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A Toulouse, une "école des loisirs" sous Covid, en forme de test avant la reprise des cours

A Toulouse, une
Les enfants à l'école primaire Borderouge à Toulouse le 16 avril 2020Lionel BONAVENTURE
 
 

Une cour sous le soleil où joue une vingtaine d'enfants: dans l'école de Borderouge, à Toulouse, restée ouverte pendant les vacances, l'heure est aux loisirs malgré le coronavirus, de quoi aider les familles de soignants mais mesurer aussi les aléas d'une reprise scolaire à multiples inconnues.

L'établissement, dont un agent vient de désinfecter les abords après l'arrivée des enfants, est l'un des huit fonctionnant comme centre aéré à Toulouse, pour continuer d'offrir une solution de garde aux personnels soignants et agents territoriaux.

Dans ce quartier populaire, il accueille une vingtaine d'enfants de tous âges, pris en charge par quatre animateurs et six agents techniques. Un personnel supérieur aux normes habituelles: "vu les précautions à prendre, ce n'est pas du luxe", relève le directeur de l'accueil, Karim Bouzembil.

Adjointe administrative dans un hôpital, Elodie Gopal, amène tous les jours sa fille de cinq ans, "faute d'autre choix de garde". Elle est "contente" que sa fille "ait cette respiration", mais "pas totalement tranquille": "ma fille a appris des choses, se laver les mains, tousser dans son coude, mais à cet âge, on ne peut pas vraiment appliquer les gestes barrières".

"Avec les plus grands, ça va, mais les petits c'est compliqué, comme quand ils se réveillent de la sieste et veulent un calin", fait écho M. Bouzembil, tandis que deux fillettes passent en se tenant par la main.

- L'obsession de la désinfection -

Poignées, tables, couvertures, legos, jeux, mains.... : la désinfection devient une obsession, relève Feïza Djellali, une animatrice de 26 ans. L'organisation des repas, fournis par la mairie et servis par tablées de trois, s'est aussi complexifiée.

Les animateurs ont dû se réinventer, épaulés par des employés des ludothèques: occuper les enfants par petits groupes, organiser des jeux sans contact physique, privilégier les travaux manuels individuels.

Tous sont volontaires: "pour venir en aide aux soignants, faire un geste citoyen" affirme M. Bouzembil, par besoin d'activité aussi, dit Mme Djellali, qui devenait "folle" confinée seule.

Aucun cas de contamination n'a jusque là été signalé dans le cadre de cet accueil, qui concerne une centaine d'enfants sur Toulouse, indique Ariane Guillerm, directrice Enfance et Loisirs à la ville.

Mais l'inquiétude est là: "nous portons tous des masques chirurgicaux, mais c'est surtout pour protéger les enfants, ça n'empêche qu'à tout moment on peut attraper le virus", relève Feïza.

Préparatrice en pharmacie, Séverine Unglas, 35 ans, qui vient déposer son petit garçon, veut positiver: "ce qui me rassure c'est qu'ici, ce sont tous des enfants dont les parents sont déjà exposés, cela m'enlève au moins la peur de contaminer des enfants non exposés".

- "Bonnes pratiques" -

Même si cela ne devrait plus être le cas après le 11 mai, elle est en faveur d'un retour à l'école, "car les enfants vont pouvoir retrouver leur rythme habituel". "Au niveau sanitaire c'est sûr ce que serait plus sage d'attendre septembre, mais il faut quand même reprendre le cours de la vie".

Yaniss, bientôt 13 ans, est lui "impatient". "Macron a dit le 11 mai, ça fait encore un mois à attendre. Mais c'est sûr que ça va être compliqué, les gens à l'école ils vont pas très bien respecter les règles, ils vont se coller, ne pas trop se laver les mains", anticipe-t-il.

A l'échelle de l'accueil actuel, l'organisation fait ses preuves, estime Mme Guillerm. Mais "à un niveau plus important, la question se posera de comment répartir et cloisonner les enfants".

Ses services ont demandé "des bilans aux animateurs pour servir d'expérience pour la suite, voire les bonnes pratiques, les points de vigilance". Et les enfants "qui auront fréquenté centres et écoles pourront peut-être apprendre les bons gestes à leurs petits camarades".

"Si l'Etat n'est pas capable d'ici le 11 mai de préciser les garanties mises en oeuvre, ça ne marchera pas", tranche le maire LR de Toulouse, Jean-Luc Moudenc. Mais au sortir d'une réunion jeudi entre le Premier ministre et des élus locaux, il a le sentiment que le gouvernement sera "très très précautionneux".




 

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