de poing et coups de coeur à Avignon

 
 

Un musulman converti au catholicisme, une étudiante de théâtre sous l'emprise du prof, un futur papa dans une salle de prélèvement de sperme: dans le "off" d'Avignon, des seuls en scène qui racontent le vécu font un tabac.

- "Coming Out -

La pièce n'est pas celle qu'on imagine. Mehdi-Emmanuel Djaadi, qui s'appelait simplement Mehdi à sa naissance, n'y fait pas son coming out sexuel mais religieux: enfant de parents d'origine algérienne, il raconte, avec humour, son enfance dans un milieu ouvrier très religieux à Saint-Etienne, l'antisémitisme de son père, son passage par la délinquance, sa rencontre avec Jésus grâce à un pasteur puis sa conversion au catholicisme.

L'acteur de 34 ans n'épargne personne, de sa "tête de chameau" au "catho tradi qui vit encore en 1357", en passant par son école coranique où il se faisait taper sur les doigts s'il ne récitait pas bien les sourates du Coran, ou le milieu culturel "progressiste" qui préfère avoir affaire à un musulman qu'à un catholique.

"Je n'ai pas fait ce spectacle pour provoquer mais pour raconter mon histoire qui est plus sur la liberté de conscience que sur la religion", assure le comédien qui réfute toute généralisation. Il y chante des versets du Coran, l'appel à la prière du muezzin ou encore des psaumes.

Le public est hilare et parfois choqué. "Il y a des gars musulmans qui m'ont dit +mon père aussi+ quand je parlais de (l'antisémitisme) de mon père; des athées sont touchés par l'histoire; une dame s'est rappelée qu'elle se faisait aussi taper sur les doigts chez les bonnes soeurs, et des gens du milieu culturel ont trouvé le spectacle dur avec les musulmans...plus que les musulmans eux-mêmes".

La pièce, qui sera à l'affiche à Paris, avait brièvement joué dans la capitale en 2020.

A-t-il eu un moment d'appréhension? "Un seul, quand il y a eu l'assassinat de Samuel Paty et l'attentat de Nice. Mais arrêter, c'était leur donner raison", dit l'acteur, que sa famille ne veut plus voir. Sauf son père.

- "L'Elue" -

"Quinze ans plus tard, j'ai toujours la peur au ventre" affirme Noémie. C'est le personnage incarné par Camille Bardery qui, à 20 ans était tombée sous l'emprise de son professeur de théâtre. Elle était "l'Elue", titre du spectacle qu'elle a mis sept ans à écrire.

Son seul en scène est loin d'être une simple dénonciation d'un cas "MeToo". "Ca ne m'intéressait pas d'être dans la victimisation, je voulais explorer comment on devient une femme-objet qui croit qu'il faut s'offrir pour être aimée", déclare à l'AFP la comédienne de 39 ans.

Le professeur, Jacques, est "Dieu". Elle le trouve vieux et laid mais il la flatte, lui confie un rôle principal et un jour l'embrasse: "répugnant et vertigineux à la fois". Une relation intime est entamée, elle se sentait "redevable" car il la "faisait grandir". Elle finit par partir cinq ans plus tard, malgré ses menaces et ses humiliations ("tu n'es rien sans moi").

Pour Camille Bardery, le spectacle "est un acte d'amour pour la jeune femme que j'étais et pas un règlement de comptes". Côté public, "une femme m'a dit +#MeToo, on en a ras-le-bol+. Mais beaucoup ont été émues, certaines ont pleuré dans mes bras".

- "La métamorphose des cigognes"

Que se passe-t-il dans la tête d'un homme quand il s'apprête à donner un échantillon de son sperme en vue d'une fécondation in vitro? C'est ce que raconte Marc Arnaud avec une bonne dose d'humour dans "La métamorphose des cigognes".

Sur scène, seul face à récipient posé sur un tabouret, il laisse libre cours à ses angoisses, ses doutes et... son blocage. "Je ne fais pas le lien entre le fait d’éjaculer dans ce gobelet et... un vrai enfant qui rentre en petite section de maternelle".

"Je suis passé par là et j'avais envie de raconter ça et d'en rire même si ce n'est pas un sujet drôle", indique à l'AFP l'acteur de 38 ans.

"On s'intéresse très peu à la psychologie masculine parce que +pour les mecs, c'est simple+", dit-il.

"Un spectateur qui a fait un spermogramme en matinée a beaucoup ri durant le spectacle; un autre a paniqué", ajoute Marc Arnaud. "Et des femmes ont été touchées d'entendre cette parole d'homme".


 




 

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