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A Paris, une nuit pour "briser la glace" entre habitants et sans-abri

A Paris, une nuit pour
Une tente et quelques affaires d'une personne sans abri près d'un arrêt d'autobus, le 29 décembre 2017 à ParisSTEPHANE DE SAKUTIN

Inédite en France, l'initiative avait permis de recenser plus de 3.000 sans-abri dans Paris: la Nuit de la solidarité, dont la deuxième édition a lieu jeudi, avait également permis à de nombreux Parisiens d'apprendre à "briser la glace" avec les "invisibles".

En février 2018, Louise Vidal faisait partie des 1.700 bénévoles qui ont arpenté les rues de la capitale à la rencontre des sans-abri.

"Pour moi, ça a vraiment été le déclic", raconte cette femme de 29 ans. "Avant, j'avais peur de les déranger ou d'être trop émotive. Je culpabilisais aussi d'avoir une situation confortable, je n'osais pas entamer la conversation."

Ce soir-là, questionnaire en main, elle se renseigne sur la situation et les besoins des sans-abri qu'elle croise. Les conseils simples de son chef d'équipe - s'accroupir si la personne est à terre, maintenir le vouvoiement - lui évitent de commettre des impairs.

"Ça m'a rassuré, j'ai réalisé que le contact humain était facile et que la majorité des personnes en situation de rue le réclament".

Depuis, cette habitante du Xe arrondissement a "sauté le pas": un vendredi sur deux, elle participe à une maraude dans son quartier avec l'association Autremonde.

Comme elle, Paul Henry rempile pour sa deuxième Nuit de la solidarité. "Le fait d'être dans ce dispositif, ça me permet de dépasser ma gêne", confie ce quadragénaire. Derrière ses lunettes de contrôleur de gestion, il se sent parfois "illégitime pour parler aux sans-abri" quotidiennement.

"Si tu n'as pas appris à briser la glace, ça va pas se faire comme ça. Eux ne peuvent pas la briser: ils sont par terre, ils vivent dans la rue, c'est à toi de le faire", estime Lucas Metz, 25 ans.

Employé dans l'économie sociale et solidaire, le jeune homme se fait "un devoir" de répondre à cet "appel citoyen" pour la deuxième fois. "Difficile de dire non: c'est court, sans engagement. Et quand tu abordes leur histoire personnelle, tu découvres quelqu'un comme toi, ou ton cousin, ton pote, ton père, qui a eu des galères."

- "Le pire, c'est l'indifférence" -

Sorti de la rue après y avoir passé vingt ans, Gilles - il ne souhaite donner que son prénom - confirme ce "besoin de parler". "Le pire, c'est l'indifférence", souffle-t-il à l'AFP. "80% des passants ne nous regardent pas, on a l'impression de compter autant qu'un réverbère".

Gilet gris sur les épaules, il a dispensé avec l'association La Cloche une formation à une centaine de bénévoles inscrits pour la Nuit de la solidarité. Au programme, quelques rappels de savoir-vivre: parler doucement, face à face, en se baissant si nécessaire.

"C'est le minimum de base, vous ne parlez pas de haut comme à votre chien", insiste Gilles.

L'opération de recensement n'est pas une maraude: cette année encore, les 2.000 participants auront pour seule mission de remplir leurs questionnaires, pas de rediriger les sans-abri vers l'hébergement d'urgence.

Avec Gilles, les Parisiens inscrits ont toutefois reçu des conseils bien plus larges: savoir respecter l'intimité d'une personne qui dort dehors, lui demander quels sont ses besoins réels, pouvoir donner quelques adresses utiles, ne pas faire de promesses...

Des recommandations utiles pour les habitants dans leur vie de quartier et appréciées par Camille Régis.

"J'ai été surprise d'apprendre qu'on peut se nourrir assez facilement grâce aux associations à Paris", remarque cette employée dans un cabinet de conseil. A 29 ans, c'est sa première expérience de bénévolat: "La prochaine fois, je proposerai plutôt un dentifrice, une brosse à dent, des serviettes hygiéniques, je me renseignerai mieux sur les besoins."

"Les Parisiens sont choqués par la misère et veulent agir", relève auprès de l'AFP la maire de Paris, et "dans tous les arrondissements, tous les milieux sociaux, il n'y a pas de clivage droite-gauche majeur sur cette question". Pour Anne Hidalgo, cette deuxième nuit de la solidarité est l'occasion d'attirer "un profil nouveau de volontaires, plus jeune".

Juriste de 33 ans, Alexandre Ghafari compte ainsi se rendre utile autrement après le recensement de jeudi. "Je n'y avais pas pensé, mais aller dans une halte de nuit un soir par semaine, c'est compatible avec mes horaires".

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