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Le chef des pro-armes au Congrès: le Brésil "vit une guerre civile"

Le député Capitao Augusto exerce une fonction très particulière au Brésil: il est le chef de la "bancada da bala", le puissant lobby pro-armes, qui défend au Congrès une politique musclée contre la criminalité.

Costume bleu électrique, lunettes assorties et à la main droite une grosse bague dorée portant le sceau du Congrès, le député est un adepte de la manière forte contre les violences qui ont entraîné l'an dernier plus de 57.000 homicides au Brésil.

"Ce n'est pas être en guerre ça?", demande l'élu de 53 ans lors d'un entretien avec l'AFP à la Chambre des députés à Brasilia. "Nous vivons une guerre civile. Nous devons lutter contre cette violence et cela ne se fait pas en envoyant des fleurs" aux criminels.

José Augusto Rosa, connu sous le nom de Capitao Augusto -- il est capitaine de réserve de la police militaire de Sao Paulo -- est totalement en phase avec la ligne sécuritaire du président d'extrême droite Jair Bolsonaro. La "bancada da bala" est passée de 36 à une centaine de députés aux élections de 2018, profitant de la vague bolsonariste.

Le député du Parti libéral (centre droit) annonce détenir un revolver et un pistolet. Il n'en doute pas: davantage d'armes pour les "gens bien", des peines plus lourdes pour les criminels et des opérations plus radicales des forces de police feront baisser le nombre de morts dans l'un des pays les plus violents du monde.

Ce qui n'exclut pas une petite touche de magie.

"Rien qu'avec notre discours, nous avons réussi à faire reculer la criminalité de 22% au premier semestre", assure le député. "Et pourquoi cette baisse? La seule chose significative a été l'élection d'un gouvernement prêt à durcir la législation pénale".

- "Plus de snipers" -

Capitao Augusto est le rapporteur d'un groupe de travail de la Chambre des députés qui se penche sur le très controversé "paquet anticrime", soumis en février par le ministre de la Justice Sergio Moro et qui piétine depuis au Congrès.

Le député espère voir le texte adopté en novembre en dépit des vives critiques de la gauche et des ONG. Il prévoit un durcissement des peines et élargit la légitime défense pour la police comme la population.

"Avec cette législation, on va réduire la criminalité et la surpopulation carcérale", assure le député qui parle comme une mitraillette, tout en faisant défiler sur son smartphone sa messagerie WhatsApp pour suivre les débats de son groupe de travail.

"Les marginaux y réfléchiront à deux fois avant de commettre des crimes" s'ils savent que "s'ils tuent quelqu'un ils iront en prison 15 ans en régime fermé, sans permission de sorties, sans visites dans l'intimité et sans obtenir de régime semi-ouvert".

L'Etat de Rio de Janeiro est le laboratoire de la nouvelle politique sécuritaire, mise en pratique avec zèle par le gouverneur Wilson Witzel. Le nombre de personnes abattues dans des opérations policières en un mois a atteint le record de 194 en juillet.

M. Witzel promeut le recours à des snipers pour liquider les personnes armées dans les favelas. Quand ces snipers tirent depuis des hélicoptères, ce sont de véritables scènes de guerre.

Mais Capitao Augusto applaudit: il a présenté un projet de loi autorisant les snipers dans tout le Brésil.

"Le sniper peut se trouver dans la favela, à bord d'une voiture ou d'un hélicoptère, à pied, ou (opérer) avec un drone. L'important c'est d'utiliser davantage les snipers", assure-t-il.

- Glock, "notre Ferrari" -

Le chef du lobby pro-armes soutient aussi fermement un nouveau projet de loi d'assouplissement de la détention et du port d'armes du gouvernement Bolsonaro qui doit être prochainement voté au Congrès.

Il bataille également pour mettre fin au monopole du Brésilien Taurus afin d'ouvrir le vaste marché aux fabricants étrangers d'armes "de meilleure qualité", tel l'autrichien Glock, "notre Ferrari" -- qui plaît d'ailleurs beaucoup à Eduardo Bolsonaro, fils député du président.

"Il n'y a aucun lien entre le fait de permettre aux citoyens honnêtes de s'armer davantage et une hausse de la criminalité", assure le député, à contre-courant de nombreuses études. "Au contraire, elle va baisser car les criminels auront peur (face à) une personne armée".

"Il est possible qu'il y ait des excès", concède-t-il. Mais ce sera "exceptionnel".

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