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L'armée très présente dans l'élection au Brésil

L'armée très présente dans l'élection au Brésil
Photo archive du 3 mai 2018 montrant le candidat à la présidentielle brésilienne Jair Bolsonaro tenant un enfant en uniforme militaire à Sao PauloNelson ALMEIDA

Un ex-capitaine de l'armée en tête des intentions de vote, le commandant en chef qui sort de sa réserve: les militaires ont rarement été aussi présents dans le débat politique au Brésil, à moins d'un mois d'une élection particulièrement incertaine.

Le nombre de candidats issus de l'armée à la présidentielle et à l'élection des gouverneurs a presque doublé par rapport au dernier scrutin, il y a quatre ans, passant de 13 à 25, selon un recensement du quotidien Estado de S. Paulo.

Cette nouvelle donne interpelle dans un pays qui porte encore les stigmates de la dictature militaire (1965-1984).

"Après la dictature, les militaires sont restés longtemps sur la défensive, mais à présent ils sont plus visibles", constate Nelson Düring, directeur du site spécialisé dans les affaires de défense Defesanet.

Le candidat d'extrême droite Jair Bolsonaro, favori des sondages pour le premier tour du 7 octobre, affiche sans complexe sa nostalgie des années de plomb, faisant même l'éloge de tortionnaires notoires.

Ce n'est pas par hasard qu'il a choisi comme colistier pour la vice-présidence un général de réserve, Hamilton Mourao, autre figure éminemment polémique. Il a également promis de nommer six généraux à son gouvernement s'il était élu.

Le général Mourao avait défrayé la chronique en affirmant en 2017 que si la situation politique continuait de se dégrader, l'armée serait obligée d"imposer une solution".

Il est amené à se retrouver en première ligne, après l'attaque au couteau dont son chef de file a été victime il y a une semaine.

Hospitalisé dans un état grave après avoir été poignardé lors d'un bain de foule, Jair Bolsonaro, 63 ans, risque d'être incapable de faire campagne jusqu'au premier tour, voire au-delà.

- "Imprudence en uniforme" -

Cet attentat a poussé le commandant en chef des armées, le général Eduardo Villas Boas, à s'immiscer dans le débat public d'une façon inédite qui a choqué de nombreux Brésiliens.

Dans un entretien au journal Estado de S. Paulo, il a affirmé que le climat "d'intolérance généralisée" pouvait même "remettre en cause la légitimité du prochain gouvernement".

Il s'est également attaqué de front à l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva, incarcéré pour corruption, qualifiant de "tentative d'atteinte à la souveraineté" le fait que l'ONU ait demandé au Brésil de l'autoriser à se présenter.

Dans un éditorial intitulé "imprudence en uniforme", le quotidien de référence Folha de S. Paulo a souligné mardi que "ces déclarations confuses ne contribu(ai)ent en rien à apaiser" la situation.

Le candidat de centre gauche Ciro Gomes, en deuxième position des sondages pour le premier tour, est allé plus loin en affirmant mardi au journal O Globo que, s'il avait été président, le chef de l'armée aurait été "limogé et mis en prison".

- "Voie démocratique" -

Pour David Fleischer, professeur de sciences politiques à l'Université de Brasilia, la "perte de crédibilité" du président actuel Michel Temer, en fin de mandat et fragilisé par de graves accusations de corruption, "a pu contribuer" au fait que le général sorte de sa réserve.

Pour lui, "la visibilité des militaires a beaucoup augmenté ces dernières années parce que le gouvernement Temer a déployé les troupes à plusieurs reprises", pour des missions de maintien de l'ordre.

Sans compter la décision emblématique de confier en février à l'armée le commandement des forces de sécurité d'un l'Etat de Rio de Janeiro débordées par la violence.

Pour Sergio Praça, professeur de la Fondation Getulio Vargas, de nombreux Brésiliens lassés des scandales à répétition sont à l'écoute d'un "discours selon lequel les militaires sont moins corrompus et peuvent apporter l'ordre, la paix et la sécurité".

Dans un pays déboussolé, une partie de la population apparaît favorable à une "intervention militaire", mais Sergio Praça ne croit pas en la possibilité d'un nouveau coup d'Etat de l'armée.

"Nous sommes très loin de la situation de 1964. De nos jours, les militaires s'impliquent dans la politique par la voie démocratique", assure-t-il.

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