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"Record de la honte": 32 migrants sauvés au large de la Libye attendent en pleine mer depuis 14 jours une réaction de l'Europe

L'Europe est en passe de battre le "record de la honte" en refusant d'accueillir une trentaine de migrants, ballottés en Méditerranée depuis leur sauvetage au large de la Libye il y a deux semaines, ont dénoncé vendredi plusieurs ONG. "Cela fait maintenant 14 jours qu'ils sont laissés à l'abandon en mer. Un nouveau record de la honte", a affirmé sur Twitter un collectif d'associations humanitaires et de défense des droits de l'Homme.


Trois enfants dans des conditions extrêmes

Et les conditions n'ont cessé de s'aggraver en raison de fortes vagues et du froid, obligeant jeudi le Sea-Watch 3, navire affrété par une ONG allemande, à s'abriter derrière les côtes maltaises. Les autorités de La Valette ont donné leur accord, refusant toutefois que le navire accoste.

Trois enfants, âgés de un, six et sept ans, "vomissent continuellement et risquent l'hypothermie et la déshydratation" a pourtant affirmé Alessandro Metz, un des responsables de ce collectif.

 
Ces 32 migrants ont été sauvés au large de la Libye le 22 décembre par le Sea-Watch 3, qui navigue sous pavillon néerlandais. Ces personnes "dorment sur le sol. Nous avons d'énormes problèmes d'hygiène. La situation est de plus en plus difficile du point de vue psychologique", a raconté le chef de mission du Sea-Watch 3, Philipp Hann, sur Radio 24, une radio italienne.

Un nouvel équipage et des vivres sont arrivés vendredi à bord du Sea-Watch 3 où, en plus des trois enfants se trouvent trois adolescents non accompagnés et quatre femmes, originaires du Nigeria, de la Libye et de la Côte d'Ivoire.

Au cours de cette opération, un migrant s'est jeté à l'eau dans l'espoir d'atteindre l'île de Malte à la nage. Mais, "après quelques mètres, il a renoncé en raison du froid et du courant et a été ramené à bord à l'aide d'une bouée de sauvetage", a raconté à l'AFP Federico Scoppa, un photographe freelance, depuis le Sea-Watch.


Un autre navire bloqué

Une autre ONG allemande, Sea-Eye, a indiqué avoir également un de ses navires bloqué au large des côtes maltaises avec à son bord 17 migrants qui attendent depuis le 29 décembre l'autorisation de débarquer.

Les Pays-Bas, l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne se sont d'abord montrés très réticents à accueillir ces migrants. Mais Berlin et La Haye ont finalement donné leur feu vert, à condition que d'autres pays se joignent à eux.

Plusieurs villes allemandes, mais aussi italiennes, ont aussi offert d'accueillir ces migrants, le maire de Naples, Luigi De Magistris, affirmant qu'il veillerait lui-même aux opérations de leur débarquement, en signe de défi au ministre de l'Intérieur Matteo Salvini.

Ce dernier, également patron de la Ligue (extrême droite), a décidé la fermeture totale des ports italiens depuis son arrivée au pouvoir le 1er juin.

On a peut-être l'air misérable, mais eux sont pathétiques

"Les ministres européens continuent de négocier (le sort) de 32 êtres humains. On a peut-être l'air misérable, mais eux sont pathétiques", a commenté Sea-Watch.

Dans un communiqué, cette ONG appelle également "les pays européens, à commencer par Malte et l'Italie, à offrir un abri sûr (à ces migrants), conformément au droit international".

L'organisation Médecins sans frontières (MSF) a de son côté dénoncé un "traitement dégradant sans aucune justification".


Pas une première

Des centaines de migrants ont déjà été confrontés à cette situation depuis que le nouveau gouvernement populiste au pouvoir à Rome a décidé de fermer les ports italiens et que les autorités maltaises adoptent la même attitude.

Chaque opération de sauvetage donne à chaque fois lieu à des tractations entre plusieurs pays européens (essentiellement la France, l'Allemagne, l'Espagne et les pays du Benelux) pour prendre en charge ces migrants, faute d'un mécanisme européen pérenne.

Quelque 113.482 migrants ont traversé l'an dernier la Méditerranée en quête d'un avenir meilleur, et 2.262 ont péri en mer, selon des chiffres du Haut-comité des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR).


Plus de 2.260 migrants morts en tentant de traverser la Méditerranée en 2018

Des arrivées en baisse, mais plus de 2.260 morts: la Méditerranée est restée l'an dernier la voie maritime la plus meurtrière pour les migrants, selon le HCR qui a appelé les pays européens à "sortir de l'impasse".

Un total de 2.262 migrants sont "morts ou portés disparus" en tentant de traverser la Méditerranée en 2018, contre 3.139 l'année précédente, selon les chiffres publiés par le Haut commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR) sur son site internet.

Du côté des arrivées, 114.941 personnes ont traversé la mer pour gagner les côtes des pays méditerranéens en 2018, soit une baisse par rapport à l'année précédente (172.301), selon le HCR qui a actualisé jeudi après-midi ses chiffres pour l'Espagne. A cela il faut ajouter quelque 6.800 personnes enregistrées dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla en territoire africain, mais qui n'ont pas traversé la mer: au total, 121.755 migrants sont arrivés en Europe l'an dernier.

Ces chiffres marquent une chute drastique par rapport au "pic" de 1,015 million d'arrivées en 2015, au coeur de la crise des réfugiés. Mais pour les décès, la baisse est moins marquée: il y avait alors eu près de 3.800 morts.

En proportion, la mortalité a d'ailleurs un peu augmenté en 2018 par rapport à l'année précédente.

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