L'UE s'apprête à faire dérailler l'union Siemens/Alstom

L'UE s'apprête à faire dérailler l'union Siemens/Alstom
Bruxelles s'apprête à interdire la fusion de l'allemand Siemens et du français AlstomSEBASTIEN BOZON, CHRISTOF STACHE

Bruxelles s'apprête à interdire mercredi la fusion de l'allemand Siemens et du français Alstom, au grand dam de Berlin et Paris, inquiets de l'irrésistible ascension de la concurrence chinoise dans le rail.

La commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, "devrait recommander mercredi une décision négative" sur le projet de fusion, a reconnu mardi une source du gouvernement français.

Trois sources à Bruxelles avaient également annoncé à l'AFP un veto pour mercredi à cette union, annoncée en grande pompe en septembre 2017, la Commission s'inquiétant de la création d'un quasi monopole sur le marché européen.

L'exécutif européen n'a pas confirmé cette information. Néanmoins, de façon assez inhabituelle, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a défendu mardi, dans un discours à Bruxelles, la politique européenne de la concurrence, vivement attaquée ces dernières semaines par les gouvernements français et allemand, ainsi que par les industriels de ces deux pays.

"Nous permettrons toujours une concurrence équitable pour les entreprises et, en fin de compte, pour les consommateurs (...) Nous ne ferons jamais de politique ou de favoritisme quand il s'agit d'assurer des règles du jeu équitables", a-t-il lancé.

La Danoise Vestager s'est en effet inquiétée à maintes reprises des effets de ce rapprochement qui réduirait le nombre de fabricants rivaux dans l'Union, faisant monter les prix des trains pour les compagnies ferroviaires, ce qui se répercuterait par ricochet sur les prix des billets pour les consommateurs.

Autrefois encensée par le président français Emmanuel Macron pour son intransigeance vis-à-vis des GAFA, Mme Vestager est devenue la cible d'attaques plus ou moins directes de Paris et Berlin.

Les deux capitales, comme les industriels, craignent la concurrence du chinois CRRC, numéro un mondial du ferroviaire né du rapprochement de deux entreprises d'Etat contrôlées par Pékin.

Mercredi dernier, lors de la présentation des résultats de son groupe, le patron de Siemens, Joe Kaeser, s'était emporté, contre les "technocrates rétrogrades" de la Commission qui menaceraient son mariage avec Alstom.

Quant au ministre français de l'Economie, Bruno Le Maire, il avait affirmé trois jours avant: "L'Europe est capable d'avancer mais elle ne peut résister à la puissance américaine ou à la puissance chinoise qu'en étant rassemblée".

"Cela veut dire aussi que l'Europe et la Commission européenne doivent changer d'attitude dans les décisions qu'elles prennent", avait-il ajouté.

- Bonheur des syndicats -

Siemens-Alstom fabriquent 35 trains à grande vitesse chaque année, le chinois CRRC 200, avait-il noté.

Mardi, le président de la Fédération du patronat français (Medef), Geoffroy Roux de Bézieux, a lui aussi estimé "indispensable" la constitution de champions européens.

Il a évoqué un "sentiment de ras-le-bol de cette vision de la concurrence strictement consumériste".

Dans un manifeste de 25 pages, publié le 10 janvier dernier, la puissante fédération de l'industrie allemande (BDI) réclame elle aussi une attitude plus dure vis-à-vis de Pékin et une adaptation du droit européen de la concurrence.

"Pendant qu'en Chine, de grands groupes sont créés grâce à l'intervention de l'Etat, les gendarmes de la concurrence de l'UE regardent uniquement le marché intérieur européen comme marché pertinent concernant les fusions européennes", écrivait-elle. Et de citer précisément "l'exemple du géant ferroviaire chinois CRRC".

Les deux groupes français et allemand, qui avaient tenté --en vain-- d'amadouer la Commission européenne par des mesures compensatoires en vendant certaines activités, sont en tout cas déjà prêts pour le veto.

Alstom et Siemens Mobility repartiront "chacun de leur côté" en cas de veto de la Commission européenne à leur rapprochement, a indiqué le PDG d'Alstom, Henri Poupart-Lafarge, au quotidien français Figaro, à paraître mercredi.

Siemens, de son côté, a laissé entendre qu'en cas de blocage, il n'exclut pas une introduction en Bourse de sa rentable branche Mobility.

L'interdiction de la fusion devrait en tout cas faire le bonheur des syndicats belge et français d'Alstom qui avaient encore redit lors d'une rencontre avec Mme Vestager à Paris le 21 janvier dernier leur opposition au projet de rapprochement, craignant d'importantes suppressions de postes.

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