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Sommet européen: accord surprise au bout de la nuit

 
 

Après des heures de discussions, les 27 dirigeants européens réunis en sommet à Bruxelles sont finalement tombés d’accord sur un pacte de croissance de 120 milliards d’euros. Les banques seront recapitalisées directement via les fonds de secours de la zone euro. Un ballon d'oxygène pour Madrid et Rome.

Les dirigeants de la zone euro ont conclu un accord surprise dans la nuit de jeudi à vendredi pour tenter d'aider l'Italie et l'Espagne à calmer les marchés, et injecter 120 milliards d'euros pour relancer l'économie européenne. Ces mesures de stabilisation financière se heurtaient jusqu'ici à l'opposition de plusieurs pays, en particulier l'Allemagne.
 
A l'issue d'un sommet de la zone euro qui s'est achevé au petit matin vendredi, le président de l'UE Herman Van Rompuy a annoncé la mise en place d'ici la fin de l'année d'un mécanisme permettant de recapitaliser directement les banques, sous certaines conditions, via les fonds de secours FESF et MES. Il s'agissait d'une demande forte de l'Espagne, qui cherchait à éviter que le plan de sauvetage de ses banques n'alourdisse sa dette publique au point de la rendre insoutenable."Quand ce sera prêt, le Mécanisme européen de stabilité (MES) pourra avoir la possibilité de recapitaliser directement les banques", a déclaré M. Van Rompuy lors d'une conférence de presse.


Un mécanisme unique de supervision financière 

Un mécanisme unique de supervision financière sera établi, dans lequel "la Banque centrale européenne jouera pleinement son rôle", a expliqué le président de la Commission européenne José Manuel Barroso.
 
La zone euro est également prête à faire un usage plus "souple" des fonds de secours afin de "rassurer les marchés et d'obtenir de la stabilité sur les obligations souveraines de ses membres", a ajouté M. Van Rompuy, une façon d'indiquer que le FESF et le MES pourraient acheter directement des titres de dette de pays fragiles sur les marchés.

"Un moment très difficile"

"A la demande de l'Italie a été introduit, après une longue discussion, un paragraphe (...) pour des mécanismes de stabilisation des marchés pour les Etats qui respectent les recommandations faites à leur pays ainsi que le pacte de stabilité", et qui peinent malgré tout à se financer sur les marchés en raison de taux prohibitifs, a déclaré le président du conseil italien Mario Monti."C'est le cas pour l'Italie en ce moment", a-t-il souligné, tout en assurant que Rome n'entendait pas faire appel à ces mécanismes pour l'instant. M. Monti n'a pas caché sa satisfaction, jugeant l'accord "très important pour l'avenir de l'Union européenne et de la zone euro". Il a reconnu que les discussions avec ses partenaires européens avaient traversé "un moment très difficile". "Il y a eu un peu de tensions", mais "cela a été utile", a-t-il estimé. L'Allemagne notamment, s'était jusqu'ici farouchement opposée au type de mesures finalement adoptées.

Les conditions de l'Italie et de l'Espagne 

Pour obtenir gain de cause, l'Italie et l'Espagne n'ont pas hésité à se lancer dans un bras de fer avec leurs partenaires: alors qu'un pacte de croissance européen d'un montant de 120 milliards d'euros était quasiment bouclé au niveau des 27 membres de l'Union européenne dans la soirée, les deux pays ont conditionné leur accord final à la mise en place de mesures de court terme pour leur venir en aide. Selon un diplomate, M. Van Rompuy s'est même emporté, surpris par la position des deux pays.
 
Ce pacte de croissance était cher au président français François Hollande, qui en avait fait un thème de campagne. De son côté, la chancelière allemande Angela Merkel avait besoin que ce pacte soit signé croissance pour obtenir les voix de l'opposition SPD et verte vendredi lors du vote sur le pacte de discipline budgétaire au Bundestag.

Un message positif aux marchés 

Le pacte de croissance passe par une augmentation de la capacité de prêt de la Banque européenne d'investissement (BEI) de 60 milliards, 55 autres milliards venant de la réaffectation de fonds structurels non utilisés, et 5 milliards de "project bonds" lancés "à l'été" pour financer des infrastructures de transport et d'énergie.
 
Au final, "en dépit de la difficulté du moment et des débats, nous avons été à même de donner aux marchés financiers un message", a estimé le président de l'eurogroupe, Jean-Claude Juncker. "Si nous donnons une explication cohérente, et conséquente, unie et forte des décisions que nous avons prises, je veux croire que les marchés seront rassurés", a-t-il ajouté.

Quatre piliers 

A plus long terme, M. Van Rompuy a annoncé que les dirigeants de la zone euro avaient donné leur feu vert à une feuille de route dans le but de renforcer l'union économique et monétaire. Ce renforcement s'appuierait sur "quatre piliers": un cadre financier, un cadre budgétaire, un cadre en matière de politique économique et un renforcement du contrôle démocratique. De premières propositions en ce sens seront présentées en octobre, a-t-il dit.
 
L'euro a nettement rebondi vendredi à Tokyo immédiatement après les annonces de la zone euro.

Marine Le Pen dénonce un "coup d'Etat européen"

"Ca ne marchera pas", a déclaré Mme Le Pen sur RTL, notant "un comique de répétition" avec "ce 20e sommet pour sauver l'euro en l'espace d'un an et demi". Pour elle, l'euro a été "une expérience désastreuse". Les responsables européens "injectent des milliards dont on voit bien que c'est de l'eau sur le sable car ces milliards sont aspirés par les banques sans aucun bénéfice d'ailleurs pour les peuples et on est en train d'arriver au bout de cette logique", a affirmé Mme Le Pen. "On est face à une caste qui est quasiment fanatisée par rapport à l'euro" a ainsi déclaré la présidente du Front National.


Guy Verhofstadt: "la zone euro ne gagne que quelques mois de répit"

Moins hargneux que Marine Le Pen, le chef du groupe libéral au Parlement européen Guy Verhofstadt, est cependant toujours sceptique quant à l'avenir de l'euro. S'il voit plusieurs points positifs dans l'accord conclu vendredi matin par les dirigeants européens, il estime que celui-ci n'offrirait cependant qu'un répit de courte durée. "Ils ne font que gagner quelques mois seulement", juge l'ancien Premier ministre belge. "La crise ne sera véritablement terminée que si nous réalisons pleinement l'union monétaire et politique, en ce compris une communautarisation des dettes. On ne fait que gagner trois ou quatre mois. Il ne faut pas gaspiller à nouveau ce temps", insiste M.  Verhofstadt, qui appelle à présent la Commission à déposer un paquet législatif de mesures. "Elle a eu suffisamment de temps pour le préparer..." a-t-il conclu.


 




 

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