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La dette étudiante, condamnation à vie pour des millions d'Américains

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Elle vient d'obtenir son premier diplôme et si la suite de son cursus se passe bien, elle débutera sa vie professionnelle avec une dette d'au moins 100.000 dollars: pour Haley Walters, comme pour des millions d'Américains, c'est le prix à payer pour faire des études universitaires.

"La dette étudiante, c'est vraiment une condamnation à vie", affirme la jeune femme de 19 ans à l'AFP.

C'est aussi un enjeu pour l'élection présidentielle de 2020. Le sénateur Bernie Sanders a promis lundi d'effacer la totalité des plus de 1.500 milliards de dollars de dette supportés par 45 millions d'Américains. La sénatrice progressiste Elizabeth Warren veut le faire totalement ou partiellement pour 95% d'entre eux.

"Quelqu'un qui obtient son diplôme cette année va quitter le campus avec plus de 35.000 dollars de dette étudiante en moyenne", résume Cody Hounanian, responsable de Student Debt Crisis, ONG californienne aidant les étudiants endettés et faisant campagne pour réformer un "système cassé".

Selon les statistiques officielles, 71% des étudiants sont affectés, et encore bien davantage parmi les minorités et les catégories les plus défavorisées.

"Les femmes noires représentent le groupe le plus touché par cette dette, avec le plus gros montant moyen par diplômé", relève ainsi M. Hounanian.

Même en tenant compte de la multitude de bourses et de financements disponibles, le coût des études aux Etats-Unis est tel que la plupart des emprunteurs ne parviennent pas à rembourser leurs prêts dans les délais. Ils sont obligés de rééchelonner cette dette sur vingt ou vingt-cinq ans, via des programmes fédéraux définissant des "mensualités abordables" par rapport à leurs revenus, explique l'expert.

Mais c'est souvent insuffisant. "Sur le long terme, la charge de la dette augmente, avec les intérêts".

"J'avais une dette étudiante de 30.000 dollars, je rembourse plus de 150 dollars par mois (...) mais ça ne couvre même pas la totalité des intérêts et, chaque mois, ma dette augmente. Je ne vais nulle part", assure Cody Hounanian.

Résultat: il n'est pas rare aujourd'hui de trouver deux générations d'étudiants endettés au sein d'une même famille, soulignent les spécialistes interrogés par l'AFP.

Ce sera bientôt le cas pour Haley Walters, fraîchement diplômée en sciences politiques du Pasadena City College, près de Los Angeles.

Cette université publique attire essentiellement des étudiants issus de familles modestes car elle est très subventionnée. Haley a pu financer ses deux ans d'études sans emprunt, en cumulant aides et petits boulots.

Mais à la rentrée, elle part étudier à la prestigieuse université de Berkeley, bien plus coûteuse. Même avec les bourses, elle en sera chaque année de sa poche pour environ 20.000 dollars qui "seront obtenus un prêt après l'autre, 5.000 dollars par-ci, 10.000 par-là", explique-t-elle.

- Université gratuite? -

Si Haley poursuit son cursus dans l'école de droit de ses rêves, elle sera avocate et endettée à hauteur d'au moins 100.000 dollars.

Une situation qu'elle connaît depuis l'enfance: sa mère a 58 ans et n'a toujours pas fini de rembourser tous ses prêts étudiants.

"Ca plombait nos finances. On ne pouvait pas partir en vacances, parfois je n'avais pas de fournitures neuves pour la rentrée scolaire, etc", se souvient la jeune femme, qui espère que l'élection présidentielle de 2020 va changer les choses.

Certains candidats, notamment démocrates, ont fait de la dette étudiante leur cheval de bataille, avec des propositions ambitieuses et souvent très controversées, comme l'annulation de cette dette pour les foyers les plus modestes ou l'université gratuite.

"Mon père a grandi dans une famille extrêmement pauvre du sud de la Californie. S'il est allé à l'université, c'est parce que, à son époque, c'était gratuit", souligne Haley.

Mais les frais universitaires sont loin d'être la seule charge financière des étudiants, relève Cody Hounanian.

En Californie par exemple, le logement et le coût de la vie sont très élevés et l'inscription représente moins de la moitié des 35.000 dollars nécessaires en moyenne pour une année d'étude dans une université publique (65.000 pour les étudiants n'étant pas de Californie).

Pour le responsable de Student Debt Crisis, "le système actuel n'est pas fait pour les étudiants, il est fait pour les sociétés de prêts qui s'enrichissent sur le dos des étudiants" en pratiquant des taux d'intérêts élevés.

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