En ce moment
 

Ecoles de rugby: l'évitement pour rassurer les parents

Ecoles de rugby: l'évitement pour rassurer les parents
Le président de la FFR Bernard Laporte (c) suit le match contre l'Angleterre lors du tournoi des Six Nations au Stade de France, le 10 mars 2018Thomas SAMSON
Enfants, sport

Il doit changer les mentalités et renforcer la sécurité des pratiquants: le "toucher + 2 secondes" est la mesure phare du programme présenté samedi à Amiens par le président de la Fédération française de rugby (FFR) Bernard Laporte pour enrayer la baisse de ses licenciés, constatée à Gennevilliers, en banlieue parisienne, comme partout en France.

"Des nouveaux, je ne sais pas s'il y en aura beaucoup. Je suis un peu sceptique." Colette Vautrin, la secrétaire du Club Sportif Multisport Gennevillois (CSGM), ne peut pas encore dire si le club comptera comme l'an passé 250 adhérents dans son pôle jeunes.

Si les parents défilent pour accompagner leurs enfants ce mercredi, jour de rentrée, Jean-François Valleix, le responsable de l'école de rugby, ne cache pas sa "réelle inquiétude" quant à la baisse des licenciés: "c'est évident qu'on a une baisse dans les écoles de rugby à cause des grosses blessures qu'on voit à la télé."

- "Les gamins s'identifient au Top 14" -

Toutes catégories confondues, 16.000 licenciés en moins entre 2016 et 2017 (-5,6%), encore 15.000 de moins cette année (-5,5%): plus que le manque de résultats du XV de France, la multiplication des blessures graves dans le rugby professionnel français, encore sous le choc de la mort en août d'un jeune joueur d'Aurillac, Louis Fajfrowski, après un plaquage en plein match, est en cause.

"Le souci actuel, c'est que les gamins s'identifient au Top 14 et à la Pro D2 et ils font la même chose: ils vont au défi", déplore Valleix. "Ils voient un mec "péter" (aller au contact, NDLR) dans un autre plein fer et ils ne vont pas faire la passe."

Les K.O. impressionnants retransmis en direct à la télévision ont "découragé beaucoup de mamans d'inscrire leur enfant", acquiesce Mikhaël Eu Silva, demi de mêlée de 19 ans et l'un des 15 éducateurs de l'école de rugby. "Mon meilleur ami a un petit frère: sa mère ne voulait pas le réinscrire cette année à cause de ce qu'il y a eu cet été", dit-il en référence au drame d'Aurillac.

Sylvie, maman d'Evann, 15 ans, et de Lucas, 10 ans, tous deux licenciés au CSMG, a fait part de son inquiétude à son fils aîné, entré dans une catégorie d'âge où la violence des contacts suit l'évolution des corps. "Les gabarits augmentent, les chocs sont plus importants. Je ne vais pas lui faire arrêter un sport qu'il adore mais oui, je comprends que les parents aient peur."

- Apprentissage progressif du plaquage -

Forcée de réagir, la FFR a présenté en juin un "plan national de prévention des risques" intitulé "Rugby bien joué", dont la mesure phare est la généralisation du "toucher deux secondes" dans les catégories les plus jeunes afin d'encourager l'évitement au détriment du contact.

Le principe est simple: pas de plaquage, le défenseur doit toucher des deux mains l'attaquant qui a alors deux secondes pour transmettre la balle sous peine qu'elle soit rendue à l'adversaire.

Introduit dès 2014 en Ile-de-France, le "toucher deux secondes multiplie par 3 le nombre de passes et augmente de 20 à 40% le temps de jeu effectif", assure à l'AFP Florian Grill, le président du comité régional. "C'est bien dans l'esprit d'un rugby de mouvement versus un rugby de collision, étant entendu qu'il ne faut pas faire faire aux gamins le même rugby qu'au Top 14", ajoute-t-il.

Le plaquage reste tout de même enseigné dès les moins de 6 ans mais "graduellement", souligne Grill. C'est à dire à partir de janvier pour les U8, U10 et U12, le "toucher deux secondes" étant désormais instauré comme programme unique jusqu'en décembre, avant une phase de transition appelée "jouer au contact".

"C'est une très bonne chose", estime à Gennevilliers Michaël Eu Silva, qui dit avoir convaincu quelques mamans par cette instauration plus progressive des contacts. "Ça va faire progresser les gamins, c'est sûr et certain", approuve Jean-François Valleix, conscient cependant qu'il faudra "dix ans" pour obtenir des "résultats".

Ce qu'Isaïe, 5 ans, préfère dans le rugby, ce sont tout de même les plaquages. "Il apprendra lui-même, à ses dépens, sur le terrain", relativise sa maman Maeva, dont le frère, également joueur de rugby, a pourtant "les chevilles ravagées" et a déjà subi deux K.O. à la suite desquels "il s'est réveillé à l'hôpital". "J'ai fait du taekwondo pendant très longtemps, on a aussi des bonnes fractures. Il ne faut pas les mettre sous globe non plus", conclut-elle.

Vos commentaires