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Des pannes de courant sans fin, le scénario qui se dessine pour le Venezuela

Le mauvais état des infrastructures électriques, en cruel manque d'investissements et de maintenance, menace de prolonger indéfiniment les coupures de courant géantes au Venezuela, désorganisant encore davantage un pays déjà durement frappé par une profonde crise économique.

Déjà éprouvés par des pénuries d'aliments et de médicaments, les habitants du pays pétrolier, jadis le plus prospère d'Amérique du Sud, sont désormais régulièrement privés d'eau, de métro, de téléphone, d'internet, en raison de pannes électriques massives qui pourraient se poursuivre pendant des mois, voire des années, estiment plusieurs analystes.

"La situation est gravissime. On s'attend à d'autres coupures et rationnements (...) Sur l'ensemble du réseau, à peine 5.500 à 6.000 mégawatts sont produits pour une capacité de 34.000 mégawatts", explique à l'AFP Winton Cabas, président de l'Association vénézuélienne d'ingénierie électrique et mécanique (Aviem).

En cause, selon lui, le manque de "main d’œuvre qualifiée" après le départ de quelque 25.000 travailleurs du secteur, en exil comme 2,7 millions autres Vénézuéliens depuis 2015.

Le président Nicolas Maduro rejette la responsabilité des coupures sur l'opposition qu'il accuse d'orchestrer des sabotages. Mais le réseau électrique montrait déjà des signes de faiblesse en 2010. L'ex-président Hugo Chavez (1999-2013) avait alors annoncé un rationnement dans les régions de l'intérieur du pays, affirmant qu'une grave sécheresse avait fait baisser les réserves du barrage de Guri (sud) à des niveaux critiques.

Cette centrale hydroélectrique, la deuxième plus grande d'Amérique latine, fournit 80% de l'électricité du Venezuela. Or, à l'origine, 60% de l'électricité devait être fourni par les centrales hydroélectriques et 40% par les centrales thermiques, ce qui explique la vulnérabilité du réseau, selon José Aguilar, consultant basé au Etats-Unis.

"Au cours des vingt dernières années, il y a eu une surexploitation de l'infrastructure", souligne-t-il, sans compter "le manque de maintenance et de report de programmes" de développement. A cela s'ajoute une "politisation" du secteur, accentuée par la nationalisation décidée par Hugo Chavez en 2007, qui a fait baisser le niveau de professionnalisation.

Les coupures de courant ne sont pas un phénomène récent au Venezuela, en particulier dans l'Etat pétrolier de Zulia (ouest) frontalier avec la Colombie. Mais le pays n'avait jamais connu de méga-panne comme celles qui l'ont paralysé du 7 au 14 puis du 25 au 28 mars.

- "Sept ou huit ans pour reconstruire" -

Le gouvernement affirme que la panne du 7 mars a été provoquée par une "attaque cybernétique" contre la centrale de Guri et une "attaque électromagnétique" contre les réseaux de transmission, des sabotages fomentés, selon lui, par l'opposition avec l'appui des Etats-Unis.

Le chef de file de l'opposition, Juan Guaido, reconnu comme président par intérim par une cinquantaine de pays, récuse ses accusations et pointe l'incurie du gouvernement.

Les impacts de ces pannes sur la production de pétrole, accentue les difficultés alors qu'elle représente 96% des revenus du pays. Sous couvert d'anonymat, des travailleurs du secteur ont confié à l'AFP que les coupures ont mis totalement à l'arrêt la production dans certaines zones de l'Etat de Zulia.

Pour l'analyste Felix Seijas, la gravité des coupures ne sera pas sans conséquences sur les deux camps.

"Dans quelle mesure le gouvernement parviendra-t-il à semer le doute sur la participation de l'opposition dans cette crise ? Et jusqu'à quel point peut-il convaincre qu'il est assez fort pour en sortir à court terme ? D'autre part, dans quelle mesure Juan Guaido "peut-il continuer à mobiliser les foules et donner l'impression qu'il garde le leadership" pour combattre le gouvernement.

Dimanche, les autorités ont décrété un rationnement de l'électricité pour 30 jours, ainsi que la suspension des cours dans les écoles et la réduction de la journée de travail pour une durée encore indéterminée.

Mais même si le "gouvernement s'en va, il faudra sept ou huit ans pour reconstruire le système électrique", estime Winton Cabas. "Et il sera encore plus difficile de le reconstruire avec la profonde crise économique, qui devrait encore s'aggraver lorsque les sanctions économiques américaines (prévoyant un embargo sur le pétrole vénézuélien) entreront en vigueur le 28 avril", ajoute-t-il.

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