L'Italie de nouveau soumise à des tensions sur le marché de la dette

L'Italie de nouveau soumise à des tensions sur le marché de la dette
Giuseppe Conte, un juriste proposé par les antisystème pour diriger le gouvernement d'union, arrive à la présidence italienne le 23 mai 2018 - Photo fournie par la présidence italienneFRANCESCO AMMENDOLA

L'Italie a de nouveau été soumise à de nettes tensions mercredi sur le marché de la dette, sous le coup des craintes générées par la nouvelle coalition gouvernementale.

"Pour l'instant le marché réagit beaucoup sans avoir beaucoup d'informations confirmées et définitives" et "les mouvements sont assez violents" a relevé auprès de l'AFP Jean Sayegh, responsable de la gestion obligataire chez Lyxor.

Le président italien, Sergio Mattarella, a convoqué mercredi à 17H30 (15H30 GMT) Giuseppe Conte, un juriste proposé par les antisystème pour diriger leur gouvernement d'union mais dont il redoute le manque de poids politique et la crédibilité ternie par un CV enjolivé.

Le Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème) et la Ligue (extrême droite) ont accentué la pression ces dernières heures, se disant prêts à retourner aux urnes.

Une partie des investisseurs qui "ne connaît pas bien les méandres de la politique italienne" est "sincèrement inquiète" des orientations que prendra le nouveau pouvoir et préfèrent limiter les risques en s'éloignant de ces actifs, a-t-il complété.

Le mouvement de vente des obligations italiennes est en outre amplifié par des facteurs techniques ainsi que par des positionnements opportunistes, a-t-il complété en soulignant que cela se traduisait notamment par des volumes "significativement plus élevés" que d'habitude sur la dette italienne.

Alors qu'une grande part de la dette italienne est détenue par des Italiens, ces derniers "qui comprennent mieux les tenants et les aboutissants de la situation politique sont soit neutres soit légèrement à l'achat", a précisé M. Sayegh.

- Résistance du sud de l'Europe -

La question clé, selon lui, est désormais de savoir si cette coalition "va pouvoir appliquer une proportion importante de ce qu'elle a inscrit dans son programme", a observé l'expert.

Les votes parlementaires sur "la discipline budgétaire ou la sortie de l'euro nécessitent en outre une majorité qualifiée des deux tiers que les deux partis ne détiennent pas", a ajouté l'expert.

Les pays du sud de l'Europe ont en revanche résisté cette fois-ci, les plus solides de la zone euro restant recherchés, Allemagne en tête.

A 18H00 (16H00 GMT), le taux d'emprunt à dix ans de l'Italie a progressé à 2,401%, contre 2,328% mardi à la clôture du marché secondaire, où s'échange la dette déjà émise.

Celui de l'Espagne a légèrement reflué , terminant à 1,44%, contre 1,457%, tout comme celui du Portugal à 1,956%, contre 1,962%.

Le rendement de même maturité de l'Allemagne a pour sa part clairement reculé à 0,507%, contre 0,560%, à l'instar de celui de la France à 0,807%, contre 0,832%.

En dehors de la zone euro, le taux d'emprunt britannique à dix ans a également baissé à 1,439%, contre 1,523%.

A la clôture des marchés européens, le taux d'emprunt à 10 ans des États-Unis baissait aussi à 3,014%, contre 3,060% mardi, comme celui à 30 ans à 3,166%, contre 3,205%. Le taux d'emprunt américain à deux ans s'établissait pour sa part à 2,565%, contre 2,568%.

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