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Les gardiens de prison toujours mobilisés en marge d'une rencontre avec la ministre

Les gardiens de prison toujours mobilisés en marge d'une rencontre avec la ministre
Deux surveillants de prison manifestent devant le centre pénitentiaire de Perpignan, le 14 mars 2019 RAYMOND ROIG

"On est les oubliés de la République": Des surveillants de prison ont bloqué jeudi matin partiellement ou totalement plus d'une quinzaine d'établissements selon l'administration pénitentiaire, réclamant plus de sécurité et de moyens alors que la Garde des sceaux, Nicole Belloubet recevait une délégation syndicale.

Déclenchée par l'agression au couteau la semaine dernière de gardiens de la prison de Condé-sur-Sarthe (Orne), la mobilisation est en recul jeudi par rapport à la veille, où 29 établissements avaient été affectés, selon l'administration pénitentiaire.

L'établissement le plus touché restait pour la neuvième journée consécutive celui de Condé-sur-Sarthe, dont l'entrée était bloquée par une quarantaine d'agents. Selon une source pénitentiaire, les détenus y sont privés de promenade et activités annexes depuis plusieurs jours, souvent nourris de repas froids.

Les autres établissements totalement bloqués dans la matinée étaient ceux d'Aix, Salon, Perpignan, Seysses, Rouen et Béziers, mais des interventions policières y étaient en cours en milieu de matinée pour dégager les entrées.

A Perpignan, Frédéric Jenot, du syndicat FO pénitentiaire déplorait que les surveillants soient devenus "des cibles à abattre". L'agression de Condé-sur-Sarthe "a montré à toute l'opinion publique que la problématique de la pénitentiaire n'a pas été résolue, à savoir l'insécurité grandissante dans les prisons françaises", a-t-il relevé pour l'AFP.

- "Manque de personnel" -

"Il y a aussi une perte d'autorité des agents de l'administration pénitentiaire devant les détenus qui sont de plus en plus virulents", s'est-il inquiété, dénonçant un "manque de personnel" et "de valorisation du métier".

Ces questions d'insécurité, de statut et de valorisation doivent être selon lui au centre des discussions avec la ministre de la Justice.

"Notre statut n'a pas bougé depuis des décennies. On est les oubliés de la République par rapport à nos collègues de la police ou des douanes", a conclu M. Jenot.

En Nouvelle Aquitaine, où plus d'une demi-douzaine d'établissements étaient touchés, les barrages allaient du filtrant au strict, empêchant selon les cas, les extractions mais aussi parfois le passage aux parloirs et les livraisons.

Le syndicat FO-pénitentiaire de la région a affirmé redouter que la rencontre avec la ministre ne débouche sur des mesurettes, "une expérimentation ici, un groupe de travail par là, mais rien de bien apparent", en terme de moyens techniques ou humains.

En région Provence-Alpes-Côte d'Azur, seuls trois établissements ont été bloqués en début de matinée, tous les trois dans les Bouches-du-Rhône, à Aix-Luynes, aux Baumettes à Marseille et à Salon-de-Provence. Seul le centre de détention de Salon l'était encore en milieu de matinée, selon la direction régionale de l'administration pénitentiaire.

Dans les Hauts-de-France, selon le secrétaire interrégional FO pénitentiaire Julien Martin, seule la prison de Douai avait été touchée jeudi matin. "Nous attendons les résultats de la réunion qui se tient en ce moment même entre nos instances et la ministre avant de décider ce qu'on fera par la suite", a-t-il précisé.

Le 5 mars, à Condé-sur-Sarthe, après l'agression le matin des deux surveillants avec des couteaux en céramique, Michaël Chiolo, 27 ans, qui purgeait une peine de trente ans et s'est radicalisé en prison, s'était retranché avec sa compagne pendant près de dix heures dans l'unité de vie familiale de la prison.

Après de vaines tentatives de négociations, le RAID avait lancé l'assaut vers 18H40, conduisant à l'interpellation du détenu et au décès de sa compagne.

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