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Le Pentagone critiqué sur sa nouvelle règlementation sur les personnes transgenres

Le Pentagone critiqué sur sa nouvelle règlementation sur les personnes transgenres
Des manifestants contre la nouvelle réglementation du Pentagone envers les personnes transgenres, à Washington le 10 avril 2019ALEX WONG

Les personnes transgenres souhaitant s'engager dans l'armée des Etats-Unis ne peuvent le faire depuis vendredi que si elles acceptent de ne pas changer de sexe, selon un nouveau règlement du Pentagone vivement critiqué.

Le président Donald Trump a en effet décidé de revenir sur une décision de son prédécesseur démocrate Barack Obama, qui avait autorisé les recrues transgenres à servir en fonction de leur identification sexuelle.

En vertu des nouvelles règles annoncées mi-mars et entrées en vigueur vendredi, les personnes transgenres sont désormais contraintes de servir en fonction de leur genre à la naissance. Et les personnes ayant besoin d'un traitement hormonal ou de chirurgie de réassignation sexuelle ne peuvent plus s'enrôler, pas plus que les personnes ayant déjà subi un traitement médical de changement de sexe.

Qualifiant cette nouvelle règlementation d'"abjecte", Hillary Clinton a estimé vendredi sur Twitter que "tout Américain devrait pouvoir servir son pays et je n'arrive pas à croire qu'on en débatte encore en 2019". "Il faudra absolument revenir là-dessus dès que possible".

La fille du sénateur républicain John McCain décédé en 2018 et commentatrice sur la chaine ABC Meghan McCain, a estimé mercredi que "cette politique discriminatoire va conduire les militaires transgenres, des patriotes qui se sont engagés au service de leur nation, à vivre dans l'ombre".

Le Pentagone insiste sur le fait qu'il ne s'agit pas d'une "interdiction" des personnes transgenres dans l'armée.

Il justifie l'exclusion des personnes déclarant avoir changé de sexe, ou vouloir le faire, par le fait qu'elles sont atteintes de "dysphorie de genre", ce qui est qualifié de pathologie mentale "grave (...) pouvant affecter le niveau de préparation des unités et leur efficacité au combat".

La nouvelle réglementation envisage également l'expulsion de l'armée de personnes transgenres qui refuseraient de servir en fonction de leur genre à la naissance, même si la hiérarchie militaire pourrait accorder des exemptions au cas par cas.

Seule exception: les personnes enrôlées avant vendredi, qui auront le droit de subir des procédures médicales et de servir en fonction de leur identification sexuelle.

Le responsable du personnel au Pentagone Anthony Kurta a affirmé vendredi à la presse que la nouvelle réglementation n'avait rien de discriminatoire.

"Toutes les personnes seront traitées avec dignité et respect, (...) nous ne prendrons aucune mesure pour interdire le réengagement, l'enrôlement ou quoi que ce soit d'autre contre aucun membre des forces armées sur la seule base de l'identité sexuelle", a-t-il ajouté.

- "Silencieux et invisibles" -

Le Pentagone évalue à 9.000 le nombre de personnes s'identifiant comme transgenre qui servent dans les forces armées, dont un millier déclarent avoir changé de sexe ou vouloir le faire. L'armée américaine compte 1,3 million de militaires en service actif.

Mais selon les défenseurs des droits des personnes transgenres, ces chiffres sont en réalité bien supérieurs et la nouvelle position du Pentagone est un retour en arrière.

"Vendredi, jusqu'à 15.000 membres des forces armées risquent de perdre leur emploi", a déclaré mercredi sur la chaîne ABC Patricia King, sergent-chef dans l'armée de terre.

"Pour ceux d'entre nous dont les droits sont acquis, parce que nous avons déjà fait notre +coming out+ et nous avons déjà eu un diagnostic, il y a possibilité de discrimination systématique", a-t-elle ajouté.

Pour Aaron Belkin, directeur du Palm Center, un institut de recherche sur les minorités sexuelles dans l'armée, "100% des militaires transgenres sont menacés et stigmatisés par cette interdiction".

"Quand le ministère de la Défense disqualifie tous les candidats ayant un passé de dysphorie de genre (à moins qu'ils ne renoncent à leur identité transgenre pendant des années) et tous les candidats ayant jamais reçu un traitement pour dysphorie de genre, c'est une interdiction", a ajouté M. Belkin.

Quand "déclarer (sa dysphorie de genre) peut conduire à un renvoi, c'est une interdiction", a-t-il poursuivi. La nouvelle politique "interdit tout simplement les personnes transgenres immédiatement identifiables et menace les autres, les forçant à rester silencieuses et invisibles".

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