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Ford va cesser d'investir dans son usine de Gironde, 900 emplois menacés

Ford va cesser d'investir dans son usine de Gironde, 900 emplois menacés
Site Ford à Blanquefort en 2005. Ford Europe a décidé de ne plus investir dans l'usine de boîtes de vitesse DERRICK CEYRAC

Soutenus depuis des années par des aides publiques maintenant l'emploi, l'usine Ford de Blanquefort, près de Bordeaux (Gironde) et son petit millier de salariés sont aujourd'hui menacés après l'annonce mardi par le constructeur automobile qu'il cessait d'y investir.

Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a aussitôt pressé dans un communiqué le constructeur américain de "garantir la pérennité" du site de production de boîtes de vitesse en travaillant avec les syndicats, les collectivités locales et l'Etat. Il doit recevoir les représentants des salariés et les élus "dans les prochains jours".

Chez Ford, on souligne déjà que la "solution viable et pérenne" pour Ford Aquitaine Industries (FAI) pourrait passer par "la recherche de tout repreneur potentiel intéressé par le site". Du côté de Bercy aussi, on évoque la possibilité de faire appel à des "partenaires externes"...

Depuis des années, les syndicats de FAI alertent les pouvoirs publics sur leurs craintes pour le site girondin, accusant Ford de repousser des décisions d'investissements pour gagner du temps.

Ils réclamaient notamment qu'on confie à Blanquefort la production d'une nouvelle boîte de transmissions, la 8F-MID, qui aurait selon eux permis d'assurer la pérennité de l'usine qui emploie actuellement environ 910 personnes.

Mais les responsables de Ford-Europe venus à Blanquefort mardi ont douché leurs espoirs. "Il s'avère que la fabrication de la nouvelle transmission 8 vitesses à FAI n'était pas économiquement viable", a tranché Ford.

- "Ici, on bricole" -

"Comme nous l'avons déjà dit, l'activité industrielle à FAI dépend de la demande du marché, mais les projections actuelles de volume de production sont saines jusqu’au cours de 2019", ajoute le constructeur dans un communiqué.

Oui, mais après 2019, lorsque la boîte de transmission 6F35 produite actuellement à Blanquefort "cessera d'être en catalogue?" s'inquiétaient auprès de l'AFP les salariés à l'entrée du site, peu après l'annonce de Ford.

Le problème, c'est qu'"aujourd'hui, personne n'est capable de dire exactement jusqu'à quand il y a du boulot", estime Jean-Marc Chavant, élu FO au Comité d'entreprise (CE).

Ford a "tout ce qu'il faut pour produire à Bordeaux", a estimé la CGT de Philippe Poutou, salarié du site, qui dit vouloir s'appuyer "sur la volonté affichée du gouvernement" pour "changer la donne".

Alain Juppé a évoqué "un coup dur", une "grande déception". D'autant, a-t-il ajouté, "qu'on nous avait laissé entendre que la décision pourrait être positive parce que l'usine Ford a fait de gros progrès de productivité au cours des années passées".

Mêmes regrets au Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine où l'on s'était engagé ces derniers mois à proposer "des solutions de diversification dans le domaine du véhicule électrique auxquelles l'usine Ford aurait pu prendre toute sa part."

Le constructeur est présent depuis 1972 à Blanquefort, où il employa jusqu'à 4.000 personnes.

- "Gâchis" -

Mais la production n'a cessé de se réduire ces dernières années, et après la cession puis la reprise du site, il aura fallu un accord-cadre en 2013 pour que Ford s'engage au maintien de 1.000 emplois, en échange d'aides (collectivités locales, Etat, formation), pour un total d'environ 27 millions d'euros. Cet accord s'achève fin mai 2018.

"Ca fait des années qu'on ne travaille plus vraiment, on bricole, on fait des babioles..." déplorait Norbert, entré à l'usine en 1986. "A une époque, on sortait jusqu'à 3.000 boîtes de vitesse par jour, aujourd'hui, je ne sais pas si on en sort 500, et encore elles ne sont pas fabriquées ici, on les monte".

Comme la plupart des ouvriers, à la moyenne d'âge de 51 ans, Pascal, à Blanquefort depuis 28 ans, ressent un "immense gâchis". "Parce que les technologies récentes, elles y sont, sur le site. Il ne faut pas croire que ce sont de vieilles machines, ici", souligne-t-il.

Pourtant, l'assemblée générale organisée par les syndicats devant l'usine peinait à attirer du monde, 150-200 personnes tout au plus. "Ce n'est pas de la résignation, c'est de la lassitude. Cela fait dix ans qu'on se bat pour que ça survive, ici", explique Pascal.

Une intersyndicale doit discuter mercredi matin de types d'actions à proposer aux salariés.

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