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Brésil: trêve de 15 jours dans la grève des routiers

Brésil: trêve de 15 jours dans la grève des routiers
Grève nationale des camionneurs sur la route Regis Bittencourt à 30 km de São Paulo et lancée en protestation contre la hausse des prix du diesel, le 24 mai 2018Miguel SCHINCARIOL

Le gouvernement brésilien a annoncé tard jeudi avoir conclu un accord avec les représentants des transporteurs routiers sur une suspension, pour deux semaines, de la grève nationale qui commençait à paralyser le pays.

Cette trêve a été obtenue après plus de sept heures de négociations sur le fil, alors que la première économie d'Amérique latine était gravement perturbée, au 4e jour d'une grève nationale de protestation contre la hausse des prix du diesel.

Stations-essence à sec, usines automobiles à l'arrêt, avions en passe d'être cloués au sol, envolée des prix alimentaires et du carburant, la grève des routiers a déjà coûté très cher à une économie qui a bien du mal à se remettre sur pied après la récession historique de 2015-16.

Les dirigeants syndicaux "se sont engagés à suspendre le mouvement de grève pendant 15 jours, jusqu'à une nouvelle rencontre avec le gouvernement", a annoncé en soirée le chef de cabinet du président Michel Temer, Eliseu Padilha.

De son côté, le gouvernement s'est engagé à supprimer au moins une taxe sur le diesel. Brasilia doit également, grâce à des subventions, prolonger une réduction du prix du diesel de 10% annoncée la veille par le groupe pétrolier public Petrobras pour 15 jours seulement.

Les routiers avaient installé jeudi des dizaines de barrages sur les grands axes de 26 des 27 Etats de l'immense pays qui n'a quasiment pas de réseau ferroviaire et où 60% du transport de marchandises s'effectue par la route.

Reste à voir si ces barrages seront effectivement levés vendredi matin. Un des syndicats, l'Abcam (Association brésilienne des transporteurs routiers), a quitté la réunion avec le gouvernement pour montrer son désaccord avec une trêve.

A moins de cinq mois de la présidentielle, ce mouvement a mis à l'épreuve le gouvernement de centre droit du très impopulaire président Michel Temer.

- Production suspendue -

Les barrages ont affecté notamment les États les plus riches comme São Paulo ou le Minas Gerais dans le sud-est, ou les grands États agricoles et exportateurs, comme le Mato Grosso, le Mato Grosso do Sul, le Parana ou Santa Caterina, dans le sud et le centre-ouest.

Autre victime du conflit social, Petrobras a terminé la séance sur une lourde chute de 14% à la Bourse de São Paulo suite à l'annonce d'une baisse temporaire du prix du diesel.

Le port de Santos, près de São Paulo -- le plus grand d'Amérique latine -- n'a pratiquement plus enregistré d'arrivées et de sorties de poids lourds depuis trois jours, a indiqué son gestionnaire.

Les exportations du Brésil, grand pays producteur de viande et de produits agricoles, étaient menacées. Des milliers de litres de lait ont été répandus sur la chaussée faute de pouvoir être conservés. Des constructeurs automobiles ont dû suspendre leur production, tel Fiat dans le Minas Gerais (sud-est) et le Pernambouc (nord-est).

A l'aéroport de la capitale Brasilia, seuls les avions ayant la capacité de décoller sans refaire le plein étaient autorisés à atterrir.

- Automobilistes inquiets -

Les prix des légumes et des fruits ont bondi en raison de problèmes d'approvisionnement, parfois jusqu'à 400% en quelques jours. L'essence à la pompe était elle aussi plus chère et commençait à manquer, d'où l'affluence d'automobilistes dans les stations-service encore en ouvertes,à Rio ou Brasilia notamment.

Pour faire baisser la pression, Petrobras avait annoncé mercredi soir une réduction de 10% du prix du diesel pendant 15 jours. "C'est une mesure exceptionnelle", avait tempéré Pedro Parente, son président.

"C'est une quinzaine de jours, pour que le gouvernement parvienne à un accord avec les camionneurs", a-t-il dit.

Mais "ce n'est pas ce dont nous avons besoin" avait rétorqué le président de l'Abcam, José de Fonseca Lopes, à la radio CBN.

Le mouvement semblait avoir l'appui populaire. "Je pense que ceci est provoqué par une mauvaise gestion du gouvernement fédéral", a déclaré ainsi Ana Maria Lobo, une automobiliste qui attendait son tour à une station-essence de São Paulo, évoquant "tous ces scandales de corruption".

Les prix du diesel ont fortement augmenté récemment en raison de la hausse du cours du pétrole et d'une nouvelle politique de tarifs de Petrobras, qui s'est alignée depuis la fin 2016 sur les cours internationaux.

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