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"L'ordre des choses", le dilemme moral face aux migrants au cinéma

Le réalisateur Andrea Segre à Venise le 6 septembre 2013GABRIEL BOUYS
Italie

Lorsqu'il a commencé à écrire "L'ordre des choses", Andrea Segre ne pensait pas que son thriller sur un policier italien envoyé en Libye pour endiguer le flux des migrants vers l'Europe allait devenir réalité.

Corrado Rinaldi (Paolo Pierobon), est un policier expérimenté: "là-bas il y a le robinet qui régule le flux, vous devez et pouvez le fermer", lui intime un responsable du gouvernement italien.

Le "robinet", ce sont les différentes milices libyennes et les puissants trafiquants qui contrôlent les départs de migrants en partance pour l'Europe et en particulier l'Italie.

Corrado est sous pression, non seulement face à la complexité des rivalités tribales sur le terrain et aux injonctions de son gouvernement ("Nous sommes le pays qui sauvent les gens mais nous ne pouvons pas faire entrer tout le monde"), mais surtout parce qu'il est tourmenté par sa conscience.

Une jeune migrante somalienne, Swada, qu'il rencontre lors de son enquête dans un centre de rétention en Libye, lui demande de l'aider. Mais peut-il changer l'ordre des choses?

- 'Pas de solution' -

La question est plus que jamais d'actualité, notamment en Italie où le débat est dominé par la question des migrants à quelques jours des législatives.

Mais pour le réalisateur, le film est plus sur le dilemme moral posé aux Européens.

"Nous +externalisons+ le problème comme si cela n'avait rien à voir avec notre condition humaine", a-t-il affirmé par téléphone à l'AFP.

Pour réaliser son film, il a mené un travail de journaliste.

"Pour créer le personnage du policier, j'ai rencontré beaucoup de vrais Corrado pendant deux ans", a-t-il raconté.

Les accords entre Tripoli et son ancienne puissance coloniale pour endiguer les flux migratoires ont toujours existé, mais après la chute de Kadhafi en 2011, les Italiens peinent à trouver des interlocuteurs dans le chaos libyen.

Depuis 2011, plus d'un demi-million de migrants sont arrivés en Italie via la Libye après avoir traversé la mer, au prix de leur vie.

Or à l'été 2017, le nombre baisse drastiquement, signe que les accords avec la Libye -- ainsi que le soutien aux garde-côte libyens -- ont porté leurs fruits.

Mais pour le réalisateur, ce type d'accords n'est pas la solution et son film souligne l'impasse morale dans laquelle les Européens sont pris.

"La stratégie d'aller de l'autre côté pour donner de l'argent à d'autres policiers pour fermer la frontière aux migrants, ça ne fonctionne pas depuis 15 ans. La pression devient plus grande", affirme M. Segre.

En Italie, les accords conclus avec les autorités libyennes ont été accompagnés d'une prise de conscience notamment dans les médias de la situation cauchemardesque que vivent les migrants retenus en Libye comme l'ont révélé les vidéos d'esclavage diffusées sur CNN.

"Tant que le débat sera entre qui veut les migrants et qui ne veut pas les migrants, il n'y aura pas de solution", soutient le réalisateur.

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