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Affaire Le Tan: Reiser demande "pardon", une "hypocrisie" selon la famille

 
 

La famille de Sophie Le Tan a refusé le "pardon" demandé vendredi par Jean-Marc Reiser, le jugeant tardif et utilitaire, lors d'une audience devant les assises du Bas-Rhin pendant laquelle l'assassin présumé de l'étudiante de 20 ans a campé sur sa position, réaffirmant n'avoir jamais eu l'intention de la tuer.

"Je regrette ce qui s'est passé, je ne voulais pas la tuer. (...) Je comprends la douleur des parents. Je ne peux espérer qu'un jour peut-être, ils puissent me pardonner, même si je ne mérite pas le pardon", a déclaré, dans son premier acte de contrition apparent, l'accusé de 61 ans, jugé depuis lundi à Strasbourg.

Sollicité par l'un de ses conseils, Me Pierre Giuriato, il s'est ensuite dit "disposé à demander pardon" aux Le Tan. En face, sur le banc des parties civiles, la réponse fuse: "Non, non", lâche le père de Sophie, Tri Le Tan, en agitant l'index.

Le pardon arrive "trop tard", "le papa l'a demandé mercredi", a balayé Laurent Tran Van Mang, l'une des parties civiles. Selon lui, la famille a le sentiment que M. Reiser a été "poussé" par son avocat dans sa demande.

Soufflant dans le micro, se prenant la tête dans les mains, reniflant bruyamment, M. Reiser, qui avait selon Me Giuriato ôté son masque chirurgical pour pouvoir s'adresser à la famille Le Tan, a brièvement éclaté en sanglots.

"Il continue de mentir, les larmes de crocodile n'ont touché personne", a ajouté M. Tran Van Mang. "Les prétendues excuses de Monsieur Reiser sont utilitaires", a même tempêté Me Gérard Welzer, l'avocat de la famille, après l'audience.

- "Maître Reiser" -

L'audience n'aura finalement apporté aucun nouvel élément, M. Reiser répétant ses aveux partiels, intervenus en janvier 2021 après plusieurs versions différentes: il n'a pas voulu tuer Sophie ni prémédité sa mort, pas plus qu'il n'a cherché à lui tendre un piège en postant une annonce locative, un guet-apens pour attirer des étudiantes selon l'accusation.

Lors d'un interrogatoire de près de trois heures sur le fond du dossier, l'accusé s'est défendu pied à pied face aux questions, contournant les questions gênantes.

Son goût pour les digressions et les remarques sur la procédure reprend vite le dessus sur l'émotion. "Cela figure dans les pièces du dossier", lance-t-il à plusieurs reprises.

Plusieurs échanges musclés l'opposent même au président de la cour, Antoine Giessenhoffer, et à l'avocat général, Laurent Guy, auxquels il intime avec aplomb de ne pas l'interrompre.

Au cours d'un ping-pong verbal, M. Giessenhoffer lui donnera même du "Maître Reiser". "C'est qu'il maîtrise très bien le code de procédure pénale", ironise le magistrat après son lapsus.

Sur le fond, rien de nouveau: il n'a pas voulu tuer Sophie Le Tan mais a "perdu les pédales". "Un malheureux hasard déplorable, regrettable", selon lui.

Ce matin du 7 septembre 2018, il a rencontré "par hasard" Sophie en bas de chez lui, à Schiltigheim, près de Strasbourg : après une nuit passée à boire, il avait oublié qu'elle venait visiter son appartement qu'il avait mis en location.

"J'étais encore un peu dans les vapeurs d'alcool, je sentais un bon feeling entre elle et moi...", explique-t-il.

Après avoir visité l'appartement, elle serait allée aux toilettes. "Ensuite, il est arrivé ce qui est arrivé", souffle Jean-Marc Reiser.

- "Mauvaise décision" -

Il prend la main de Sophie, tente de lui faire une "bise" mais la jeune femme, selon lui, se méprend, le repousse en l'insultant. "Ca m'a mis hors de moi. J'ai perdu les pédales", affirme celui qui se décrit comme "impulsif".

Une pluie de coups s'abat alors sur la frêle étudiante, qui tombe "comme une masse" en heurtant la cuvette des WC et reste "inanimée", morte, poursuit M. Reiser.

"J'ai pris sans doute la mauvaise décision, (...) faire disparaître le corps et nier", explique celui qui a mis deux ans et demi à reconnaître avoir tué Sophie.

Il démembre donc le corps, le met dans des valises et des sacs qu'il stocke dans sa cave, avant de partir le dissimuler dans une forêt des Vosges le lundi suivant. Le squelette ne sera retrouvé partiellement qu'en octobre 2019.

"Ca me hantera jusqu'à la fin de ma vie", assure-t-il.

Poursuivi pour assassinat, Jean-Marc Reiser encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Le verdict est attendu mardi.


 

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