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Cette nuit, un vaisseau va s'écraser sur un astéroïde pour dévier sa trajectoire: des Belges font partie de cette mission

Cette nuit, un vaisseau va s'écraser sur un astéroïde pour dévier sa trajectoire: des Belges font partie de cette mission
(c)BELGA
 
 

Durant la nuit du 26 au 27 septembre, la sonde DART de la NASA s’écrasera sur l’astéroïde Dimorphos. L'objectif ? tester une stratégie de déviation d'astéroïde. L'Observatoire Royal de Belgique est impliqué dans cette mission.

Les dinosaures auraient sûrement aimé y penser. Les films de science-fiction, à l'image d'"Armageddon" ou plus récemment de "Don't Look Up: Déni cosmique", l'envisagent eux depuis longtemps.

Cette fois, la Nasa va enfin tenter ce qui n'a jamais été fait auparavant: dévier la trajectoire d'un astéroïde en projetant sur lui un vaisseau kamikaze. Un test de "défense planétaire", qui doit permettre de mieux protéger l'humanité face à une éventuelle menace future.

La mission Dart (fléchette, en anglais) a décollé en novembre depuis la Californie. Après dix mois de voyage, le vaisseau doit frapper l'astéroïde Dimorphos à 23H14 GMT lundi, à une vitesse de plus de 20.000 km/h.

Le vaisseau n'est pas plus grand qu'une voiture, et sa cible fait environ 160 mètres de diamètre (la moitié de la hauteur de la Tour Eiffel).
Pas de panique, Dimorphos ne représente en aucun cas une menace pour la Terre: son orbite autour du Soleil ne passe qu'à sept millions de kilomètres de nous au plus proche.


 

Mais la mission "est importante à réaliser avant que nous ne découvrions un réel besoin", a déclaré Andrea Riley, chargé de la mission à la Nasa.
Le moment de l'impact s'annonce spectaculaire et pourra être suivi en direct sur la chaîne vidéo de l'agence américaine.

Il ne s'agit pas de détruire l'astéroïde mais de le pousser légèrement. La technique est dite à impact cinétique.

Dimorphos est en réalité le satellite d'un plus gros astéroïde, Didymos (780 mètres de diamètre), dont il fait le tour en 11 heures et 55 minutes. Le but est de réduire l'orbite de Dimorphos autour de Didymos d'environ dix minutes.

Ce changement pourra être mesuré par des télescopes depuis la Terre, en observant la variation de l'éclat lorsque le petit astéroïde passe devant le gros.

L'objectif peut paraître modeste mais cette démonstration est cruciale pour l'avenir.

Il s'agit de mieux comprendre comment réagira Dimorphos, représentatif d'une population d'astéroïde assez communs mais dont on ne connaît pas la composition exacte. L'effet de l'impact dépendra en grande partie de sa porosité, c'est-à-dire s'il est plus ou moins compact.

Implication belge

Guillaume Noiset, chercheur à l'Observatoire Royal de Belgique, nous détaille l'implication belge de cette mission. "L'Observatoire est impliqué à 3 niveau dans ce projet. Les deux premiers niveaux sont au niveau de la simulation numérique. Premièrement, nous simulons l'influence de cet impact sur le système et sur la dynamique des astéroïdes. Deuxièmement, nous simulons la forme et l'évolution du cratère que causera la sonde lorsqu'elle s'écrasera sur l'astéroïde. En dernier lieu, l'Observatoire est actif dans le planning des observations afin d'avoir des mesures supplémentaires pour pouvoir étudier le système pendant et après l'impact", 

Plus particulièrement, Özgür Karatekin, chercheur à l'Observatoire Royal de Belgique, détaille l'apport apporté par les scientifiques belges: "Ce qu'on fait concrètement, ce sont des simulations numériques pour le moment pour comprendre les processus de cet impact. Et après voir les effets de cet impact..."

Une image par seconde

Pour atteindre une cible si petite, le vaisseau se dirigera de façon autonome durant les quatre dernières heures, comme un missile auto-guidé.
Sa caméra, appelée Draco, prendra au dernier moment les toutes premières images de l'astéroïde, dont on ne connaît pas encore la forme (ronde, oblongue...). A un rythme d'une image par seconde, visibles en direct sur Terre avec un délai de seulement quelque 45 secondes.

"Cela va commencer par un petit point de lumière, jusqu'à remplir tout le cadre", a déclaré Nancy Chabot, du Laboratoire de physique appliquée (APL) de l'université Johns Hopkins, où se trouve le centre de contrôle.

"Ces images continueront à arriver, jusqu'à ce qu'elles n'arrivent plus", a-t-elle ajouté, en référence au moment de l'explosion.

Trois minutes plus tard, un satellite de la taille d'une boîte à chaussures, appelé LICIACube et relâché par le vaisseau il y a quelques jours, passera à environ 55 km de l'astéroïde pour capturer des images des éjecta. Elles seront renvoyées vers la Terre dans les semaines et mois suivants.
L'événement sera également observé par les télescopes spatiaux Hubble et James Webb, qui devraient pouvoir détecter un nuage de poussière brillant.

Puis, la sonde européenne Hera, qui doit décoller en 2024, ira observer de près Dimorphos en 2026 pour évaluer les conséquences de l'impact et calculer, pour la première fois, la masse de l'astéroïde.

Trouvez-les tous 

Très peu des astéroïdes connus sont considérés comme potentiellement dangereux, et aucun ne l'est sur les 100 prochaines années.

Mais "je garantis que si vous attendez assez longtemps, il y aura un objet", a déclaré Thomas Zurbuchen, chef scientifique de la Nasa.
Près de 30.000 astéroïdes de toutes tailles ont été catalogués dans les environs de la Terre (on les appelle des géocroiseurs, c'est-à-dire que leur orbite croise celle de notre planète). Environ 3.000 nouveaux sont trouvés chaque année.

Ceux d'un kilomètre et plus ont quasiment tous été repérés, selon les scientifiques. Mais ils estiment n'avoir connaissance que de 40% des astéroïdes mesurant 140 mètres et plus --ceux capables de dévaster une région entière.

Si Dart manque sa cible, le vaisseau devrait avoir assez de carburant pour une nouvelle tentative dans deux ans.

Et si la mission réussit, il s'agira d'un premier pas vers une véritable capacité de défense, selon Nancy Chabot. "La Terre est frappée par des astéroïdes depuis des milliards d'années, et cela se reproduira. En tant qu'humains, faisons en sorte de vivre dans une civilisation où nous pouvons l'éviter."


 

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