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Dans le camp d'Al-Hol en Syrie, la crainte d'une Française face à l'offensive turque

A Al-Hol, où les Kurdes retiennent des proches de jihadistes dans le nord de la Syrie, la moitié des femmes voudraient profiter de l'offensive turque pour s'évader et renouer avec le "califat" et l'autre a peur, raconte une Française du camp à l'AFP.

L'offensive d'Ankara, lancée le 9 octobre contre les forces kurdes dans le nord syrien et suspendue jeudi, a fait craindre des évasions de jihadistes du groupe Etat islamique (EI) emprisonnés, notamment des étrangers, ou de leurs familles retenues dans des camps de la région.

Jeudi, avant l'annonce de la suspension de l'offensive, un correspondant de l'AFP a pu rencontrer une Française originaire de Toulouse se faisant appeler Oum Soufiane à Al-Hol, où s'entassent plus de 70.000 personnes de diverses nationalités dans des conditions de vie difficiles.

Dans le camp, "il y en a qui veulent reconstruire le califat et repartir", explique-t-elle, vêtue d'un voile noir intégral, s'exprimant en français mais en utilisant le mot arabe pour parler du "califat" de l'EI. L'offensive turque est selon elle "une bonne occasion" pour pouvoir s'échapper.

Mais pour d'autres femmes, comme elle, un chaos sécuritaire pourrait entraîner une situation "très très difficile, beaucoup d'insécurité et beaucoup de peur", explique cette mère de quatre enfants âgés de 2 à 6 ans.

Il y en a "qui sont contentes" et d'autres "qui ont peur parce qu'elles ne veulent pas repartir dans le califat", souligne-t-elle, indiquant faire partie des secondes, ne souhaitant pas prendre de risques, ni se séparer de ses enfants ou les mettre en danger.

L'Europe redoute que les 12.000 jihadistes détenus par les Kurdes --dont 2.500 à 3.000 étrangers-- ne s'évadent pour reconstruire le "califat" territorial de l'EI défait en mars. A Paris, des responsables font état de 60 à 70 ressortissants français figurant parmi les prisonniers et considèrent que les femmes sont tout aussi radicalisées que les hommes.

Une tentative d'évasion a échoué mardi à Al-Hol et les forces kurdes ont dit que près de 800 proches de l'EI s'étaient évadés du camp d'Aïn Issa le 13 octobre.

Par le passé, les forces kurdes avaient prévenu que si elles devaient se mobiliser contre une menace turque, surveiller les prisonniers étrangers deviendrait pour elles une tâche "secondaire".

- "Ne pas aller en prison" -

Les femmes qui ont peur, selon Oum Soufiane, ne "savent pas, si la Turquie attaque, où elles vont aller".

"Et l'Europe elle (ne) les veut pas, elle (ne) les reprend pas, donc elles sont perdues", insiste-t-elle.

"Je ne compte pas sur la France, elle (ne) nous prendra pas" sauf "si c'est la Turquie qui nous prend et qui nous ramène en sécurité", ajoute cette femme affirmant ne pas savoir s'il serait possible pour elle de rentrer en Europe.

La France refuse, comme nombre d'autres pays, de rapatrier ses ressortissants détenus dans les prisons ou dans les camps en raison des craintes d'attentats et de l'hostilité de l'opinion.

Aucun échappatoire au camp ne semble envisageable pour Oum Soufiane : "c'est trop dangereux, je (ne) peux pas traverser la Syrie avec mes enfants". "Je suis bien ici, enfin je (ne) suis pas bien mais j'ai confiance, on (ne) nous a pas maltraités ici (...) je resterai ici je ne partirai pas."

"Les Kurdes ne m'ont pas fait de mal. Même si c'est dur la vie dans le camp, moi j'ai pas été torturée, j'ai pas été battue", poursuit-elle.

"Ici je peux vivre libre avec mes enfants, en France je vais être séparée de mes enfants, je vais aller en prison et même quand je sortirai de prison je ne vais pas récupérer mes enfants, c'est les avocats qui le disent, c'est la loi française qui le dit."

Selon elle, les femmes qui souhaitent "retourner au califat" le veulent pour "ne pas aller en prison" ou "pour rester en Syrie". "Si je ne suis pas partie c'était parce qu'on a peur de la prison, c'est tout. De perdre nos enfants."

"Moi j'étais venue (en Syrie) accompagner ceux qui sont venus pour aider le peuple syrien, au final c'était que du mensonge", affirme-t-elle, en référence aux jihadistes étrangers qui avaient rejoint l'EI au moment de l'établissement en 2014 de son "califat" sur de vastes territoires à cheval entre la Syrie et l'Irak.

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