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Afghanistan: derrière les "progrès" avec les talibans, la volonté de retrait de Trump

Afghanistan: derrière les
Le représentant spécial des Etats-Unis pour l'Afghanistan Zalmay Khalilzad, le 27 avril 2016 à WashingtonBrendan Smialowski

Les Etats-Unis et les talibans semblent plus proches que jamais d'un processus de paix sérieux, mais les craintes restent vives de voir Donald Trump se contenter d'un accord de façade pour justifier un retrait rapide d'Afghanistan.

Après six jours de nouvelles tractations au Qatar, dans le cadre de pourparlers directs discrètement lancés l'été dernier, l'administration américaine affiche un optimisme inédit en 17 ans de guerre. Et pour cause: pour la première fois, Washington a officiellement fait état d'une percée.

Selon le négociateur américain Zalmay Khalilzad, une "ébauche" d'entente existe désormais avec les talibans, renversés par les Etats-Unis après les attentats du 11 septembre 2001 mais qui mènent depuis sans relâche une insurrection islamiste. Principale concession à ses yeux, "les talibans se sont engagés" à éviter que le pays puisse être utilisé comme base par des "terroristes".

"Les négociateurs ont toujours tendance à afficher leur optimisme", relativise Michael O'Hanlon, du cercle de réflexion Brookings à Washington, sans cacher son "scepticisme".

L'engagement des talibans? "Une promesse verbale", balaie-t-il.

Selon cet expert, "rien n'indique qu'il y ait eu des progrès sur la question-clé: comment faire en sorte que les talibans et le gouvernement afghan actuel partagent le pouvoir".

- "Marionnette" des Américains -

De fait, les talibans, tout en faisant part également d'importantes avancées, ont nié tout accord à ce stade sur de futures négociations avec le gouvernement du président Ashraf Ghani, que les rebelles ont toujours snobé en le taxant de "marionnette" des Américains.

Certains observateurs se montrent plus positifs. "Même si on n'est qu'au début du processus, on peut dire qu'il s'agit d'un tournant", se réjouit ainsi Michael Kugelman du Wilson Center, un autre think tank américain.

Pour autant, le chemin à parcourir pour conclure un véritable accord de paix reste long. Michael Kugelman le reconnaît, "il ne faut pas surestimer la portée" de l'engagement des talibans, qui est davantage "un geste de bonne volonté qu'une véritable concession".

Surtout, les insurgés insistent eux, dans leur communication, sur un autre volet des négociations: le retrait des forces américaines. Et là aussi, des "progrès" ont été réalisés. Avec un calendrier précis? La rumeur a circulé, mais la présidence afghane a assuré qu'elle lui avait été démentie par l'émissaire américain.

Interrogé à Washington, le ministre américain de la Défense Patrick Shanahan s'est refusé à tout commentaire sur ce sujet, promettant seulement une "étroite coordination" avec les partenaires de l'Otan, qui chapeaute la mission "Resolute Support" dont les Etats-Unis forment, avec 14.000 hommes, le plus gros contingent.

Selon Kaboul, Zalmay Khalilzad a aussi promis qu'un éventuel départ des troupes américaines serait "coordonné" avec le gouvernement afghan.

- "Brandir un succès" -

Mais nul n'ignore que le président Trump veut quitter l'Afghanistan. Le milliardaire républicain, qui juge souvent inutiles et coûteux les déploiements à l'étranger, l'a promis durant sa campagne au nom du mot d'ordre "America First", ou "l'Amérique d'abord".

Et s'il a d'abord renoncé à contre-coeur à tenir cette promesse, sous la pression des responsables militaires, sa décision de commencer à organiser le retour de la moitié des soldats américains a filtré fin 2018.

"L'administration Trump serait clairement contente de brandir un succès pour trouver une manière de terminer, ou en tout cas de réduire drastiquement, sa mission actuelle", affirme Michael O'Hanlon.

D'après Laurel Miller, émissaire américaine pour l'Afghanistan et le Pakistan jusqu'en 2017, pour savoir si les négociations actuelles représentent une "percée", il faudra attendre de comprendre si les talibans sont cette fois réellement sérieux "ou si le vrai changement c'est seulement que les Etats-Unis veulent partir et sont à la recherche d'une manière d'y parvenir".

Donald Trump n'est pas le seul à vouloir mettre fin à la plus longue guerre actuellement menée par les Etats-Unis. Son prédécesseur Barack Obama avait aussi des réserves sur un tel niveau d'implication, d'autant que s'est installée la certitude de l'impossibilité d'une victoire militaire.

Mais l'inquiétude concerne les conditions d'un retrait, et sont ravivées par les décisions du président américain, souvent impulsives et sans concertation avec les alliés.

"Si les Américains partent abruptement sans accord de paix, ou alors avec un accord qui n'est en fait qu'un prétexte pour pouvoir partir", alors l'Iran, la Russie et la Chine "vont venir soutenir leurs alliés traditionnels en Afghanistan, l'autorité centrale va s'émietter et la guerre civile va s'intensifier et se généraliser", met en garde Laurel Miller, désormais directrice Asie de l'organisation International Crisis Group.

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