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Italie : un navire humanitaire accoste à Lampedusa, Salvini interdit tout débarquement

Italie : un navire humanitaire accoste à Lampedusa, Salvini interdit tout débarquement
Photo prise et difffusée le 5 juillet 2019 par l'ONG allemande Sea-Eye montrant des migrants à bord d'un canot pneumatique surchargé repéré dans les eaux internationales au large de la LibyeFabian Heinz

Une semaine après le Sea-Watch, un nouveau navire humanitaire, transportant 41 migrants, a accosté de force dans le port italien de Lampedusa, et un autre attendait au large de l'île, mais le ministre de l'Intérieur d'extrême droite Matteo Salvini a interdit tout débarquement.

Sur le quai, d'importantes forces de police attendaient l'Alex, un voilier affrété par le collectif italien de gauche et d'extrême gauche Mediterranea, qui a défié la décision de M. Salvini de fermer les ports aux navires des ONG, au risque de fortes amendes, selon les images de la télévision italienne.

Et après deux jours passés en mer à bord du navire de 18 mètres, personne n'a été autorisé à poser un pied sur le sol italien.

"Je n'autorise aucun débarquement à ceux qui se moquent totalement des lois italiennes et aident les passeurs", a déclaré M. Salvini dans un tweet.

Mediterranea a exhorté les autorités à laisser débarquer migrants et membres d'équipage "épuisés", précisant que le navire avait navigué "vers le seul port de débarquement sûr possible".

"Les naufragés et l'équipage sont épuisés... Les personnes que nous avons secourues doivent recevoir des soins... Ceci est une situation surréaliste et prolonger l'attente est une cruauté inutile", a tweeté Mediterranea, qui a alerté sur des "conditions d'hygiène intolérables à bord".

Un peu plus tôt, après l'accostage du navire, M. Salvini avait qualifié les employés d'ONG de "chacals", jugeant que "dans un pays normal, il y aurait des arrestations immédiates et le bateau serait saisi".

La semaine dernière, les autorités italiennes ont saisi à Lampedusa un navire d'une ONG allemande, le Sea-Watch 3, et arrêté sa capitaine, Carola Rackete, qui avait accosté de force dans la nuit du 28 au 29 juin pour débarquer 40 migrants secourus en mer et bloqués à bord depuis plus de deux semaines. Ces derniers avaient pu débarquer le 29 juin à l'aube.

Une juge italienne a invalidé mardi l'arrestation de la capitaine allemande au motif qu'elle avait agi pour sauver des vies mais elle est toujours visée par deux enquêtes, pour résistance à un officier et pour aide à l'immigration clandestine.

L'Alex a été rejoint samedi par un navire de l'ONG allemande Sea-Eye, l'Alan Kurdi (du nom du petit Syrien retrouvé noyé en Turquie en 2015), transportant 65 migrants, qui se trouve dans les eaux internationales au large de Lampedusa.

Un décret-loi adopté en juin prévoit des amendes jusqu'à 50.000 euros contre le capitaine, le propriétaire et l'armateur d'un navire qui entrerait sans autorisation dans les eaux italiennes.

Après l'accostage de l'Alex, M. Salvini a fait savoir, par un nouveau tweet, qu'il entendait augmenter cette amende jusqu'à 1 million d'euros.

La fermeture des ports est approuvée par 59% des Italiens, selon un sondage samedi du quotidien Corriere della Sera.

- "Irresponsabilité" -

Pour l'Alex, M. Salvini, qui accuse les ONG d'aider les passeurs, avait conclu avec Malte un accord pour faire débarquer les migrants en échange du transfert vers l'Italie d'un nombre équivalent de migrants accueillis précédemment par La Valette.

Mais Mediterranea a estimé que son voilier ne pouvait transporter jusqu'à Malte les migrants encore à bord après le débarquement vendredi à Lampedusa des 13 plus vulnérables (femmes enceintes, familles) parmi les 54 recueillis en mer.

Avant l'accostage de l'Alex, des photos montraient les dizaines de migrants attendant sur le pont du voilier et tentant de se protéger du soleil sous des couvertures de survie.

"Dans ces conditions, il est impossible d'envisager 15 heures de navigation", avait tweeté Allesandra Sciurba de Mediterranea, soulignant que "tous les mineurs non accompagnés sont toujours à bord, y compris l'un âgé de 11 ans".

Le ministre allemand de l'Intérieur Horst Seehofer a tweeté que l'Allemagne était prête à accueillir certains migrants "dans le cadre d'une solution européenne de solidarité" et exhorté dans un courrier M. Salvini à ouvrir les ports italiens aux deux bateaux, selon des sources proches du gouvernement.

"Nous ne pouvons pas prendre la responsabilité que des bateaux avec des rescapés de naufrage à bord restent des semaines en Méditerranée parce qu'ils ne trouvent aucun port" pour les accueillir, a écrit le ministre allemand à son homologue italien, selon ces sources.

Plus de 30.000 personnes ont manifesté samedi dans une centaine de villes d'Allemagne en signe de solidarité avec la capitaine allemande du Sea-Watch et pour réclamer une prise en charge des migrants sauvés en Méditerranée.

Dans un message lu aux manifestants à Berlin, Carola Rackete, qui se trouve toujours en Italie, a déclaré avoir été "contrainte à agir" par "l'irresponsabilité des États européens".

M. Salvini a lui réitéré samedi à Milan son appel à réformer le règlement de Dublin qui confie l'examen de la demande d'asile au pays d'entrée dans l'Union européenne, estimant qu'il fait peser un fardeau injuste sur l'Italie.

burs-cjo/cls/fjb

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