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Grève des routiers au Brésil: le retour à la normale s'annonce difficile

Les Brésiliens espéraient un retour progressif à la normale à partir de lundi après une grève des camionneurs qui a paralysé durant une semaine un pays sortant à peine d'une récession historique et forcé le président Michel Temer à céder.

Les principaux représentants des routiers se sont dits prêts à lever les barrages routiers après l'annonce dimanche par M. Temer de mesures pour répondre à leurs revendications, en particulier une baisse d'environ 12% du prix du diesel.

"Je pense que l'affaire est résolue, les routiers (...) aussi veulent mettre fin à ce mouvement", a déclaré José da Fonseca Lopes, président de l'Association brésilienne des camionneurs (Abcam) qui revendique 600.000 routiers indépendants.

Jeudi, l'Abcam avait rejeté une trêve de 15 jours dans la grève, convenue par d'autres syndicats avec le gouvernement. La grande majorité des grévistes était alors restée mobilisée et le président Temer avait durci le ton en faisant appel aux forces de sécurité, y compris l'armée, pour débloquer les routes.

Des camions-citernes avaient pu être escortés depuis les raffineries par des policiers ou des soldats. La situation devenait toutefois critique au septième jour de grève - stations-services à sec, chaînes de montage à l'arrêt, pénurie de fruits frais sur les étals - et M. Temer a fini par céder pour éviter que le pays ne sombre encore plus dans le chaos.

Mais, même si les camionneurs levaient effectivement cette fois tous les barrages, il faudra des semaines, sinon des mois, pour que les chaînes de production de la principale économie latino-américaine reviennent à la normale.

- Des mois pour normaliser -

Selon l'Association brésilienne de protéines animales, quelque 64 millions de volailles et poussins sont morts faute d'alimentation et des millions d'autres sont en danger ainsi que 20 millions de porcs. Il faudra jusqu'à deux mois pour normaliser les approvisionnements, estiment les experts.

L'Association nationale des hôpitaux privés a averti qu'à partir de lundi de nombreux établissements "ne pourront garantir la continuité des soins aux patients qui nécessitent un traitement si des mesures immédiates ne sont pas adoptées".

Certaines stations-service ont commencé à être approvisionnées depuis l'intervention de l'armée mais des files d'attente se sont immédiatement formées sur des kilomètres.

Parmi les mesures annoncées dimanche par M. Temer figure une baisse de 0,46 réal du litre de diesel (environ 0,14 euro) par rapport au prix moyen de samedi qui était de 3,788 réais par litre, un tarif gelé pendant 60 jours.

Une fois les 60 jours passés, les prix ne seront réajustés que de façon mensuelle - et non plus quotidienne, une des raisons pour lesquelles la grève avait éclaté à cause d'une hausse des prix liée à celle du cours du brut.

M. Temer a également cédé sur quatre autres revendications, notamment la suppression de certains péages pour les chauffeurs de poids lourds.

"Nous avons fait un geste de notre côté pour atténuer les problèmes et les souffrances (de la population). Les mesures que je viens d'annoncer répondent aux revendications qui nous ont été présentées", a affirmé le chef de l'Etat.

"C'est pourquoi je veux manifester ma pleine confiance en l'esprit de responsabilité, de solidarité et de patriotisme" des routiers, a-t-il ajouté.

M. Temer a précisé que le gouvernement honorerait ses engagements de compenser la différence de prix auprès de la compagnie pétrolière publique Petrobras, qui avait déjà annoncé mercredi une baisse de 10% sur 15 jours.

- Gouvernement impopulaire -

Cette annonce avait provoqué jeudi une chute brutale des actions de Petrobras (-14%), dont la politique de réajustement quotidien des prix faisait partie d'une stratégie pour refaire surface après avoir été au coeur d'un vaste scandale de corruption.

La grève des routiers a affecté l'ensemble des secteurs d'activité de ce pays qui sort à peine d'une récession historique et où 60% du transport de marchandises s'effectue par la route.

Rien que sur les cinq premiers jours de mobilisation des routiers, cette grève a déjà coûté plus de 10 milliards de réais (2,3 milliards d'euros) à l'économie brésilienne, selon le journal Folha de S. Paulo, qui a compilé des estimations des principaux secteurs d'activité.

Le mouvement des routiers est néanmoins soutenu par une bonne partie de la population.

La gestion de crise du gouvernement Temer a été fortement critiquée à droite comme à gauche, dans un contexte politique des plus instables à quatre mois de la présidentielle d'octobre.

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