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Cour suprême: ambiance lourde et éclats d'humanité pour une audition historique

Cour suprême: ambiance lourde et éclats d'humanité pour une audition historique
Christine Blasey Ford, la femme qui accuse le juge Kavanaugh de l'avoir agressée sexuellement il y a 36 ansWin McNamee

Sous la lumière de puissants projecteurs déchirant l'ambiance sombre d'une salle d'audition du Sénat américain, Christine Blasey Ford a livré jeudi pour la première fois de vive voix son témoignage contre le candidat de Donald Trump à la Cour suprême, oscillant entre sanglots réprimés et fraîcheur candide.

Une profonde solennité est tombée quand l'universitaire âgée de 51 ans est entrée, sur les coups de 10H00, dans la salle aux immenses fenêtres occultées par des rideaux opaques. Elle porte un tailleur bleu foncé, des grandes lunettes et une chevelure blonde aux mèches tombantes.

Face aux 21 sénateurs, sous les faisceaux de deux grands projecteurs, elle prête serment debout, levant la main droite.

Visiblement tendue en s'asseyant, entourée des ses avocats, elle laisse échapper un sourire en découvrant derrière elle dans la petite assistance, limitée à 48 personnes, des visages connus.

Dans le public d'invités ont pris place une majorité de femmes dont plusieurs victimes d'agressions sexuelles comme l'actrice Alyssa Milano mais aussi des élèves de son ancien lycée, toutes venues la "soutenir".

Puis elle se lance dans le récit de cette soirée d'été 1982, lorsqu'elle affirme que le candidat de Donald Trump à la Cour suprême, Brett Kavanaugh, a tenté de la violer alors qu'ils étaient tous les deux au lycée.

"Je ne suis pas ici aujourd'hui parce que je le veux. Je suis terrifiée", confie-t-elle d'une voix hésitante, résonnant moins fort dans la salle aux murs couverts de boiserie que celles des sénateurs, habitués à parler dans un micro.

Sa voix se brise lorsque son récit arrive au moment où elle allait monter l'escalier vers la chambre où, dit-elle, Brett Kavanaugh et un ami, Mark Judge, l'ont enfermée avec eux.

Le souvenir "indélébile" gravé dans sa mémoire, celui du "rire, le rire bruyant des deux" garçons dans la chambre, flotte dans une salle plongée dans un profond silence, tous les sénateurs l'observant attentivement, le visage grave.

Elle doit s'interrompre aussi lorsqu'elle raconte qu'en août dernier la nomination de son agresseur présumé à la Cour suprême paraissait assurée. "Ses alliés le décrivaient comme un défenseur des droits de femmes", rappelle-t-elle, après une hésitation.

Du côté républicain, les 11 sénateurs hommes de la commission judiciaire gardent pour la plupart le silence, délégant leur temps de question à une procureure spécialisée. En face se trouvent les dix démocrates, dont quatre femmes.

- "Son humanité brille" -

Une main réconfortante sur l'épaule d'un autre invité, un hochement de tête, les victimes d'agression suivent attentivement toutes ses paroles, semblant presque vouloir parfois lui transmettre la force de leur soutien, presque palpable.

Juste après son témoignage poignant, un soudain moment de détente vient percer la salle, autour d'une simple histoire de café qu'elle avait réclamé.

La chercheuse universitaire laisse échapper un nouveau sourire puis un rire, sous les objectifs du monde entier, reflétant son soulagement de reparler, pour un instant, de banalités.

En même temps des élèves du lycée de la banlieue huppée de Washington où allait Christine Blasey Ford, Holton-Arms, se relayent pour prendre place sur une chaise qui leur avait été réservée.

Visage souriant, mine déterminée dans son uniforme de lycéenne, Zainab Jaffa, 17 ans, vient prendre la relève d'une camarade. "Notre école nous apprend à être notre propre défenseur, à utiliser notre voix et nous l'utilisons pour soutenir Dr. Ford".

L'actrice Alyssa Milano s'émerveille auprès de l'AFP de l'"humanité" de Mme Blasey Ford, "même à travers cette situation incroyablement difficile".

La comédienne pense que la quinquagénaire a compensé la "pesanteur" s'abattant sur la salle "par sa solidité, sa franchise et son honnêteté".

"J'aurais aimé qu'elle n'ait pas à passer par tout ça mais si nous voulons chercher un réconfort, c'est de se dire qu'elle donne du courage, et de la force, à des millions de femmes à travers le monde en ce moment même".

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