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Pesticides: la distance de protection des habitations fait bondir les écologistes

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Le gouvernement va proposer de fixer à 5 ou 10 mètres, selon les cultures, la distance minimale entre les habitations et les zones d'épandage de pesticides, un arbitrage dénoncé comme minimaliste par les écologistes et les associations.

"Le gouvernement va soumettre à consultation lundi un projet de décret qui part des recommandations scientifiques de l'Agence nationale de sécurité sanitaire" (Anses), a indiqué samedi à l'AFP un porte-parole du ministère de l'Agriculture.

La distance minimale à respecter proposée est de 10 mètres pour les "substances les plus dangereuses", précise un communiqué commun des ministères de la Transition écologique, de la Santé et de l'Agriculture. Pour les autres produits, elle sera de 5 mètres pour les cultures dites basses, comme les céréales et de 10 mètres pour les cultures hautes, telles que les vignes.

L'Anses a recommandé en juin de mettre en place des distances de sécurité "au moins égales" à 3, 5 et 10 mètres entre les cultures et les bâtiments habités, selon le type de culture et le matériel utilisé pour la pulvérisation. Des distances "supérieures" devraient être respectées "par mesure de précaution, en particulier pour les produits classés cancérogène, mutagène ou toxique pour la reproduction".

"C'est la première fois qu'on va mettre en place des distances minimales et on est un des seuls pays à le faire", a déclaré à l'AFP la ministre de la Transition Ecologique Elisabeth Borne, précisant que "des chartes seront discutées localement pour adapter ces distances".

- Une distance "anecdotique" -

Pour David Cormand, secrétaire national d'Europe Ecologie Les Verts, il s'agit d'une décision au "caractère historique": "c'est la première fois que l'Etat admet qu'il y a un danger grave pour les gens" après l'épandage. Mais "le problème, c'est le côté anecdotique de la décision qu'ils en tirent", a-t-il déclaré à BFMTV.

"Cinq ou dix mètres de distances ne représentent absolument pas une distance susceptible de réduire de manière significative l'exposition des riverains aux pesticides", a abondé dans un communiqué François Veillerette, directeur de l'ONG Générations Futures.

"Cette décision me paraît insuffisante. On acte, mais il faut aller plus loin", a déclaré l'ancien ministre de l'Ecologie Nicolas Hulot, lors d'une conférence au festival "d'éco-mobilisation" Climax.

En revanche, la mise en place de zones de non-traitement est synonyme de mauvaise nouvelle pour la FNSEA. "Ce sont des retraits importants de terres agricoles, ce qui représente un manque à gagner très important, surtout dans les zones peri-urbaines", a commenté auprès de l'AFP Christian Durlin, administrateur du syndicat agricole.

"Nous pensons qu'il faut surtout se baser sur d'autres alternatives", a-t-il ajouté, précisant que la FNSEA souhaitait le développement de chartes locales.

Dans son avis, l'Anses recommande également de généraliser les dispositifs limitant la dérive des pesticides, comme des buses par exemple.

- Entrée en vigueur en 2020 -

Le maire de Langouët (Ille-et-Vilaine) Daniel Cueff, qui a pris en mai un arrêté très médiatisé interdisant l'utilisation de produits phytopharmaceutiques "à une distance inférieure à 150 mètres de toute parcelle cadastrale comprenant un bâtiment à usage d'habitation ou professionnel", a également fait part de sa surprise devant la décision du gouvernement.

"Quand j'ai appris ça, je pensais que c'était une +fake news+ et que ce n'était pas sérieux! Cette proposition n'est pas croyable", a-t-il réagi samedi auprès de l'AFP. Son arrêté a été depuis suspendu.

"150 mètres, c'est une mesure qui a été prise par des citoyens (...) je peux comprendre leurs craintes, mais nous, nous nous appuyons sur la science", a déclaré le ministre de l'Agriculture Didier Guillaume sur BFMTV.

En marge d'un déplacement à Bordeaux, la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye a aussi justifié la proposition de distance: il s'agit d'"avancer dans notre idéal écologique" et d'"être capable de prendre en compte la transformation que cela représente pour les agriculteurs".

La consultation durera 3 semaines et le texte entrera en vigueur le 1er janvier 2020.

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