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A Bagdad, les manifestants décidés à obtenir un "vrai changement"

"On n'est pas des saboteurs"! De retour de la place Tahrir à Bagdad, les manifestants rejettent en bloc les accusations des autorités, au quatrième jour d'une mobilisation qu'ils sont déterminés à poursuivre pour obtenir de véritables réformes.

Le Premier ministre Adel Abdel Mahdi et le grand ayatollah Ali Sistani, la plus haute autorité chiite d'Irak, ont beau donner leur avis sur le mouvement de contestation au cours duquel 38 personnes ont péri selon un dernier bilan officiel, le slogan des manifestants reste le même: "la chute du gouvernement".

Dans la capitale irakienne de neuf millions d'habitants, les rues sont relativement calmes le vendredi, premier jour de week-end. Mais ce vendredi, le centre-ville s'est transformé en un champ de bataille vibrant au son des tirs incessants.

Sur la place Tahrir, les blessés tombent fauchés par des balles. Plus loin, les manifestants qui protestent contre la corruption, le chômage et la déliquescence des services publics, continuent d'arriver par camions entiers malgré le couvre-feu.

"On vient réclamer ce qui nous revient de droit", s'emporte Sayyed, un chômeur de 32 ans. Les protestataires ne sont pas "des saboteurs", dit-il en réponse aux déclarations du gouvernement d'Abdel Mahdi qui a accusé au premier jour des manifestations mardi, des "saboteurs" d'avoir "délibérément fait des victimes" lors des rassemblements.

- "Rien à perdre" -

"On n'a rien à perdre", prévient Sayyed quand, comme lui, on fait "partie de ces gens qui ne savent pas ce qu'ils vont devenir".

"Je ne sais même pas comment nourrir mes enfants, je n'ai pas de maison à moi. Il faut un changement radical. Soit il y a un vrai changement, soit on reste ici, quitte à mourir", martèle-t-il.

Quand M. Abdel Mahdi a appelé vendredi à la patience pour mettre en place des réformes, il a déçu. Surtout aussi parce qu'il s'est adressé à la nation à 02H00 du matin, "une heure à laquelle même les fêtards sont déjà couchés", glisse malicieusement un manifestant.

Même le grand ayatollah Ali Sistani, dont l'ensemble du pays à majorité chiite attendait la réaction, s'est attiré l'ire des manifestants.

Cette figure influente a soutenu leurs demandes mais il n'a pas dénoncé, disent-ils, la dispersion meurtrière des manifestations.

Pour Sayyed, le grand ayatollah "ne fait rien pour les gens". "En 2014, quand les jihadistes étaient aux portes de Bagdad, nous sommes allés mourir au combat à cause de sa fatwa" qui a permis de former des unités de supplétifs aux troupes irakiennes. "Aujourd'hui, il nous laisse tomber!".

Et le pire, se lamente-t-il, c'est que l'Irak, deuxième producteur de l'Opep, "est censé être un pays riche! Si on creuse ici, on va trouver du pétrole, et pourtant on meurt de faim", lance Sayyed.

- "Pour le pays" -

"Personne n'en a rien à faire de nous, la preuve, ils nous tirent dessus", s'emporte un autre manifestant au visage masqué qui refuse de donner son nom.

N'ayant plus accès à internet depuis mercredi soir, les manifestants ne peuvent plus communiquer et partager les images de la dispersion sur les réseaux sociaux.

Alors, dès que l'occasion se présente, ils sautent sur qui veut bien s'arrêter, pour montrer leurs vidéos aux images tremblotantes, prises en courant sous les balles ou en suivant un groupe transportant tant bien que mal un blessé.

Les ambulances manquent cruellement, assurent les manifestants, qui en sont réduits à utiliser des touk-touk.

L'un des conducteurs de ces véhicules à trois roues a adapté ses horaires en fonction des manifestations. "De 04H00 du matin à 20H00, j'amène des manifestants" vers les rassemblements, raconte à l'AFP cet Irakien de 20 ans.

Puis, au rythme des tirs et des flux et des reflux de la foule, il prend le chemin inverse et transporte des blessés, "gratuitement". Car cela, dit-il, "on le fait pour le pays".

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