Dublin: la crise immobilière pénalise de nombreux habitants

Aris partage avec deux autres personnes un appartement de 30m2 à Dublin pour un loyer de 850 euros. Et son cas n'est pas rare dans la capitale irlandaise, où les prix de l'immobilier atteignent des sommets et provoquent la colère de la population.

"C'est très difficile", confie Aris, un agent de sécurité grec de 42 ans arrivé en Irlande il y a trois ans. Dans son petit logement, les locataires manquent de rangements, leurs affaires sont posées par terre, une plaque de cuisson voisine avec un des trois lits, les deux autres sont collés l'un à l'autre. "Ce ne sont pas des conditions de vie humaine."

A Dublin, le prix moyen des loyers oscille entre 1.600 et 2.000 euros.

Les causes de cette hausse des prix des logements, qui dure depuis la crise immobilière de 2008, sont multiples. L'arrêt des constructions à l'époque y est pour beaucoup, avec en corollaire un nombre insuffisant de logements sociaux et un manque de grandes surfaces disponibles.

Mais d'autres facteurs s'ajoutent, comme une démographie galopante en raison d'un taux de natalité élevé et d'une immigration en hausse, ou encore la cupidité de nombre de propriétaires, encouragée par le fait que Dublin, pôle technologique, attire de nombreux cadres supérieurs, ce qui tire les loyers vers le haut.

Sans oublier l'effet Airbnb: la plateforme favorise les locations de courte durée pour laquelle elle fait l'intermédiaire entre particuliers, en misant sur l'attrait de Dublin comme destination pour un week-end, au détriment des locations sur le long terme.

Le site immobilier Daft.ie a révélé cette année qu'il n'y avait à Dublin que 1.258 propriétés disponibles à la location de longue durée contre 1.419 locations à court terme sur Airbnb.

Résultat: depuis plusieurs mois, des manifestations quasi quotidiennes ont lieu pour protester contre cette situation et réclamer des logements à prix abordable, alors que des locataires sont appauvris par la hausse des loyers et que des familles se retrouvent à la rue.

De grandes marches sont organisées par le groupe militant "Take Back the City" (Reprenons la ville). Elles réunissent des milliers de participants, qui chantent des slogans comme "Le logement est un droit humain" ou "des maisons par nécessité, pas par cupidité !".

- Désespérés -

"La demande de logements est tellement forte que les gens sont désespérés", souligne John-Mark McCafferty, responsable de l'organisme caritatif "Threshold" pour le logement.

Des gens se retrouvent ainsi "au bord de la pauvreté", "d'autres vivent dans des conditions de surpeuplement, et cela affecte leur qualité de vie", ajoute-t-il.

Des petites annonces proposent des chambres minuscules pour 1.000 euros avec des rangées de lits superposés dans une pièce conçue pour une personne.

Et tout en bas de l'échelle, il y a les moins fortunés, incapables de suivre la hausse des loyers, de 10% en moyenne l'année dernière.

Le ministère du logement a recensé sur une seule semaine d'octobre 1.295 familles nécessitant un hébergement d'urgence financé par l'État.

En août, les images d'une jeune mère qui passait la nuit avec six de ses enfants dans un commissariat de police, couchés sur des chaises métalliques de salle d'attente avaient choqué le pays.

Un mois plus tard, des policiers en cagoules et des vigiles ont expulsé des manifestants d'une immense maison inhabitée du centre de Dublin, avec un usage de la force dénoncé par beaucoup comme excessif.

- "Pas assez" -

En parallèle des grandes marches, des militants pour le droit à un logement abordable ont également occupé des locaux d'Airbnb, dont le QG européen est à Dublin.

"Airbnb semble avoir rapidement colonisé une grande partie de notre ville, privant de logements de nombreuses personnes", affirme le groupe Take Back the City dans un communiqué.

En novembre, des militants ont aussi envahi les bureaux de l'organisme public chargé de régler les conflits dans la location.

Le gouvernement du Premier Ministre Leo Varadkar prévoit de fixer des limites de location à Airbnb, ainsi que de lourdes pénalités de 30.000 euros pour les propriétaires qui enfreindraient les plafonds fixés pour les augmentations de loyer.

Et il essaie de pallier le manque en construisant des habitations.

Inaugurant un nouveau lotissement à Dublin en novembre, M. Varadkar a été pris à partie par une résidente qui se plaignait des retards de construction.

"Il a fallu dix ans pour construire ces deux-là!", a lancé Catherine Cooke, 58 ans. "Combien de temps faudra-t-il pour en construire là-bas?", a-t-elle ajouté, désignant le terrain voisin.

Alors que M. Varadkar quittait rapidement les lieux dans son cortège officiel, Mme Cooke murmurait: "Ils n'en font pas assez".

Vos commentaires