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Intempéries et appétit de beurre font frémir les cours du lait

Intempéries et appétit de beurre font frémir les cours du lait
Les aléas climatiques qui affectent la production mondiale de lait devraient soutenir les cours Yuri KADOBNOV
alimentation

Sécheresse au Sud, gadoue au Nord: les aléas climatiques qui ont affecté la production mondiale de lait ces derniers mois, conjugués à une demande mondiale de beurre toujours florissante, devraient soutenir les cours du lait dans les mois à venir, selon les observateurs.

"La production laitière dans les grands bassins exportateurs s'avère moins dynamique que prévu. Sur les quatre premiers mois de l'année 2018, elle a ainsi diminué de 1,8% en Nouvelle-Zélande", a indiqué le Centre national interprofessionnel de l'économie laitière (Cniel), dans une étude publiée mardi.

"En Europe, la collecte a été dynamique jusqu'en février, mais la météo, défavorable dans de nombreuses régions, a entraîné ensuite un ralentissement très net de cette croissance, qui se limite à 0,4% sur le mois de mars", ajoute-t-il.

Par pays, la Nouvelle-Zélande, premier exportateur mondial, a connu un "épisode de sécheresse assez marqué sur les mois de décembre, janvier et début février", a indiqué à l'AFP Benoît Rouyer, directeur des affaires économiques au Cniel.

"La Nouvelle-Zélande est un pays traditionnellement un peu humide, où la production laitière est vraiment basée sur la pousse de l'herbe. Dès que celle-ci est moins bonne, ça a tout de suite un impact sur la production", a-t-il détaillé.

A l'inverse, plusieurs régions en Europe "ont connu un printemps assez humide, et quand les sols sont un peu détrempés, au sortir de l'hiver, ça retarde la mise à l'herbe des animaux", a expliqué M. Rouyer.

Dans l'Ouest de la France, particulièrement dans les départements de la Sarthe, de la Mayenne, de l'Ille-et-Vilaine et des Côtes-d'Armor, "la mise à l'herbe des animaux a été retardée de trois à quatre semaines par rapport à la normale", a déclaré M. Rouyer, qui évoque également "des pluies torrentielles en Irlande et au Royaume-Uni".

Pour le Cniel, ce ralentissement de la production va "conforter dans les mois à venir la tendance à la hausse du prix du beurre observée depuis le mois de janvier".

"En ce qui concerne la poudre de lait écrémé, les niveaux de prix restent actuellement très bas, en-dessous du seuil d'intervention, mais montrent un léger redressement depuis quelques semaines", selon le Cniel.

- Nouveau bras de fer sur le beurre -

"Le dynamisme de la demande internationale et la vente récente de 66.000 tonnes de poudre d'intervention sur les mois d'avril et de mai devraient entretenir cette tendance modérée à la hausse au cours des prochains mois".

L'Europe avait accumulé quelque 370.000 tonnes de stocks de poudre de lait en 2015 et 2016 pour stopper la chute des cours.

Pour M. Rouyer, la diminution de ce "filet de sécurité" va obliger les opérateurs à "retourner aux achats pour sécuriser leur chaîne d'approvisionnement".

"Les prix ne vont pas flamber mais augmenter légèrement, combinés à un prix du beurre qui lui va augmenter de façon importante", selon M. Rouyer.

Car l'interprofession s'attend pour le beurre à des niveaux de stocks plus bas que l'an dernier, déjà marqué par des tensions dans l'offre de beurre, sur fond de bras de fer entre les producteurs et la grande distribution.

Selon M. Rouyer, les acteurs de ce secteur ont pris conscience de la situation et il s'attend à des "concessions tarifaires" de leur part.

"On est dans la même situation de marché que l'année dernière, avec une matière grasse qui va augmenter", estime pour sa part Dominique Chargé, président du conseil spécialisé lait de l'organisme public FranceAgriMer.

En revanche, il est beaucoup plus prudent quant au résultat en termes de prix payés, estimant qu'"on aura encore beaucoup de mal (...) à traduire en valeur" cette hausse des cours, au niveau de la grande distribution.

Autre bémol, à en croire un éleveur breton, les bénéfices potentiels de cette embellie conjoncturelle pourraient ne pas profiter à tous: "Cette année, la trésorerie se dégrade. Pour moi, la situation ne s'améliore pas", explique à l'AFP Rémi Desblés, éleveur de 35 vaches laitières à Liffré (Ille-et-Vilaine).

Actuellement payé 305 euros les 1.000 litres, il estime qu'"on a des petits seigneurs à la tête de toutes les coopératives qui s'en mettent plein les poches. On ne défend pas les producteurs, on défend les petits intérêts de certaines personnes".

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