Malaisie: Mahathir, l'ex-homme fort de retour à 92 ans

Malaisie: Mahathir, l'ex-homme fort de retour à 92 ans
L'ancien Premier ministre de Malaisie Mahathir Mohamad, à la tête d'une coalition d'opposition victorieuse aux élections législatives, parle aux journalistes à Kuala Lumpur le 10 mai 2018ROSLAN RAHMAN

Quinze ans après avoir quitté le pouvoir en Malaisie, Mahathir Mohamad est appelé à devenir à 92 ans le dirigeant politique le plus âgé du monde au lendemain d'une victoire historique de l'opposition aux législatives.

Mahathir, un ancien médecin qui a fait ses débuts en politique en 1964, a dirigé la Malaisie d'une main de fer pendant 22 ans (1981-2003). Il est revenu sur le devant de la scène politique pour tenter d'écarter son ancien protégé, le Premier ministre sortant Najib Razak.

Ce dernier est empêtré dans un scandale de détournements au détriment du fonds souverain 1MDB, créé à son arrivée au pouvoir en 2009 pour moderniser le pays et aujourd'hui endetté de quelque 10 milliards d'euros.

La volte-face de Mahathir était impensable il y a encore quelques années. Mais le nonagénaire, excédé par l'affaire 1MDB et les agissements de Najib accusé par ses détracteurs de vouloir étouffer le scandale qui fait l'objet de plusieurs enquêtes à l'étranger, a rejoint les rangs de l'opposition. Il s'est même allié à des partis qu'il avait interdits du temps où il était au pouvoir, reprenant les commandes de la formation qu'il avait un temps dirigée.

Si certains considèrent Mahathir comme le père fondateur de la Malaisie moderne, crédité pour avoir développé ce pays relativement riche, d'autres lui reprochent d'avoir jeté en prison des opposants et exacerbé les tensions ethniques dans cette nation multiethnique.

Mahathir était notoirement connu pour ses attaques au vitriol contre ses ennemis, dénonçant le néo-colonialisme occidental. Il avait traité les Européens de radins et les avait accusés de pratiques sexuelles déviantes.

- Le meilleur atout -

Aux élections législatives mercredi, la coalition d'opposition Le Pacte de l'Espoir a misé sur les liens entre Mahathir et les Malais ethniques des campagnes pour faire de lui le meilleur atout.

Le nonagénaire a attiré des électeurs malais d'ordinaire favorables aux formations de la coalition réunies au sein du Barisan Nasional (Front national, BN), qui se sont ajoutés aux soutiens traditionnels de l'opposition -- les électeurs des villes et des minorités, en particulier la minorité chinoise qui représente environ un quart de la population.

Au cours de la campagne, il avait participé à de nombreux meetings électoraux dans le pays, critiquant Najib pour sa mauvaise gestion de l'économie et le scandale 1MDB.

"La plus grande erreur de ma vie est d'avoir choisi Najib" pour qu'il devienne Premier ministre, avait lancé Mahahtir devant ses soutiens, ajoutant: "je veux corriger cette erreur".

L'aspect le plus spectaculaire du retour de Mahathir a été sa réconciliation avec son ancien ennemi juré Anwar Ibrahim.

Ce dernier avait été le bras droit de Mahathir du temps où il était Premier ministre, puis limogé en 1998 en raison de divergences politiques. Passé dans l'opposition, Anwar a ensuite été condamné et emprisonné au terme d'un procès controversé pour sodomie et corruption. L'opposant a de nouveau été condamné en 2015, sous Najib, à cinq de prison pour sodomie, en vertu d'un jugement tout aussi controversé que le précédent.

Mahathir a promis de céder le place à Anwar une fois que celui-ci sera sorti de prison.

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